Le monde avait découvert l'insoutenable détresse des migrants qui échouent régulièrement sur les côtes siciliennes lors de la visite du souverain pontife aux centres de détention de l'île de Lampedusa. Rome (Italie). De notre correspondante
L'Argentin Jorge Mario Bergoglio, fils d'immigrés italiens, avait choisi d'aller à la rencontre des réfugiés débarqués sur l'île de Lampedusa, leur consacrant son premier voyage officiel hors du Vatican. C'était l'été dernier. Depuis, rien n'a changé pour les milliers de migrants qui survivent à la traversée de la Méditerranée et se retrouvent, une fois en Italie, enfermés, pendant une longue période, qui peut aller jusqu'à 18 mois, sans avoir commis aucun délit. Une vidéo tournée en cachette avec un téléphone portable par un réfugié syrien, dans le centre d'accueil de Lampedusa, est venue provoquer un scandale qui a secoué jusqu'aux responsables des institutions européennes. La séquence, diffusée par la télévision publique, montre des hommes nus en plein air, dans le froid hivernal, aspergés de jets d'un produit désinfectant contre la gale. «Les employés se moquaient de nous, en le faisant», a confié, aux médias, l'un des internés dans la structure. Ces images ont choqué les organisations de défense des droits de l'homme, en Italie et en Europe. La Commission européenne, par la voix de son chargé des affaires étrangères, la suédoise Cécile Malmstrom, a qualifié ces images d'«épouvantables et inacceptables», menaçant de couper les fonds au gouvernement italien. La maire de Lampedusa, Giusi Nicolini, elle-même n'hésite pas à qualifier le centre d'accueil de l'île de «camp de concentration». Un député italien d'origine marocaine, Khalid Chawki, s'est retranché, depuis samedi, dans l'établissement pour protester contre les conditions de vie dégradantes dans lesquelles sont tenus les réfugiés qui arrivent au sud de l'Italie. «Je ne partirai d'ici que lorsque tout les immigrés seront mis en liberté», a déclaré à la presse le parlementaire maghrébin. Un autre établissement italien où sont détenus des migrants en situation irrégulière a focalisé, samedi, l'attention des médias et des responsables italiens, après qu'une dizaine de maghrébins se soient cousu la bouche avec un fil improvisé pour protester contre les conditions de leur détention. Un geste d'automutilation extrême qui se veut un cri de colère et de désespoir de ces sans-papiers traités comme des délinquants qui ne connaissent même pas la durée de leur peine. Le Centre d'identification et d'expulsion de Rome, initialement prévu pour accueillir 350 personnes, mais qui croule sous un surpeuplement qui viole les droits de l'homme les plus élémentaires, est devenu un lieu de pèlerinage des parlementaires italiens après ce geste démonstratif extrême. Tous soutiennent les revendications des occupants du centre qui demandent que la période de leur permanence soit réduite au minimum et souhaitent de pouvoir bénéficier d'une assistance médicale et légale. En attendant, les autorités italiennes ont déjà expulsé quatre des 50 Maghrébins qui observent une grève de la faim. Mais tous les hommes politiques italiens ne se laissent pas émouvoir par le drame des sans-papiers détenus. Matteo Salvini, euro-parlementaire et fraîchement élu secrétaire générale du parti xénophobe de la Ligue du Nord, n'a pas eu de retenue pour proférer cette boutade provocatrice. «On ne doit pas plaindre les immigrés désinfectés, mais ceux que ces derniers, une fois libres, vont dérober.» Il est vrai que la loi, qui assimile à un délit l'immigration clandestine et autorise la détention des sans-papiers, porte le nom de son prédécesseur, Umberto Bossi.