Ils sont assez nombreux les auteurs et écrivains africains à avoir recours, par choix, à l'édition numérique. L'écrivaine sénégalaise, Halo Guillabert, est venue témoigner, lundi après-midi, au niveau de l'espace Panaf, de son expérience personnelle dans le domaine de l'édition numérique à travers une communication intitulée «Les éditions numériques, l'Afrique s'y met». Halo Guillabert, qui se définit comme une activiste panafricaine, est directrice, depuis 2011, de la maison «Diaporas Noires Editions». Mais comment cette femme dynamique de lettres a-t-elle pu opter pour le numérique, à défaut de la version papie. Pour comprendre son choix, il faut revenir à son parcours. Hulo Guillabert a vécu plusieurs années en France, avant de se décider de regagner le pays natal en 2009. Elle crée un cabinet de consultance à Dakar, mais très vite elle se rend compte que ce n'est pas le créneau dont elle rêvait. Elle s'exile au Canada, mais la nostalgie pour son pays est telle qu'elle y revient en 2011. Là elle est déterminée à mener à bien ses projets en direction de l'Afrique. Elle crée alors la maison d'édition numérique «Diasporas Noires» ainsi que la revue des bonnes nouvelles. L'éditrice Halo Guillabet soutient que ce qui l'a poussée à devenir éditrice, c'est quand elle s'est aperçue que l'Afrique n'avait pas beaucoup de maisons d'édition. «Je me suis rendu compte aussi, dit-elle, qu'on s'édite souvent en Occident. Franchement, je trouve que ce n'est pas normal. Parce qu'on a des choses à dire. Et ce qu'on avait à dire n'allait pas forcément dans leur intérêt. Je me disais que si on avait des choses à dire contre leurs intérêts, on ne saura pas éditer. D'où l'initiative de vouloir faire nous même nos éditions, parce qu'on a des choses à dire qui ne vont pas forcément dans le même sens que les autres. Nos intérêts sont divergents. L'intérêt des Occidentaux, c'est de prolonger leur propre vision des Africains et de l'Afrique. J'ai toujours soutenu qu'il fallait que nous écrivions nous-mêmes notre Histoire et nos histoires. Nous devons absolument donner notre propre version des faits». Sa maison d'édition numérique, Diaporas Noires, est avant tout une maison d'édition internationale. Celle-ci ne cible pas uniquement l'Afrique, mais aussi toutes les diaporas, ainsi que les Afro-descendants du monde entier qui peuvent être édités. Au bout de cinq ans d'existence, cette maison d'édition numérique sénégalaise compte dans son catalogue une moyenne d'une trentaine de titres émanant de vingt-cinq auteurs de sept nationalités. Halo Guillabert est également détentrice d'une revue en ligne intitulée Les bonnes nouvelles d'Afrique. Une revue qui attire beaucoup de monde. Soit 500 personnes par jour, qui se connectent pour lire la revue en question. Pour cette spécialiste, l'Afrique commence à prendre place dans toute la sphère numérique pour stocker sa mémoire, transmettre sa culture, ses langues et son histoire par des moyens autres que l'oralité. Elle reconnaît que le numérique n'est pas assez développé. Un long chemin reste à faire. Selon elle, c'est un combat qui doit être mené au quotidien. «L'internet nous offre l'opportunité d'innover. Le numérique sauvegarde les connaissances et le savoir. L'oralité occupe une place primordiale dans les sociétés africaines». Hulo Guillabard pense qu'il y a un retour à l'oralité via le numérique, à l'image du livre audio sur le Net. Le livre en version papier continuera d'exister. Le livre papier est autonome, alors que le livre virtuel dépend de l'éléctricité pour fonctionner. Si le e-book tombe du cinquième étage, il est clair qu'il se casse alors que le livre classique reste intacte. Le livre traditionnel et le livre virtuel se complètent», ajoute-t-elle. La directrice de «Diaporas Noires» est catégorique. L'édition numérique est un grand défi pour le continent africain. Il est impératif que l'Afrique utilise l'ensemble des innovations technologiques pour avancer vers le progrès et l'excellence à la fois. Il est à noter, par ailleurs, que l'éditrice Halo Guillabert est en train de rédiger un livre portant le titre Prenez le pouvoir. Un livre qu'elle adresse à la jeunesse. Car depuis 2011, elle s'est fixé comme mission de conscientiser la jeunesse africaine et de lui montrer ses responsabilités. Comme elle le préconise si bien : «Les jeunes doivent prendre absolument en main l'avenir de l'Afrique. Réinventer les nouvelles voies de l'Afrique. Aujourd'hui, toutes les voies qu'on a empruntées jusqu'ici n'ont pas marché». Le livre en question sera gratuit au téléchargement.