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Médias d'Algérie : Un arsenal de com' contre le journalisme
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Publié dans El Watan le 19 - 05 - 2016

Il est question, dans cette contribution proposée au quotidien El Watan, de s'interroger et répondre le plus synthétiquement possible à ce qui fonde des paramétrages réels du devenir de la liberté d'information et du droit à l'information reconnus aux citoyens par la Constitution en notre pays aux métiers du journalisme.
La profession n'a pas attendu la loi sur l'Information de janvier 2012 pour forger son devenir, y compris en payant le tribut d'une centaine des siens assassinés durant la décennie rouge 1990. Fragilisée de multiples ressorts – y compris par cette loi timorée face aux bouleversements réels en le domaine – le journalisme risque, sous les coups de boutoir de nouvelles adversités, de perdre ce qui fonde sons sens d'être.
Et d'être asservi et servi, en doses homéopathiques et trafiquées, dans les nouvelles fabriques de communication, machines lubrifiantes d'idéologies liées aux pouvoirs politique et à celui de l'argent. L'affaire pendante actuellement devant la justice du rachat du groupe de presse El Khabar par l'homme d'affaires Issad Rebrab est l'un des symptômes d'un chancre bien plus grave et complexe qu'il y paraît.
Rappelons au passage que «l'affaire» commerciale était déjà en tractation en 2008 : en majorité, les actionnaires d'El Khabar s'y sont opposés et ont même publié une charte d'éthique proclamant l'indépendance du journal. Plutôt que d'ajouter encore du verbe sur «l'affaire» pendante en justice, sondons un peu des points névralgiques du pourtour de ce chancre même et les ressorts de sa gestation qui travaillent l'ensemble des médias nationaux.
Une démonopolisation subie, non productive de réelle liberté de communication
L'histoire montre que partout où les sociétés du monde ont réellement, et du territoire même, développé leurs médias, elles l'ont fait aussi dans un espace public où le principe de démocratie ne se négocie pas en simple marchandise avec les publics. La production médiatique d'un vigoureux et autorégulé service public de l'audiovisuel y est mise en concurrence avec des journaux, des radios et des télévisions de droit privé, dont les activités sont réglementées.
Ce secteur d'activité économique produit des marchandises mais a aussi cette singularité si particulière : il est le moteur vital de production et de diffusion aux plus larges publics de valeurs symboliques d'une nation. Autant ses industries culturelles basiques que son patrimoine de spiritualité, qui fonde son âme et ses luttes pour les droits humains, s'inscrivent en valeurs universelles ; les médias en irriguent la société dans un mouvement perpétuel de création/renouvellement.
De fait, qu'est-ce qui arrive aux médias du pays aujourd'hui par rapport à ces paramètres universels ? Subséquemment au séisme qui a failli emporter Etat et société durant la décennie 1990, le patrimoine médiatique algérien a été mis, au début de la décennie 1990, dans une posture qui relève d'un feuilleton «d'ouvertures contrôlées». Ou plus précisément de velléités de contrôle d'Etat tant la déréglementation mondialisée n'a plus de frontière.
Ainsi, les premiers éléments du dispositif législatif et réglementaire, mis en socle par la loi sur l'information d'avril 1990, ont donné naissance aux entreprises de droit privé éditrices de quotidiens d'information, trois petites dizaines ces années-là ; gonflées de nombre depuis 2009/2010 pour atteindre quelque 150 aujourd'hui. Dans cet espace médiatique, les gouvernants maintiennent mordicus le monopole d'Etat sur le média radio (y compris par des dispositifs techniques de parasitages draconiens d'ondes étrangères) et jouent aux «apprentis sorciers» avec une quarantaine de télés commerciales de statut offshore.
Nées en 2011 pour les premières d'entre elles, divers signes frappent l'entendement quand on observe leurs articulations aux pouvoirs publics et à la société. Déclarées «premières télévisions libres d'Algérie» dans une société qui n'a jamais connu de service public télévisuel, tant l'office ENTV a été régenté en caisse de résonnance de propagandes renouvelées depuis l'indépendance, ces structures ne sont pas constituées pour autant en «entreprises éditrices de télé», même si trois ou quatre d'entre elles sont adossées à des quotidiens publiés dans le pays. Télés offshore, OVNI domiciliés à Amman, Londres, Beyrouth ou ailleurs dont les signaux sont transportés par satellites, ces «supérettes d'images télévisées», ont pour caractéristique commune de cibler les auditoires algériens.
Un principe basic de marketing les guide : à côté d'offres de produits manufacturés étrangers (alimentaires, vestimentaires, ménagers, cosmétiques, etc.) déversés par containers dans les ports du pays, quoi d'autre à vendre à la quarantaine de millions d'Algériens, dont de larges strates sociales ont acquis d'intéressants niveaux de pouvoir d'achat grâce à la rente pétrolière ? Tout simplement – et au plus bas prix, en visant du côté de la ceinture – des images «sensationnelles» qui changent de la morosité encadrée des canaux de l'ENTV. Avec des coûts d'investissement très réduits, ces nouvelles «boîtes» créées à la va-vite ont trouvé le filon porteur. La seconde caractéristique qui les marque est que toutes fonctionnent en mode juridique a-légal.
Elles n'ont contracté aucune convention avec l'Etat ni ne disposent de concession — sauf pour cinq d'entre elles d'un agrément de «domiciliation de bureau local». Et, de fait, les pouvoirs publics ne les inquiètent pas, sauf quand elles dérangent l'agenda médiatique du clan de pérennisation proche du chef de l'Etat : Atlas TV et El Watania TV (guère plus «professionnelles» dans le fond que les autres) ont dû payer cette non-allégeance.
Les dispositifs législatifs en la matière (lois de 2012 et de 2014) n'ont pas été suivis d'arsenal réglementaire qui pourrait les y contraindre.
Demeurée coquille vide, «l'instance de régulation de l'audiovisuel» n'a à son actif (depuis septembre 2015) que quelques épisodiques communiqués, consonnant, à la virgule près, avec ceux du ministère de la Communication.
Attentisme, laisser-faire/laisser passer, les auditoires algériens se sont retrouvés livrés abrupto (à l'image des ventes sur pied dans le commerce agricole) à des télés «nationales libres» d'un genre très particulier. Leur soudaine délivrance du monopole des cinq canaux de l'office d'Etat ENTV n'est pas pour autant réelle en matière de nouvelles libertés acquises. Un florilège de propagandes populistes – d'essence galvanisée par toutes les frustrations et dénis de droit accumulés sous des décennies de règne autoritaire – ont trouvé très vite en les chaînes de télé commerciales leurs fabriques et déversoirs les plus attentatoires aux principes universels de liberté de communication et de respect des publics.
Les écrans d'Ennahar TV et de Chourouk TV (adossées à deux puissants quotidiens éponymes) participent, parfois jusqu'à la nausée, de ce détournement scandaleux du sens à donner à la liberté de communication. A l'image de l'actuelle campagne d'Ennahar contre la personne même de Issaad Rebrab. Proches chacune de clans du pouvoir et des sources de prébendes y afférentes, ces chaînes se sont instituées en redoutables auxiliaires de communication institutionnelle des tenants du pouvoir et de l'ordre moral à propager pour le faire perdurer.
Via des micro-trottoirs, des prêches d'imams cathodiques improvisés, des émissions de plateau à invités tonitruants (mêlant en foire d'empoigne anciens généraux et émirs terroristes «repentis») leurs discours disent aussi le ras-le-bol des citoyens dominés. Dans le fond, ces miasmes nourris d'idéologies populistes servent davantage à créditer ces médias d'une factice et nauséeuse «liberté de ton». Celle de propager, par exemple, des appels à l'excommunication ou, pire, au meurtre, à l'instar de celui commis par un imam improvisé contre l'écrivain Kamel Daoud.
On est frappé de stupeur quand on entend un «journaliste» de ces entreprises – souvent rémunéré au lance-pierres et utilisé par sa hiérarchie sans considération aucune des droits élémentaires du travail – vanter le «journalisme citoyen» dont il serait professionnel parce le slogan galvaudé promet qu'avec internet, tout le monde peut être journaliste.
Et que le tout est de rester «branché» sur les réseaux sociaux, et ses périmètres «d'information», son smartphone en veille, un peu comme des snipers avec leur arme. Dans le contexte mondialisé par les multinationales du domaine et leur foultitude de robinets locaux, les télés commerciales offshore ciblant la société algérienne s'ajustent en niches (de faible investissement) de gains d'argent et de capacités de diffusion de propagandes.
La centralité en est la communication : publicitaire, institutionnelle, d'entreprise, servant tout simplement à vendre une marque, un personnage, une idéologie. C'est tout un arsenal qui est mis là en branle contre les métiers de la profession de journalisme, afin de les formater dans un procès de production dévitalisé de ce qui a fondé leur raison d'être : produire des valeurs culturelles et de liberté, développer l'esprit critique afin de répondre aux besoins du droit à l'information des citoyennes et citoyens.
On est ébahi devant les discours, lourdement redondants, orchestrés par le ministre de la Communication dans sa flopée récente de conférences dédiées au «journalisme éthique» tant ils sont en porte-à-faux par rapport aux actes de l'institution qu'il gère. Les discours concoctés par les pouvoirs publics sur ces questions, si centrales à la démocratie, sont ici et ailleurs souvent sous l'emprise de nouvelles formes de propagande populiste.
L'illustration la plus aboutie est celle du ministre de la Communication. Autant leurs contenus idéologiques que leurs modes de formulation détournent le process de travail des médias de son sens premier : produire du journalisme et de l'information, d'abord, pour nourrir l'espace public citoyen dans sa diversité d'existence et de combat.
Dans les pays à gouvernance d'Etat de droit le plus consolidé, des médias, anciens et nouveaux, développent leurs capacités à se constituer comme autant de remparts contre la pollution charriée par ces nouvelles propagandes «à visage humain» empruntant toutes les recettes propres aux pubs vantant des produits cosmétiques.
Et camouflant les pires propagandes du siècle dernier. quatre ans après la promulgation de la loi organique sur l'information et deux ans après celle portant sur l'audiovisuel, le ministre de la Communication clame : «l'Autorité de régulation, c'est moi…» C'est au lendemain du troisième mandat présidentiel octroyé en avril 2009 à M. Bouteflika que des dispositifs législatifs et des actions de réaménagement structurel du secteur médiatique ont été mis en arsenal de reprise en main soft pour parachever – à partir du ministère de la Communication et de son sémillant ministre, M. Grine – un long processus enclenché dès le début de la décennie 2000. Fini les menaces de prison brandies contre les journalistes ; bien plus sournois et efficaces, deux bâtons de chantage sont mis exercice via deux entreprises de droit public pour caporaliser les journaux.
D'une part, une modulation pouvant aller à l'exclusion de l'accès à la mamelle de pub de la centrale étatique ANEP. Elle a frappé durement le quotidien El Khabar, et en plus elle a été assortie d'une injonction officieuse décourageant les grosses marques privées à confier leur pub à ce quotidien de référence. Et, d'autre part, la citation à régler les factures d'impression auprès des imprimeries d'Etat pour des dizaines de quotidiens qui les avaient «oubliées» durant des années. Une très forte majorité des quotidiens a été couvée dans ce système, imposé en mode opératoire de «régulation».
L'autorité de régulation de la presse, prévue par la loi de janvier 2012, n'est pas encore installée et le ministre de la Communication va jusqu'à clamer publiquement : «L'autorité de régulation, c'est moi…» Dans toutes les nations du monde développé, en fait vivant sous Etat de droit, dans les années 1970 notamment, ont été résolument mises en place des instances de régulation des médias, autonomes des pouvoirs publics et du pouvoir de l'argent.
Le principe de base a été de décréter que la puissance publique ne peut pas gérer démocratiquement la liberté de communication parce qu'elle ne peut pas être juge et partie. Parce que trop de pouvoir d'Etat corrompt les capacités de la société à revendiquer, défendre et construire ses espaces de liberté. Parce que, aussi, l'argent d'investisseurs privés injecté en trop fortes doses débridées dans le secteur participe à la création de conglomérats et de concentration du pouvoir d'informer.
Ni la loi organique de janvier 2012 ni celle relative aux activités de l'audiovisuel de mars 2014 – en principe à ajuster aux dispositions de la nouvelle Constitution – n'ont été suivies de textes réglementaires. C'est grave. C'est dire le formalisme – en fait le populisme – qui inspire cette batterie de fabriques de lois qui ne servent pas à grand-chose, sinon de poudre aux yeux. Comme les orfèvres marabouts savent fabriquer des amulettes. L'Etat s'étant désengagé progressivement du secteur, même avec son monopole sur la radio, comme en Corée du Nord, le champ est libre pour l'investissement privé. De plus, cerise sur le gâteau, une régulation du secteur, au point où le marécage s'y est instauré, est très peu probable à faire respecter.
Deux paramètres de cette «libéralisation des médias» à l'algérienne vont marquer encore plus sa logique : les clans gestionnaires du pouvoir d'Etat ont latitude à choisir les «copains et les coquins» habilités à y investir ; et la main de fer sévissant sur la production et la diffusion du gigantesque secteur public de l'audiovisuel s'y renforcera. Il n'est que d'entendre les voix d'animateurs – journalistes vedettes des chaînes — prêter leurs voix, avec tant de naturel, à des tas de pubs accompagnant ce nouveau chantier médiatique dont l'Algérie n'a peut-être même pas rêvé.


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