Organisé du 25 au 27 avril par l'association algérienne des études philosophiques, en partenariat avec la faculté des sciences humaines et sociales de l'université Abdelhamid Mehri (Constantine 3) et l'Ecole normale supérieure, le colloque international sur le «rapprochement des cultures et son rôle dans le renouvellement de la pensée arabe contemporaine» a tenu toutes ses promesses au vu des discussions passionnées, et souvent contradictoires entre les différents intervenants nationaux et ceux venus du Liban, de Palestine, de France, de Tunisie, d'Irak et d'Arabie Saoudite. Très attendue par l'assistance, la communication de l'éminent philosophe libanais, Ali Harb, a suscité un vif débat dans la salle et même durant la pause-café. Abordant le sujet ayant pour thème «Ce qui dépasse la dualité entre les Arabes et l'Occident : une nouvelle vision du commun humain», Ali Harb insistera en préambule sur l'importance de la pensée dans l'évolution des sociétés à une époque où le monde arabe vit une crise d'idées. «Il n'y a pas de solutions aux problèmes sociaux dans n'importe quelle société sans la naissance de visions créatrices», soutient-il. Revenant longuement sur l'état des lieux dans le monde arabe, il notera : «Nous n'avons pas inventé une méthode ou une science ; nous avons finalement échoué dans l'épreuve de la civilisation, mais nous avons par contre réussi à créer l'industrie de la mort et l'exportation du terrorisme.» Très critique envers les intellectuels arabes, Ali Harb dira que ces derniers ont échoué à traduire les slogans en mesures efficaces, à travers le renouvellement de la mission de la pensée en mission du savoir, et la production de nouvelles idées pour apporter des solutions aux problèmes contemporains. «Nous ne devons plus rester enfermés sur nous-mêmes ; la civilisation arabe classique était ouverte aux autres civilisations, et si la civilisation occidentale avait évolué, c'est parce qu'elle n'était fermée sur elle-même», a-t-il affirmé. Dans un monde qui évolue rapidement grâce aux nouvelles technologies, la presse électronique et les réseaux sociaux, il n'y a plus de dissociation entre une société et une autre, même si celle-ci vit loin, selon Ali Harb. «Tout problème ou conflit laissera ses traces et son impact sur tout le monde», poursuit-il. Ali Harb incitera les Arabes à prendre l'exemple de la Chine qui est sortie de sa «coquille idéologique» et a su briser le monopole des Etats-Unis sur l'économie mondiale, en produisant la connaissance. «Alors que nous continuons de piller ce que produit l'Occident, et on ne fait que consommer ce qu'il produit», regrette-t-il. Le philosophe libanais conclut en ajoutant qu'«il n'y a plus de vérité absolue ; la seule vérité est ce que nous créons et nous produisons, et la production de la connaissance n'est plus le monopole d'aucun pays ; c'est aux Arabes de comprendre cette vérité pour pouvoir relever les défis.»