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«Le mouvement national commence à prendre forme en Algérie»
Gilles Manceron. Historien
Publié dans El Watan le 21 - 06 - 2016

En quoi le Front populaire a-t-il marqué l'histoire coloniale en Algérie, six ans après le centenaire de la colonisation ?
Le Front populaire est une occasion manquée de remise en cause de la politique coloniale par la gauche française. Si on se reporte aux tentatives, avant 1914, de Jaurès, de contester le colonialisme, on est tombés, au contraire, dans les années 1920 et 1930, par une certaine acceptation par la gauche du fait colonial, avec cependant une contestation autour de l'exposition coloniale de 1931, qui émanait des milieux communistes, qui avaient soutenu l'Etoile nord-africaine, à ses débuts, mais qui s'en sont éloignés au moment du Front populaire.
C'est un moment-clé de rupture entre, d'une part, l'idée anticoloniale, portée par l'ENA, d'une indépendance des pays du Maghreb, et, d'autre part, la gauche française, y compris communiste, qui, sous l'influence de l'Union soviétique, assume en 1935 un tournant lors du déplacement de Pierre Laval à Moscou. L'Union soviétique, notamment Staline, arrête alors de prêcher l'anticolonialisme - si je puis dire- et accepte l'empire français. Le Front populaire, bien que l'Etoile nord-africaine adhère au rassemblement, va finalement dissoudre l'association.

Pourquoi le congrès musulman échoue-t-il, alors que, malgré sa diversité, il est un moment rare, pour ne pas dire inédit et unique de regroupement des forces algériennes organisées ?
Ce congrès musulman est effectivement un temps de mobilisation. On peut dire qu'en Algérie autour de l'idée nationale, c'est un moment précurseur parce que, jusque-là, le mouvement national était surtout présent dans l'immigration. Il commence à prendre forme en Algérie avec le congrès musulman.
C'est un moment décisif, mais il va être mis fin à la mobilisation par le choix du gouvernement de renoncer à toute remise en cause du système colonial, y compris le plan dit Blum-Violette, qui élargissait un peu la citoyenneté des indigènes. Ce plan a été avorté. Ce qui est certainement le plus important et insuffisamment cité, c'est la dissolution de l'Etoile nord- africaine en janvier 1937, alors que ce parti avait adopté une orientation nettement antifasciste face à l'Italie et l'Allemagne et s'associait au Front populaire dans l'idée d'une citoyenneté pleine et entière en Algérie. Le Front populaire va dissoudre l'ENA, obligeant les militants à créer le PPA en mars 1937 à Nanterre. Cette rupture annonce quelque peu l'attitude de la gauche française en mai 1945 huit ans plus tard, voire en mars 1956 avec les pleins pouvoirs à l'armée dans la guerre en Algérie, votés par Guy Mollet.

Peut-on parler d'un forcing des milieux coloniaux en Algérie pour bloquer toute évolution ?
Il y a lors du congrès musulman une mobilisation populaire qui se heurte à des intérêts coloniaux qui voyaient mal un processus pouvant mener vers la citoyenneté de l'ensemble de la population et donc une indépendance à terme. D'où la réponse très ferme des milieux coloniaux qui ont bloqué toute réforme et ont fait obstacle. Dans ce milieu colonial, ceux qui seront obéissants à la France de Pétain, la France de Vichy, qui se met en place dès la fin des années 1930, avec les ligues fascistes comme les Croix de feu et autres, prolifèrent à Oran, dans l'Ouest algérien, Constantine, etc. Donc un régime colonial très conservateur qui réagit au mouvement populaire.

Les ruptures dont vous parlez du fait du Front populaire ne traçaient-elles pas le destin de l'Algérie ?
D'une certaine façon. Le Front populaire témoigne d'une incompréhension de la gauche française dans ses différentes composantes : SFIO, mais aussi le Parti communiste, qui renonce à l'anticolonialisme de ses débuts et souscrit à la dissolution de l'ENA. L'humanité se réjouit et le ministre de l'Intérieur socialiste dit, lors d'un débat parlementaire, que c'est avec l'assentiment des communistes que l'ENA est dissoute. La gauche méconnaît et refuse la main tendue par le mouvement algérien qui, pourtant, a partagé l'antifascisme et les aspirations de la gauche française.
D'une certaine manière cela signifiait-il qu'on ne pouvait pas passer de l'antifascisme à l'anticolonialisme ?
La gauche française en a été incapable. Comme la France libre dans les années 1940, qui connaîtra quelques débats sur ce thème pendant la période de la résistance, notamment autour du général de Gaulle à Londres, avec quelques personnalités comme André Philip ou la philosophe Simone Weil, qui disent leur anticolonialisme, affirmant que si nous nous sommes battus pour la liberté de la France, nous devons souscrire aux peuples coloniaux qui demandent leur propre indépendance. Ils sont minoritaires et le Conseil national de la résistance dans son programme (ndlr : 27 mai 1943) ne retient pas l'aspiration des peuples coloniaux. Il y a là aussi une occasion qui a été laissée de côté et va conduire aux guerres coloniales après la libération (ndlr : en Indochine d'abord, puis en Afrique du Nord).

En raccourci, peut-on dire que cette période est en quelque sorte un laboratoire, en ce sens qu'en Algérie, le Front populaire, comme en France, est un temps d'ébullition et de liberté d'expression culturelle, politique et médiatique, on pense notamment à la publication de journaux comme Alger Républicain ou Oran Républicain ?
Le Front populaire favorise une effervescence, une liberté d'expression, une liberté associative en Algérie. Les communistes y contribuent avec la création du Parti communiste algérien (PCA) à partir de la Fédération d'Algérie du PCF. Il sera peu autonome, jusqu'en 1955-56. La tutelle du PCF sur le PCA demeure. Mais malgré tout, le Front populaire a représenté un premier cadre d'expression, même si la majorité des forces métropolitaines ont mal compris l'aspiration algérienne, comme ils ne la soutiendront pas en mai 1945 et en 1954.


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