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L'homme qui se dépense pour les autres
Muhammad Yunus. L'économiste bengladais s'offre le nobel de la paix 2006
Publié dans El Watan le 02 - 11 - 2006

« Les artichauts, c'est un légume de pauvres. C'est le seul que, quand tu as terminé, tu en as plus dans ton assiette qu'avant de commencer. »
Coluche
Goethe avait montré le chemin. « Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pour recevoir ? » Muhammad Yunus, qui s'est vu attribuer le 13 octobre dernier le prix Nobel de la Paix, semble avoir fait sien ce conseil du célèbre écrivain allemand. Homme d'exception, ce Bengladais, qui pouvait se suffire d'une vie faste et sans accrocs, s'en est allé défier le monde feutré de la finance en se muant en banquier des pauvres. Une véritable gageure. L'histoire aurait pu s'arrêter là, tant le pari paraissait fou et l'opération apparemment vouée à l'échec. Mais Yunus a déjoué tous les pronostics en mettant à mal la certitude de Tristan Bernard qui affirmait qu'« on ne prêtait qu'aux riches, et on avait raison. Les pauvres remboursent difficilement ». Yunus a réussi son pari, en démontrant aux plus sceptiques que « contrairement aux idées reçues, les pauvres remboursent plus que les riches. Si vous leur donnez une chance, ils ne la laisseront jamais passer ! » Puisqu'il le dit, c'est que cela doit être vrai. Et puis, le système de microcrédit inventé par sa banque a essaimé dans près de cent pays et compte 60 millions d'adhérents. C'est cette réussite et surtout ce clin d'œil vers un monde sans pauvreté que les Nobel ont récompensés. Mais qui est donc cet économiste doublé d'un entrepreneur qui a largement mérité son surnom de « banquier des pauvres. » Issu d'une famille aisée, Muhammad est le troisième d'une famille de quatorze enfants, dont cinq morts en bas âge. Le futur banquier naît le 28 juin 1940 dans le district de Chittapong au Bangladesh, qui faisait partie alors de l'Inde sous colonisation anglaise. Il passe ses premières années dans son village natal puis sa famille s'installe en 1947 dans la seconde ville du pays, où son père, tient une bijouterie. Yunus présente son père « comme un musulman pieux soucieux de mener une existence sobre au plan matériel qui ne voyait pas d'un mauvais œil l'ouverture à l'égard du monde occidental ».
Un semeur d'espoir
Yunus se marie une première fois aux Etats-Unis en 1970 avec une jeune Américaine d'origine russe, qu'il rencontre à l'université. Ils eurent en 1977 une fille, Monica, qui est pianiste à New York. Il divorce et se remarie en 1980 avec une compatriote, professeur de physique avec qui il a eu une seconde fille. Au plan des initiatives, Yunus avait déjà, jeune, le sens des affaires. A 21 ans, il se fait entrepreneur, en mettant, sur pied la première usine d'emballage et d'impression du Pakistan oriental. L'affaire est une réussite. La banque d'Etat lui propose un très gros prêt, mais Yunus préfère abandonner la gestion à ses jeunes frères, pour partir préparer un doctorat aux Etats-Unis, grâce à une bourse. Une fois docteur en économie, il obtient un poste à la Middle Tennessee University. En 1971, la guerre de libération du Bangladesh éclate. Yunus n'hésite pas. Il décide de soutenir les indépendantistes. Aussi, lorsque l'indépendance de son pays est proclamée en décembre 1971, il décide d'abandonner son poste de professeur d'université et rentre chez lui pour mettre ses compétences au service de son pays. Après avoir occupé des postes politiques, où, selon ses propres dires, « il se sent complètement inutile », il devient responsable du département d'économie de l'université de Chittagong, construite en milieu rural. Selon ses mots : « une terrible famine frappait le pays, et j'ai été saisi d'un vertige, voyant que toutes les théories que j'enseignais n'empêchaient pas les gens de mourir autour de moi. »
Le marchand du bonheur
Il décide alors de s'intéresser au mode de vie misérable des villageois vivant à proximité de l'université. Ses premiers travaux porteront sur les questions agronomiques. Ce n'est que dans une deuxième étape que Yunus en vient à penser qu'une grande partie des problèmes rencontrés par les paysans pauvres sont dus à leurs difficultés d'accès à des capitaux. Leurs terres sont généralement si petites qu'elles ne peuvent constituer une garantie pour les banques. Restent les usuriers locaux dont les prêts sont offerts à des taux d'intérêt très élevés qui, bien souvent, achèvent de précipiter les emprunteurs dans la misère. C'est ainsi que le jeune professeur d'économie eut l'idée de proposer un premier microprêt (des dizaines de dollars) à quelques habitants du village, en utilisant son propre argent. L'effet de ces prêts au montant presque insignifiant s'avère rapidement très positif sur la situation matérielle des bénéficiaires. Bien mieux, ces derniers remboursent sans difficulté leur bailleur de fonds. Après avoir essayé d'impliquer une banque commerciale dans le lancement d'un premier programme de microcrédit, Yunus décide de créer son propre programme. Celui-ci est officiellement mis en place en 1977, sous le nom de Grameen qui obtient un succès immédiat au Bangladesh, mais aussi dans d'autres pays où le modèle s'exporte à partir de 1989. Aujourd'hui près de 300 millions de personnes dans le monde bénéficient directement ou non des microcrédits. La banque de Yunus a, par ailleurs, substantiellement diversifié ses activités (industrie textile, téléphonie, production d'électricité par énergie solaire…). Economiste mais aussi philosophe, Yunus admet aujourd'hui qu'il a franchi plusieurs obstacles pour parvenir à ses fins. « Dans mes cours, j'expliquais qu'il y avait forcément une solution élégante à chaque problème », se souvient-il. Mettant à exécution ses théories, et se passant des banques qui lui avaient tourné le dos, Yunus commence par prêter 27 dollars à chaque famille pauvre, sans exiger de garantie. Le résultat est tout simplement extraordinaire. Le taux de recouvrement atteint allégrement les 98% démontrant que les déshérités sont des opérateurs économiques comme les autres. Banquier des pauvres, Yunus est aussi celui des femmes car « elles savent mieux que les hommes gérer l'argent et ne sont pas attirées par les dépenses inutiles (...) Moi, je me bats pour donner leur dignité aux humbles et aux sans grades, car la pauvreté dans le monde ne pourra être éradiquée avec seulement des dons et de bons sentiments ». Si cet économiste a remporté le prix Nobel de la Paix et non celui de l'économie, c'est que la distinction suédoise voulait couronner une démarche qui offre la possibilité à une partie important de la population de trouver les moyens de sortie de la pauvreté. En 1997 déjà, Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, leur avait évoqué la possibilité que cette distinction soit décernée au microbanquier bengladais. Aujourd'hui, la Grameen Bank dispose de 1400 succursales, emploie 12 000 personnes et travaille dans plus de 50 000 villages à travers le Bangladesh. Depuis sa création, elle a déboursé 5 milliards de dollars de prêts à plus de 6 millions de personnes, dont 95% de femmes. Muhammad ne s'est pas arrêté là puisqu'il parcourt la planète pour convaincre les leaders d'opinion, les responsables économiques et les hommes politiques. Entre deux avions, entre deux colloques, il poursuit sa mission d'un type nouveau.
Un économiste d'un type nouveau
Même la Banque mondiale n'est pas restée insensible à cette poussée d'un système qui consiste à octroyer des petits prêts (80 euros environ) à des personnes considérées comme des personnes non solvables, selon les critères marchands habituels. « La microfinance vit une période passionnante », affirme Elisabeth Littefield, responsable de ce secteur à la Banque mondiale, « ce système bâti sur l'initiative personnelle répond à un besoin, mais il n'est pas en mesure de réduire la pauvreté à l'échelle d'un pays et de remplacer la mobilisation politique des plus démunis. Ce prix Nobel, si louable soit-il, est surtout une occasion inespérée pour attirer les investisseurs privés, les banques et les donateurs dans un secteur présenté comme ‘'gagnant-gagnant'' où l'on fait profit, tout en libérant le potentiel entrepreneurial qui sommeille en chaque pauvre ». A 66 ans, Yunus est aujourd'hui connu à travers le monde. « Ce n'est pas l'argent qui sauve mais la confiance, la solidarité et la fraternité, aime-t-il à répéter. J'exhorte les jeunes à ne jamais chercher un travail, mais à le créer. » Il reste persuadé que les entreprises à but social sont « le meilleur remède contre la pauvreté et seront mieux armées dans le futur que les entreprises traditionnelles ! ». Il reconnaît collaborer avec les multinationales, mais pour la bonne cause. Dans son pays, l'un des plus pauvres de la planète, il a réussi en mars dernier, en collaboration avec Danone, à implanter dans la capitale bengladaise une unité de production agroalimentaire. « Cela fera travailler des gens, mais mon objectif prioritaire est d'atteindre avec mon système bancaire les 100 millions de personnes touchées... » Avec la passion qui l'anime, pourquoi pas... ?
PARCOURS
3e fils d'une famille de 9 enfants, Muhammad Yunus est né dans le Bengale Occidental en 1940, alors encore en territoire indien. A 20 ans, brillant étudiant, on lui offre la possibilité d'aller passer son doctorat aux Etats-Unis avec comme thème « L'économie et le développement ». Il y passera 7 ans de sa vie, devenant professeur d'économie à l'université du Colorado. En 1971, pourtant lors de la naissance du Bangladesh, il décide de rentrer au pays et obtient un poste de responsable à l'université. Trois ans après son retour, une terrible famine s'abat sur le pays tuant 1,5 million de personnes. Cet événement va changer sa vie. « Les gens étaient en train de mourir de faim dans la rue et moi je continuais à enseigner d'élégantes théories économiques sans aucune prise avec la réalité. J'ai commencé à comprendre qu'il était très arrogant de prétendre avoir des réponses en restant dans une salle de classe. J'ai commencé à étudier dans le terrain. Après avoir, en vain déployé des efforts pour convaincre les banques d'appliquer sa méthode, il décide de monter sa propre structure La Grameen Bank. » Un quart de siècle plus tard, les résultats sont incroyables.


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