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Abecedarius : grandeur nature
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Publié dans El Watan le 23 - 06 - 2012

«J'écris ce que je pense !», m'avait dit, presque dans un cri, le romancier et poète marocain, Mohammed Khair-Eddine (1941-1995), en faisant virevolter son petit corps dans un élan de danseur. Sa phrase tournoyait en l'air tandis que sa main droite esquissait le déhanchement d'un cobra, comme le font certains charmeurs de serpents sur la place Djemaa L'fna de Marrakech. En vérité, la scène avait lieu près du centre de presse du Club des Pins, en 1975, au 10e Congrès des écrivains du monde arabe. A coup sûr, il voulait affirmer que le roi Hassan II, lui-même, avec ses «mkhaznias», n'était pas en mesure de gêner sa démarche d'écrivain libre. Il l'était assurément alors, puisqu'il vivait en France, loin des tracasseries politiques d'une monarchie qui garrotait, crescendo, les esprits et les corps.
Célébrité du jour, les journalistes s'étaient amassés autour de lui dans l'espoir de l'interviewer et les photographes se démenaient pour graver son image. Or, lui, comme si cela lui plaisait, continuait à faire le clown en dépit de la solennité ambiante. «Messieurs, je me sens au summum de ma liberté. Je triomphe d'un soleil arachnide», martelait-il. Pour ceux qui n'avaient pas eu la chance de lire son livre, Soleil arachnide, sa phrase n'eut aucun sens, ni effet. Cet homme de trente-quatre ans, à l'esprit alerte et rebelle, avait une écriture au lyrisme inaccoutumé, jumelant la technique narrative de Kateb Yacine et le lyrisme de Malek Haddad.
Apparemment, il avait décidé de prendre part, de son propre-chef, aux travaux de ce Congrès pour faire entendre un autre son de cloche, différent de ceux qui s'accommodaient de la tyrannie, de la défaite de 1967 et de la pseudo-victoire de 1973 face aux sionistes. Mohammed Khair-Eddine venait de bouleverser le monde des lettres maghrébines de graphie française avec à peine trois livres très remarqués et très prisés par la critique littéraire. Ce jour-là, mémorable à mes yeux, puisque j'avais suivi son évolution dès son premier roman, Agadir (1968), le verbe «n'khammam», tel qu'il l'avait prononcé, en dialectal marocain, avait une portée particulière, beaucoup plus étendue sémantiquement que ne peut l'être le verbe «penser». Voulait-il ébahir son parterre ? En tous cas, pour moi seul peut-être, ce verbe avait signifié à la fois «cogiter» et «avoir les méninges triturées par un problème».
Mohammed Khair-Eddine avait son Maroc dans la peau et il savait comment faire jaillir les phrases de ses profondeurs d'écrivain jaloux à l'extrême de sa liberté. Dès son premier roman, presque autobiographique, sur son expérience directe de sa ville natale, Agadir, frappée par un terrible et mémorable séisme, il fit sensation et ameuta la presse. Envoyé sur place en qualité d'enquêteur des services sociaux, en 1960, juste après la catastrophe, il en est revenu avec la trame de cette première œuvre publiée en France huis ans après. Grandeur nature, pourrait-on dire de cet écrivain, grand détrousseur de belles phrases, dans ses romans comme ses textes de pure Polymnie ou de poésie.
Vingt ans après le séisme, je fis escale dans la ville malmenée. J'avais l'impression d'en revivre les relents par l'effet latent du verbe «n'khammam». Le paysage me donnait à voir, d'un côté, une crête volcanique, poudreuse, plaquée contre un horizon semi-désertique, et, d'un autre, une ville comme apeurée face à l'Atlantique. L'image de Khair-Eddine émergea. Je revis l'écrivain voltigeur, à la chevelure noire et frisée, qui voulait changer le cours de l'histoire marocaine. La littérature fait le monde. Mais elle semble d'aucun impact positif sur la majorité des politiciens du sud de la Méditerranée. Mohammed Khair-Eddine avait espéré, par la grâce d'une écriture brillante, donner quelques coups d'épaule à la vie politique de son pays vers lequel il est revenu pour y mourir de chagrin, comme l'a fait notre Rachid Mimouni en 1996. Agadir, commencement et fin ! Alors que je reprenais mon vol vers Nouakchott, cette voix remonta de mes profondeurs, stridente et plus porteuse que jamais : «nekteb wech ka n'khammam !».
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