Les Tunisiens ont commémoré, hier, le premier anniversaire de l'assassinat de l'opposant de gauche, Chokri Belaïd, et préparent une importante marche demain à Tunis. «Qui l'a tué ?», «Où est la vérité ?» sont les quelques slogans brandis par des dizaines de Tunisiens, hier matin, rassemblés pour commémorer l'assassinat, il y a un an, de l'opposant de gauche, Chokri Belaïd. «Nous sommes effondrés, même un an plus tard, affirme Emel Benltif, journaliste et écrivaine tunisienne, la mort brutale de Chokri a traumatisé les Tunisiens et ébranlé nos organisations. Je ne crois pas que son assassin ait été tué. Comme beaucoup de Tunisiens, je doute de cette annonce qui survient un an après. J'ai envie de dire: quelle coïncidence !» poursuit-elle. Mardi dernier, le ministre tunisien de l'Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, a affirmé que la Garde nationale avait réussi à abattre sept terroristes, lourdement armés. Cinq des sept suspects éliminés ont été identifiés, dont Kamel Ghadhgadhi, le présumé assassin «du martyr Chokri Belaïd», a-t-il affirmé, tout en précisant que son identité avait été établie «scientifiquement» et que «cette nouvelle est le meilleur cadeau que l'on puisse faire aux Tunisiens». L'idéal de justice tel qu'il est stipulé dans la devise de la République tunisienne, conformément à l'article 4 de la nouvelle Constitution, ne semble plus intéresser le ministre tunisien. Constitution Plus encore, l'enquête ayant été longtemps entravée par la crise institutionnelle que vivait alors la Tunisie, la culpabilité de Kamel Ghadhgadhi n'a pu être établie par la justice tunisienne et «toute personne est considérée innocente jusqu'à ce que la preuve du contraire soit établie», selon les termes de l'article 24 de la nouvelle Constitution, officiellement promulguée le 26 janvier dernier par l'Assemblée nationale constituante. C'est également la «vérité» que réclame la veuve de Chokri Belaïd, Basma Khalfaoui, qui a tenu une conférence presse hier à Tunis pour dénoncer «un cadeau empoisonné» qui empêche les Tunisiens de «savoir ce qui s'est réellement passé». Plus encore, demain, une marche est prévue dans la capitale du pays en mémoire à Chokri Belaïd mais aussi à la grève générale du 8 février 2013 qui a paralysé tout le pays plusieurs jours durant. Une manière pour les Tunisiens d'affirmer au gouvernement technocrate formé par Mehdi Jomaa, en début de semaine dernière, que le peuple reste méfiant. L'anniversaire de l'assassinat de Chokri Belaïd balaie bien vite l'euphorie nationale et (surtout) internationale suscitée par l'aboutissement du processus constitutionnel et rappelle le pays à ces failles et aux nombreux défis qui l'attendent désormais.