La viande ayant allègrement dépassé le cap alarmant des 1000 DA et la fraîche d'importation n'étant pas encore arrivée sur les étals malgré les longues queues qui nous ont rappelé l'austère époque du Souk el fellah Boumediène, il y a une astuce imparable pour tromper vos maris et vos enfants qui attendent comme tout le monde depuis des années un bon plat à base de bonne viande. D'abord prendre un peu d'argent qui reste dans le portefeuille de votre mari (pendant qu'il dort le matin en rêvant qu'il n'a pas de travail) et aller au marché acheter quelques pommes de terre, des courgettes et des pois chiche, encore abordables en cette saison difficile. Puis penser à l'ingrédient essentiel. Pour cela, préférer les vendeurs à table aux magasins pour d'évidentes raisons de compétitivité commerciale. Sur ces tables donc, bien regarder les étiquettes et l'origine des produits. Choisir de préférence le savon turc ou espagnol, les moins chers du marché, et ceux qui ont une qualité plus ou moins correcte. Une fois les achats terminés, rentrer à la maison en pleurant, tout en passant à côté des beaux étals de viande, poissons et fruits exotiques. Une fois dans votre cuisine, creusez les pommes de terre et les courgettes et y introduire le savon râpé ainsi que du riz et de l'oignon fin. Faites cuire comme d'habitude, avec de la cannelle et des pois chiche. C'est prêt. Reste un obstacle. Pour faire passer le savon à votre famille, il y a deux solutions : soit mettre beaucoup de piment pour noyer le goût, soit accuser l'Etat corrompu qui laisse importer n'importe quoi comme viande, même de la viande au goût de savon. Dans tous les cas, votre famille mangera votre plat puisqu'elle n'a pas le choix. L'avantage de la dolma saboune est indéniable ; une fois le repas fini, vous pouvez laver la marmite avec les restes de la sauce.