Au sud, les vastes steppes s'offrent au regard, balayant en un seul tour d'horizon une bonne partie du centre de l'Algérie. Située à environ 1000 m d'altitude sur l'adret de l'Atlas tellien, la commune de Boghar, fondée en 1838, respire l'air frais. Sur notre chemin, nous laissâmes sur notre gauche la ville de Ksar El Boukhari (68 km de la ville de Médéa) mi-ensoleillée, mi-voilée pour bifurquer à droite sur les premières sinuosités du massif de Taguensa se dirigeant vers la commune de Boghar. Le massif de Taguensa constitue le prolongement naturel de la chaîne de l'Ouarsenis. A peine quelques encablures entamées sur le chemin évoluant dans un paysage presque tapissé d'une multitude de roches très volumineuses aux couleurs jaunâtres sur lesquelles se projettent les ombres d'une forêt clairsemée de pins d'Alep, qu'apparaît le fameux camp Morand où des milliers de détenus, considérés comme les meilleurs fils de l'ALN, gisaient dans cet enfer des travaux forcés, attendant un sort qui se terminait souvent par une liquidation physique. Plus haut, le relief est très dominant, la géologie est souvent karstique, le pin d'Alep cède progressivement du terrain au chêne au fur et à mesure que nous gagnons en hauteur d'un étage bioclimatique à un autre. Mais le décor qui s'offre au regard reste toujours dominé par des cailloutis ponctuant à perte de vue les pentes du massif de Boghar. A Boghar, chef-lieu de commune, le frisson est plutôt glacial, obligeant les habitants à porter la traditionnelle kachabia. Perchées dans une géologie très rocailleuse, avec ses 6200 habitants, les rues et ruelles de la commune de Boghar, aux tracés encore maillés, rappelant une architecture coloniale toujours présente sont très propres. En 2008, comme l'affirme avec fierté le jeune P/APC, dans son 2e mandat, Kohli Abdelkader, la commune de Boghar a reçu le prix de la commune la plus propre dans toute la wilaya de Médéa qui se compose, pour rappel, de 64 communes. Boghar et le tourisme de montagne Sur les hauteurs de la commune de Boghar, les hurlements du vent sont presque quasi présents. Sur les sinuosités qui surplombent cette commune, la forêt devient plus dense, les neiges plus persistantes et les épaisses couches enveloppent les hauteurs presque à longueur d'année. Aïn El Karma, ou Erragaïta, un lieu se trouvant perché à 1300 m d'altitude où 20 ha seront destinés pour l'aménagement d'une forêt récréative. Il faut dire que le tourisme de montagne s'y prête très bien. A Boghar, il y a des pics qui culminent au-delà des 1700 m d'altitude. Au sommet des Sebaâ Rgoud qui dépasse les 1500 m d'altitude, un essai de plantation de cèdres dans les années 1980 a porté ses fruits puisqu'une luxuriante cédraie recouvre les lieux. De cette beauté s'offre une vue panoramique sur un horizon de plus de 100 km à la ronde. La baie d'Alger, une partie de la région de Tipasa, de la plaine de la Mitidja, ainsi que le massif d'El Ouarsenis… Au sud, les vastes steppes s'offrent au regard, balayant en un seul tour d'horizon une bonne partie du centre de l'Algérie. Selon la tradition orale, les Sebaâ Rgoud sont rattachés à l'histoire des gens de la caverne citée dans le Saint Coran. Encore plus haut, le pic de Taguensa culmine à plus de 1772 m d'altitude surplombé lui-même par Erras Lahmer à plus de 1800 m. Des monts recouverts de futaies de pins d'Alep et de taillis de chêne vert. Le thuya et le genévrier oxycèdres constituent souvent, sur les moyennes altitudes, le soubassement de très denses forêts. Du fait du facteur altitude, il pleut à Boghar 408 mm et 86 jours de pluie comme il pleut à Oran maritime, 428 mm et 79 jours de pluie. Plus haut, les isohyètes de pluie, corrélées à l'abaissement des moyennes des températures, nous plongent dans les étages bioclimatiques sub-humides, humides frais, humides supérieurs frais. Cet atout hydrique profite pleinement à la commune de Boghar dont l'AEP se fait à 100% à partir des eaux de sources contrairement à la majorité des communes de la wilaya de Médéa qui sont alimentées souvent à partir des eaux de barrage. Des sources jaillissantes à l'eau cristalline sont très réputées pour leurs vertus thérapeutiques ou organoleptiques. Rien que pour l'exemple, on y trouve Aïn El Kebira ou El Seghira, El Aïn Hamra, Aïn Ettaga, Aïn El Kerma… Presque tous les 300 m à partir de 1200 m d'altitude une résurgence, une source d'eau coule à flot à longueur d'année. La présence des sources d'eau et des lits de rivière à l'écoulement permanent bien réparti sur ces espaces altitudinaux peut participer pleinement à l'épanouissement du tourisme de montagne à travers la création des chemins botaniques où les randonneurs trouveront bien leurs comptes en ayant la possibilité d'accéder à des biotopes à la richesse faunistique et floristique très intéressante. Sur ces cimes escarpées du Tell, l'aigle royal vit en toute symbiose avec l'outarde et où les neiges persistent dans les grottes qui font la féerie des coins jusqu'au mois de juin. Si plusieurs pics culminent à plus de 1700 m d'altitude, ceci prouve si besoin est que d'importants espaces se situant entre 1500 m et 1800 m d'altitude peuvent bien être aménagés pour le tourisme d'hiver dans une commune très pauvre en ressources financières, n'attendant que les subventions de l'Etat. Réussir le tourisme de montagne passe avant tout par l'ouverture des voies menant vers les différentes fractions qui sont au nombre de sept dépendant de la commune de Boghar. Les métiers traditionnels se meurent Boghar, cette ancienne cité millénaire du Titteri, témoin du passage sur un sol à géologie très dure de plusieurs civilisations, plonge dans l'amnésie. Des trésors laissés en jachère. Des hommes issus d'horizons divers sont passés par là. Des Romains aux Senhadjas, aux Bani Hillal et jusqu'à l'Emir Abdelkader, ce coin qui domine une très vaste région est resté pourtant, malgré la pléthore d'hommes qui ont foulé son sol, très tranquille où l'on peut écouter le silence des cieux. Depuis l'époque coloniale et durant les années 1970 et 1980, d'importantes vagues d'hommes ont quitté les différentes fractions relevant de Boghar pour aller s'installer essentiellement dans la Mitidja. Cette dynamique de population a eu un impact négatif sur les métiers de l'art et de l'artisanat dans cette région. Ce que confectionnaient les doigts de fée des ces artisans qui se sont éteints ou devenus très vieux étaient vendus dans les souks des voisinages, principalement à Ksar El Boukhari. Un septuagénaire se désole, quant à lui, de la grande perturbation qui commence à caractériser les modes de vie dans cette région. Les gens ne s'intéressent plus comme avant à l'élevage bovin de haute montagne. L'élevage caprin cède aussi du terrain et l'agriculture en bocage n'est plus à ses jours fastes. Boghar, un site féerique où les ressources financières font pleinement défaut et où les potentialités touristiques promettent un bel avenir si les concernés mettent la main à la pâte.