A moins de trois mois du scrutin pour l'élection présidentielle, c'est le moment où chacun compte ses troupes. Chaque groupe, chaque clan, chaque communauté compte les siens, y compris à El Watan où l'on a encore du mal, vingt-quatre ans après, à ne pas oublier tous ceux et toutes celles qui ont fait partie, dès le départ en 1990, de la palpitante aventure intellectuelle qu'est le journal que vous avez entre les mains aujourd'hui. Cette comptabilité à tous les niveaux est aussi l'occasion de dresser les bilans dans tous les secteurs d'activité. De manière générale, force est de constater que depuis fin 1991, les présidents de la République passent, le «système», lui, reste. Le quotidien des Algériens n'a pour sa part que très peu changé. Ils ont toujours du mal, vingt-trois ans après, à trouver au bas de leurs immeubles les sachets de lait dont ils ont besoin. Si le degré d'impopularité du pouvoir devait se mesurer à longueur des files d'attente devant les laitiers, les records viennent assurément d'être battus ces derniers jours ! Vingt-deux ans après l'interruption du processus électoral, la démission forcée de Chadli Bendjedid, la dissolution du FIS, l'assassinat de Mohamed Boudiaf, la transition dans laquelle l'Algérie a été «installée» par ses dirigeants, par les détenteurs du pouvoir réel, «faiseurs de rois» et autres cabinets noirs s'étire en longueur. Les quinze dernières années de cette «transition sans fin» se sont figées, depuis l'arrivée de Abdelaziz Bouteflika, dans un sidérant immobilisme où malheureusement la corruption, l'incompétence, l'esprit de clan et de revanche ont pris le pas sur tout le reste au point d'être érigés en mode de gouvernance. Triste et décevant bilan ! Résultat : le pays est au cœur de toutes les incertitudes. Voilà pourquoi il est temps que l'on change de système. L'actuel en vigueur ayant largement prouvé son inefficacité, reléguant le pays à un semblant de monarchie tenue en main par un ersatz de «makhzen», où les thuriféraires du «monarque» et autres intrigants du sérail ont eu leur heure de gloire. Tandis que la majorité des Algériens, elle, est encore confrontée à un quotidien de plus en plus difficile, où des communautés ont souvent du mal à vivre ensemble comme c'est le cas, ces dernières semaines, dans la vallée du M'zab. C'est sur tout cela que les futurs candidats à la présidentielle auront à méditer. A celui à qui échoira la charge de président de la République certainement beaucoup plus que tous les autres. Malheureusement, tant que le «système» de cooptation et de désignation à toutes les fonctions de l'Etat, jusqu'à la magistrature suprême, demeure en vigueur sur des bases claniques, régionalistes et autres considérations, on ne peut espérer un réel changement. Les jeunes élites intellectuelles, politiques, sportives et culturelles continueront, hélas, à souffrir de l'ostracisme et du mépris du système… En attendant, l'Algérie sera sans doute absente aux Jeux olympiques d'hiver qui débuteront le 7 février prochain à Sotchi. En effet, le seul athlète, un skieur de fond de 21 ans ayant déjà participé aux JO de Vancouver en 2010, ne sera pas aligné en Russie certainement pour les mêmes raisons, aussi bêtes et irréfléchies, des responsables du sport de montagne et de l'olympisme algériens.