L'installation, samedi dernier, du nouveau directeur est la goutte qui a fait déborder le vase pour les 82 travailleurs qui s'insurgent contre « le mépris de la direction générale envers eux et la politique de bradage de l'outil de travail préparée pour nourrir des intérêts personnels », nous affirme leur porte-parole. En effet, il s'agit du troisième directeur installé par la tutelle en l'espace de deux années, preuve de l'instabilité qui caractérise les entreprises publiques du secteur des textiles et l'absence de stratégie de la part du gouvernement pour les soutenir ou bien les liquider. Les travailleurs contestataires se trouvent privés de leurs salaires depuis douze mois, cela « au moment où l'on nous envoie un directeur qui coûte mensuellement trente millions », ajoute une femme scandalisée qui exige de la direction centrale de les éclairer sur l'avenir de l'entreprise. Sa collègue demande, quant à elle, que l'entreprise soit cédée aux travailleurs, sachant que toutes les propositions de départ volontaire, retraite anticipée ou volet social ont été refusées. Tous les grévistes, qui empêchent le nouveau directeur d'accéder à l'établissement, manifestaient hier leur colère et voulaient, chacun à sa manière, se faire entendre devant les micros des journalistes. L'Enaditex, chargée de la commercialisation des produits des unités de production, issue de la Sonitex, est complètement submergée par la concurrence loyale ou déloyale de la part du secteur privé et du marché parallèle. Paralysée par une ardoise substantielle auprès de la CNAS et de ses nombreux partenaires, elle avait pu respirer grâce à la rente assurée par la location de ses hangars situés dans la zone industrielle de Palma et celle d'El Haria, loués à 230 millions /mois à la SNTA. La décision de la direction générale de suspendre le contrat de location a irrité les travailleurs qui se voient retourner à la case départ et de nouveau menacés. Ils accusent, par conséquent, le PDG d'avoir « voulu louer le site d'El Haria à son ami de Blanky ». Un fait réfuté par le concerné, M'hamed Benameur, qui rappelle « que ces magasins appartiennent à la direction mère et qu'il est incompatible qu'une unité commerciale compte sur une rente pareille pour alimenter ses caisses ». A propos du mouvement des travailleurs, le PDG nous a déclaré : « Ces travailleurs se comportent comme à l'ère du monopole et sont incapables de s'adapter à la compétition qu'impose le marché alors qu'ils ont de très bons magasins. » Il ajoutera sur la question des salaires impayés : « Ils n'ont qu'à vendre et dégager un chiffre d'affaires pour assurer leur paie. Nous ne sommes là que pour les accompagner. » De leur côté, les travailleurs grévistes assurent qu'ils ont les moyens humains et matériels pour faire marcher leur unité et qu'ils peuvent même décrocher un plan de charge avec d'anciens clients, à l'image du CHU (avec lequel ils peuvent faire jusqu'à un milliard de centimes/an). Faute de fonds, il est malheureusement impossible d'honorer les contrats. Ce pour quoi l'Enaditex est paralysée.