Durant le premier trimestre de l'année scolaire 2006/2007, les lycéens algériens ont eu l'agréable surprise de découvrir des ordinateurs dans leurs établissements. Il s'agit de la mise en application du projet national de généralisation de l'outil informatique dans les lycées. Selon des sources officielles, à ce jour la couverture totale est assurée pour les établissements du secondaire. Les prévisions donnent l'horizon 2007/2008 pour une dotation similaire pour tous les collèges ; elle est de 50% actuellement. Concernant le cycle primaire, la réflexion serait en cours et le dossier à l'étude. A l'évidence, le train de la modernisation de l'école est en marche. Du moins sur le plan logistique. Reste à voir l'esprit qui présidera aux destinées de cette locomotive. Et c'est à ce niveau que se fixent les enjeux ! Dans la hotte à ordinateurs allouée par l'Etat, il n'y a pas que pour les élèves. Le corps enseignant a bénéficié d'un ordinateur portable (collectif) et d'un data show. Des outils qui les aideront dans leur pratique de la classe. Le professeur d'histoire-géo, ses collègues de sciences naturelles et de physique pour ne citer que ces disciplines verront leurs soucis s'alléger de beaucoup. Ils pourront maximaliser l'usage des documents, gagner du temps et accroître les capacités de compréhension et d'observation de leurs élèves. Finis les soucis de clarté et de précision générés par les schémas et les cartes tracés à la craie ou calqués au carbone. Dorénavant, les cours pratiques se dérouleront dans des conditions optimales. Les bienfaits seront considérables dans la mesure où l'atmosphère de travail s'en trouvera vivifiée. Toutefois, il ne faut pas croire que ces moyens modernes vont gommer le rôle actif du maître. Son action directe est incontournable pour garantir la qualité pédagogique d'une leçon. Un esprit sain ne peut imaginer un enseignant incapable de dessiner une carte géographique, un schéma de sciences. N'est-ce pas là le b a ba de son métier ? Certes, l'ordinateur ou le data show pourront l'aider à bonifier l'apprentissage de ses élèves mais jamais à le remplacer. Comme le prétendent certains esprits farfelus. Les leçons du passé Pour revenir à la généralisation des NTIC, la partie est loin d'être gagnée. Il ne suffit pas d'assurer la dotation des établissements scolaires en nouvelles technologies de l'information et de la communication. Bien que cette phase soit décisive sur le long chemin de la modernisation. Faudrait-il encore en maîtriser l'usage et s'imprégner de la culture qui va avec. L'expérience de l'introduction de l'audiovisuel dans les écoles dans les années 1960 est là pour nous rappeler à l'ordre. Les pays développés qui s'étaient lancés tête baissée dans une gigantesque innovation certains parlaient de révolution ont vite déchanté. Les différentes évaluations ont toutes abouti à la même conclusion : l'échec. Les ancêtres du data show et du multimédia à savoir le rétroprojecteur, le diascope, la photographie, le magnétophone ou encore la radio, le cinéma et la télévision n'avaient pas entraîné de grands changements dans le déroulement des classes. Ce n'est pas tant l'apport technique et la maniabilité des ces appareils qui étaient en cause. L'origine de ce lamentable échec des milliards de dollars dépensés à l'époque a été décelée par les spécialistes au niveau de la logique interne des systèmes scolaires. D'abord le conservatisme des enseignants qui suspectaient ces « gadgets » de concurrents à leur statut. Ils ne supportaient pas de voir rabaisser leur place dans la hiérarchie. En effet, dans les écoles du monde entier, l'enseignant se manifeste par un attachement maladif à son pouvoir de domination dans son face-à-face avec l'élève. Il conçoit cela comme étant l'exercice de son autorité, indispensable à l'exercice de son métier. Allez dire à un enseignant d'assouplir l'inamovible processus « enseignement - contrôle des connaissances - récompenses - sanction » ? « Offense de lèse-majesté », vous rétorquera-t-il. Or, ces auxiliaires didactiques modernes apportent inévitablement des modifications importantes au niveau de la communication entre lui (l'enseignant) et son élève. Le rapport hiérarchique s'en trouvera modifié également. C'est justement à ce moment là que par esprit de conservatisme ou par égoïsme surgit la méfiance, voire l'hostilité à l'égard de ces concurrents indésirables. Il a peur qu'ils se substituent à lui ou qu'ils le poussent à adopter sur le plan pédagogique de nouvelles normes comportementales autres que celles admises dans le sérail. Celles consacrées par la tradition et enracinées par la routine. L'immobilisme du processus éducatif (contenu des programmes, méthode, évaluation) est une autre source de blocage/opposition. Les dispositifs pédagogiques sont restés immuables et n'ont pas été adaptés à cette modernisation. Faute d'une adaptation aux potentialités extraordinaires offertes par les moyens audiovisuels, l'école a fini par leur tourner le dos. Les anciens se souviennent des pellicules de poussière étalées sur ces instruments jetés aux oubliettes au fond d'une salle d'archives ou dans l'armoire du directeur. Inutilisés. C'était hier dans les années 1970. Ce serait malhonnête de notre part de ne pas rendre hommage à certains de nos aînés, ces enseignants novateurs qui avaient donné de l'importance à cette innovation par l'audiovisuel. Ils étaient une minorité, mais ils avaient emporté l'adhésion de leurs élèves. Ces derniers découvraient la magie d'un montage de diapositives, l'attrait de la photographie avec les prises de vue dans les champs, au marché, dans la rue. Ils goûtaient à de captivants moments d'instruction et apprenaient autrement (et mieux) que par le truchement du tableau et du manuel, à boire les paroles du maître. Adapter l'école Afin de ne pas tomber dans les mêmes travers, les spécialistes, instruits par les leçons du passé, plaident pour le strict respect de deux préalables avant toute introduction des NTIC dans les systèmes scolaires. Dans un premier temps, il faut garantir une préparation rigoureuse de l'élément humain à la base du succès (ou de l'échec). La formation initiale avant que le futur enseignant ne prenne poste est une période cruciale. Il s'y familiarisera avec les diverses facettes des NTIC, comment les utiliser et les adapter à sa pratique pédagogique. L'ordinateur viendra démultiplier les fenêtres par lesquelles les élèves accéderont au savoir et à la connaissance. Cette forme d'usage des NTIC est la plus recherchée (réviser ses leçons, faire des problèmes, s'auto-évaluer). D'autres formes d'usage existent. De celles qui donnent aux NTIC toute leur aura et les valorisent. Elles sont fort instructives dans la mesure où elles collent aux réalités vécues par l'élève hors des murs de l'école. L'enseignant servira ainsi de vecteur de transition entre les deux mondes de l'élève, à savoir le milieu scolaire et la vie moderne. Les stimulations que procure le milieu extra-scolaire (Internet, multimédia, TV parabolée,...) ne sauraient être occultées au motif qu'elles sont parasitaires du programme officiel. Une telle attitude encore très répandue de par le monde encourage en l'aggravant, le divorce entre l'école et la vie. Le pédagogue avisé est celui qui s'ouvre de façon critique et non passive sur l'innovation. De la sorte, il cherchera à comprendre le fonctionnement de ce système de communication tel que façonné par les NTIC. Par cette imprégnation à la culture de la communication via l'informatique, l'enseignant aura la capacité intellectuelle de puiser dans la vie trépidante hors des enceintes scolaires des situations d'apprentissage motivantes, donc bénéfiques sur le plan pédagogique. En conclusion, sans prédire ce qui surviendra à moins d'une observation/évaluation au plus près du terrain, les NTIC à l'école courent un risque majeur. Soit elles joueront le rôle d'instigateurs d'une « révolution des mentalités » à l'intérieur des établissements scolaires, et c'est tant mieux pour nos enfants. Dans le cas contraire, elles iront rejoindre leurs ancêtres (rétroprojecteurs, magnétophones, diascopes…) dans les oubliettes de l'immobilisme pédagogique, antichambre choyée des idéologies les plus conservatrices. Viendra-t-il un jour où l'observateur dira que le pays s'était doté de quincaillerie... à coups de milliards de dinars ? Espérons que non. [email protected]