Le Conseil national autonome des imams aurait accusé le Croissant-Rouge d'avoir détourné près de 17 milliards de centimes. Retour sur l'affaire et les dernières déclarations du ministre des Affaires religieuses, avec le président Djamel Ghoul. -Vous accusez le Croissant-Rouge d'avoir détourné 17 milliards de centimes destinés à Ghaza. Maintenez-vous cette déclaration ? Ce n'est pas nous qui avons formulé de telles accusations, c'est la presse qui les a relayées en notre nom. Je ne sais pas d'où proviennent leurs informations. Ce dont nous sommes certains, c'est qu'en 2012, le ministère des Affaires religieuses a lancé une collecte dans les mosquées du pays. Ensuite, plusieurs imams devaient être choisis pour les transmettre directement à Ghaza, ce qui pour l'heure n'a pas été fait. Dans la capitale, le directeur de cette opération a été accusé de malversations, il a été relevé de ses fonctions et présenté devant la justice. De plus, 4% de la zakat annuelle de Ramadhan en 2012 devaient aller vers Ghaza et le Croissant-Rouge algérien les a transmis à son homologue palestinien, sans qu'on sache ce que cet argent est devenu. -Le ministre des Affaires religieuses affirme que ne pas jeûner est un droit. Qu'en pensez-vous ? Nous sommes des hommes de religion, et évidemment la question du jeûne est très personnelle. En islam, il ne faut pas obliger les autres à épouser votre religion. Cependant, il existe une grande différence entre le fait de ne pas jeûner et d'exhiber ostentatoirement cela. Nous ne pouvons pas l'accepter, cela constitue un impact négatif sur la société. C'est du devoir de l'Etat algérien de mettre en place des peines sévères pour tous ceux qui font étal de leur non-jeûne en public. Manger devant les gens est un crime que la loi devrait punir, ce qui n'est pas le cas pour l'instant dans les textes de loi algériens. -Une autre de ses annonces a été d'évoquer la réouverture des synagogues. Y a-t-il une place pour la communauté juive en Algérie ? En Algérie, notre vision de la religion est large et tolérante. Il faut cependant distinguer entre les formes de religion qui existaient auparavant en Algérie et que nous n'avons aucun droit d'interdire et celles qui veulent s'installer. Concernant le judaïsme, il doit faire l'objet d'un long débat aboutissant à une décision mesurée. Rendre la pratique de ce culte publique, en plus de le sortir de la clandestinité, permettra son contrôle, ce qui est toujours meilleur. Mais dans le cas des juifs, la question est encore plus sensible. Quand une guerre est lancée contre Ghaza, comme c'est le cas actuellement, qui va empêcher l'attaque des synagogues et protéger les citoyens juifs ? Cela pourrait créer un chaos sans précédent. Cette question doit donc non seulement être étudiée du point de vue religieux mais aussi du point de vue de la faisabilité. Il faut aussi voir si cette déclaration découle d'une demande de la communauté juive. -Certains pensent que permettre à la communauté juive d'exister augure une normalisation des relations avec l'Etat d'Israël. La position de l'Etat algérien est claire depuis l'indépendance. L'Algérie est avec la Palestine, qu'elle soit opprimée ou oppresseur. Evidemment, nous n'accepterons jamais une quelconque normalisation des relations avec l'Etat d'Israël tant que ce dernier continue de violer le territoire palestinien. Pour autant, ouvrir les lieux de culte juifs ne devrait pas avoir une portée significative en termes de message politique et ne présage en rien de la création de relations avec l'Etat hébreu. -Mohamed Aïssa dit «ne pas avoir de problème à financer d'autres cultes» que le rite musulman. Quelle est votre position concernant une telle affirmation ? Nous ne pensons pas que ces autres cultes ont besoin des deniers de l'Etat, ils se suffisent de leurs propres fonds et de ceux qui proviennent d'ailleurs, de l'étranger. L'argent de l'Etat devrait d'abord servir à financer nos mosquées qui en ont cruellement besoin et ne sont que très peu aidées. Une fois que tous les problèmes de nos mosquées algériennes, penser à d'autres cultes n'est pas exclu. -Dans certains quartiers d'Alger-Ouest, des groupes de citoyens ont annoncé qu'ils feraient en sorte que le bon comportement sur les plages soit assuré. Entre autres, ils veulent contrôler la tenue vestimentaire des femmes. N'est-ce pas une violation des libertés individuelles ? Ce n'est pas une violation des libertés individuelles. Parce que si moi je veux emmener ma famille à la plage, je ne veux pas que mes enfants soient confrontés à la nudité. Pour autant, ces groupes n'ont aucun droit de jouer à la police des mœurs, ni théologiquement, ni légalement. D'un point de vue strictement religieux, le changement de mentalité ne doit pas intervenir par la surveillance ou l'action physique, mais seulement par le dialogue. -Qu'attendez-vous de la réforme constitutionnelle ? Nous attendons beaucoup de cette révision qui doit être radicale, contrairement à la précédente qui n'a amené que des changements de forme. Il ne faut pas qu'elle concerne seulement la vie politique. Il faut que la Constitution consacre le rôle clé du secteur des affaires religieuses, parce que celui-ci concerne tous les Algériens. Avoir un secteur fort ne fera donc que renforcer la société. Le secteur doit devenir souverain, car il apporte des résultats concrets. Ce que les mosquées distribuent dans le cadre des collectes de fonds et de zakat pendant le Ramadhan dépasse largement ce que l'Etat propose dans son couffin. Enfin, nous demandons l'indépendance de la fatwa vis-à-vis des intérêts politiques. -Le salafisme se développe dans certaines mosquées. Ce courant a-t-il une place dans la doctrine prônée par l'Algérie ? Il faut distinguer les cas. Le salafisme qui est sponsorisé par des puissances étrangères, comme l'Arabie Saoudite, et sert leurs intérêts, nous n'en avons pas besoin et il n'est pas le bienvenu en Algérie. Pour ceux qui se disent salafistes et qui sont Algériens, nous n'avons aucun problème avec eux. Sur certaines questions, ils ne respectent pas la doctrine prônée par le ministère, mais dans la majorité des problématiques, il y a une convergence certaine. -La question de la formation des imams reste problématique ? Nous nous battons pour un changement radical dans la formation des imams. En effet, l'imam reçoit quotidiennement des Algériens, il faut que son niveau soit digne de tous ceux qui viennent le consulter. De l'expérience que nous avons, il ne fait aucun doute que l'imam doit être un universitaire. Ensuite, il peut très bien renforcer sa formation dans certains domaines au sein des écoles coraniques. -Des prêches traitent de la question de la femme, non sans polémique. La femme constitue-t-elle un sujet aussi épineux ? Jamais ! La femme est l'égale de l'homme en islam. La femme participe autant que l'homme dans la construction de la société et de la civilisation. Elle est mère, sœur, épouse. Elle a un rôle fondamental à jouer dans la réforme de la société. La femme en tant que telle ne pose aucun problème en islam, du moins dans sa forme modérée, celle qui est appliquée en Algérie. L'islam ce n'est pas porter le niqab et lire du Coran sans arrêt.