Le ministère tunisien des Affaires étrangères a laissé tout le monde sur sa faim concernant les véritables raisons de la visite en Tunisie, il y a deux jours, du lobbyiste sioniste Bernard-Henry Lévy. Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mongi Hamedi, s'est limité à dire que le ministère n'était pas au courant et qu'aucune autorité ou ONG locale ne l'a invité. BHL a été prié de quitter la Tunisie pour «troubles à l'ordre public». Des sources concordantes affirment toutefois que la visite de BHL a été organisée en Tunisie par le biais d'un certain Ghazi Moalla, Tunisien connu pour ses liens avec les réseaux libyens depuis 2011. La visite serait dans le prolongement de réunions interlibyennes se tenant depuis des mois en Tunisie et cherchant à pousser vers une réconciliation nationale en Libye. Les tentatives de réconciliation interlibyenne étant multiples, celle-ci est sous l'égide de Abdelhakim Belhaj, l'ex-président du Conseil militaire de Tripoli après la chute d'El Gueddafi. Belhaj, ex-lieutenant de Ben Laden et leader du groupe de djihadistes de Derna (Jamaâ Islamia Moukatila), s'est désormais reconverti en homme politique et il est le président du parti El Watan. Ce Ghazi Moalla joue le rôle de relais de Belhaj auprès des médias tunisiens, dont plusieurs (Wakaa, Al Massaa, Les Annonces), ne cessent de publier des écrits et des interviews pour valoriser le rôle de Belhaj dans la réconciliation nationale libyenne. Des tentatives allant dans le même sens que le livre de la journaliste du Monde, Elizabeth Mandraud, qui, de l'avis de tous, a essayé de faire une lecture autre que terroriste de cet ex-disciple de Ben Laden. BHL serait venu en Tunisie pour renforcer l'axe Abdelhakim Belhaj, donc celui du Qatar, dans les tentatives de réconciliation interlibyenne. BHL et Belhaj veulent entrer en concurrence avec les tractations conduites par l'Algérie, l'Italie et les Emirats, qui veulent installer un dialogue national libyen qui n'exclurait aucune partie libyenne. Par contre, BHL et Belhaj veulent limiter le dialogue aux «révolutionnaires». C'est l'optique défendue en Libye par le Parti de la justice et de la construction et les Frères musulmans. Une fois encore, BHL prouve qu'il sème le trouble là où il passe. De son côté, Abdelhakim Belhaj, dont le parti El Watan n'est pas parvenu à s'imposer sur la scène politique via les élections, cherche aujourd'hui à revenir sous les feux de la rampe via cette initiative de lui refaire une virginité «civile» après un long parcours terroriste l'ayant mené en Afghanistan et dans les prisons britanniques. Les réseaux de ces deux hommes «suspects» travaillent aujourd'hui pour saboter la tentative algérienne de réunir les protagonistes de la crise libyenne, sans exclusion. C'est en gros ce que les observateurs de la scène tunisienne entrevoient derrière la visite de BHL en Tunisie.