Les routes sont totalement défoncées, les nids de poules font leurs lois, les automobilistes ne cessent de crier à qui veut bien entendre que la ville de Bordj-Menaïel est dans une situation catastrophique. Rien n'est à sa place dans la ville de Bordj-Menaïel, tout se fait à reculons ! La preuve, dans la cité Mustapha Ben Boulaid, plus connue par la Capère et ou vivent plus de 35000 habitants, il n'y a pas de polyclinique, aucune antenne de l'APC de Bordj-Menaïel, ni de postes et télècommunications, et dire qu'une construction a été faite dans ce sens pour faciliter le quotidien des habitants qui n'en peuvent plus à subir les désagréments d'élus incompétents. Aussi, ils est à noter que l'APC n'a pas programmé de faire des dos d'âne, selon les normes, sur l'avenue des Martyrs dont la route à été refaite et bitumée dernièrement. Les habitants craignent pour leurs enfants à cause des automobilistes qui font de la vitesse. Pourquoi et pour quelle raison ? Nous savons tous que la localité de Bordj-Menaïel fut à l'origine un caravansérail, le relais des cavaliers d'où son nom, le fort des cavaliers. Ce fut aussi la halte obligée des grands marcheurs. Pour d'autres, c'est le Bordj Menaïel (le Fort Bleuté), à cause de sa peinture élaborée à partir de la «nila» par les Turcs, ces derniers avaient compris que ces riches plaines qui s'étendaient de Chender à Légata et de Cap-Djinet à Ouanougha, dont ils ont délogé les Iflissen l'ber, offraient une situation stratégique. Durant l'invasion française en 1830, les Français ont fait de Bordj-Menaïel un gros village colonial, un centre commercial d'importance régionale sur l'axe Alge -Tizi Ouzou, ce fut une coquette bourgade où fellahs, artisans et commerçants s'adonnaient au troc et au négoce. Bordj-Menaïel était la porte d'entrée de la Grande-Kabylie, elle est distante de 35 km de la wilaya de Tizi Ouzou, de 70 km de la wilaya d'Alger ; elle est considérée comme un point stratégique. La vocation agricole, la guerre de Libération nationale et ses zones interdite ont fait affluer une population hétérogène venue de chaque coin de l'Algérie, du Sahel arabophone et des montagnes berbérophones. Pour ceux qui ne le savent pas, la ville de Bordj-Menaïel est la fin d'un immense territoire de la Grande-Kabylie et le début de la wilaya d'Alger, puisque Légata, Si-Mustapha, Zemmouri qui se trouvent à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau faisaient partie du Grand-Alger. Bordj Menaïel fut longtemps la rivale de Tizi-Ouzou dont elle dépendait administrativement du temps des rares plaques minéralogiques frappées du «S», tandis que ceux de Légata portait le «AL». Les habitants de Bordj-Menaïel ont toujours été rebelles à toute sorte d'injustice et lorsque la ville de Bouira a été érigée au rang de wilaya, les Ménailis ont piqué une colère indescriptible. La déception des Ménailis fut énorme d'autant plus qu'une expression populacière cupide, fruit d'un esprit chauvin, les traitaient de «quinze et demi». Bordj Menaïel s'est sentie abandonnée par les Tizi-ouzéens lorsque le président feu Houari Boumediène avait donné un budget éloquent pour la wilaya de Tizi-Ouzou. Il y avait une rivalité entre les Tizi-ouzéens et les Ménailis, et cela à tous les niveaux, socio-économique, socio-sportif, socio-culturel. Le Printemps berbère avait accentué cette mésentente, d'autres considérations électorales valurent un nouveau découpage administratif où il était question que Bordj-Menaïel ou Dellys serait la nouvelle wilaya, malheureusement les décideurs ont préféré... un rocher noir. A qui la faute ? Et pourquoi ce choix incroyable ? Personne ne pourra y répondre mais une chose est sûr, malgré le fait que Bordj- Menaïel soit passé au chiffre 35, elle demeure toujours aux yeux des Ménailis de souche « quinze et demi». Tout le monde reconnaît que la ville de Bordj-Menaïel possède une grande et riche histoire à tous les niveaux, que ce soit culturel, sportif, social, économique avec un passé glorieux rempli d'événements de grande envergure durant la guerre de Libération nationale. Qu'elle était belle jadis cette charmante coquette localité surnommée «les Coquelicots», accueillante et hospitalière, relevant historiquement de la wilaya de Grande-Kabylie, qui suite au dernier découpage administratif fait partie de la trente-cinquième wilaya d'Algérie. L'histoire de Bordj-Menaïel est ici comme une hirondelle qui, aux premiers bourgeons des coquelicots, le souvenir se lève altier pour nous rappeler beaucoup de symboles et de repères rattachés à cette localité qui n'ont pu être traitée dans cette panoplie narrative, elle est un lieu chargé des grandes valeurs et un point de rencontre pour chaque Algérien. Bordj-Menaïel se distingue par sa beauté à couper le souffle grâce à ses majestueux massifs montagneux où elle englobe des villages perchés sur les hauteurs à chaque fois que l'on s'aventure dans les dizaines de petits hameaux, des massifs montagneux qui avaient apprivoisé deux grands noms de la révolution algérienne, le colonel Ouamrane et l'un des grands négociateurs des accords d'Evian, le stratège Krim Belkacem. Bordj-Menaïel est une ville dans le coma, elle est malade de par l'anarchie qui s' y est installée. Le laisse-aller qui s'exprime en angoisse devant l'incertitude, la faiblesse devant le danger, devant l'insécurité qui prennent des proportions énormes ; et dire que pour ceux qui ne le savent pas, Bordj-Menaïel a connu historiquement parlant des années de gloire dans les années 1950, puisque de par sa situation géographique qui lui permettait de ravir la vedette aux autres villes de la région, devenant incontestablement le centre qui accueillait toutes les activités dans différents domaines (commerciaux, sportifs, culturels, historiques) et autour duquel gravitait tout ce beau monde. Les routes sont toutes défoncées et la ville est devenue totalement repoussante. Bordj- Menaïel a toujours été une ville attirante, elle était prédestinée à un avenir radieux malheureusement, ce n' est plus le cas, car le temps finit toujours par faire faner toute fleur, même le coquelicot dont elle porte le sigle et noircir les horizons même les plus éclairés : la raison est compréhensible puisque de ville ouverte, elle est devenue une localité fermée. Les habitants ménailis sont désemparés par cette situation catastrophique qui a touché l'économie et la bourse de chaque commerçant qui se retrouvent dans une situation de naufrage à cause de la fermeture des principales artères de la ville qui est l'un des grands problèmes auquel est confronté la population et qui l'a toujours préoccupé devenant un casse-tête quotidien. La localité de Bordj-Menaïel n'est plus cette ville accueillante, ouverte à tout le monde, bien au contraire, elle est devenue repoussante à cause de cette situation qui perdure. Les habitants sont angoissés et se sentent marginalisés, abandonnés par les pouvoirs publics. Ils se sentent agressés et coupés de leurs racines. Touchés dans leur dignité, car depuis les dernières élections communales, les ménailis avaient cru que le problème des routes serait réglé définitivement et que la récupération du jardin public (coupé en deux) ne serait qu'un vieux souvenir. Ce n'est qu'illusion, étant donné que rien de tout cela n'a changé et que l'usure du temps conjuguée à l'incurie des hommes ont fait que les élus locaux sont pointés du doigt.