Le bilan des graves incendies qui se sont déclarés dans la daïra de Béni Douala s'est alourdi. Hadim Moussa, 27 ans, et Allache Samir, 30 ans, du village Aït Mesbah, qui sont partis combattre le feu, ont été découverts par la population mercredi vers 23h au milieu des cendres, complètement carbonisés. Ces deux victimes sont venues s'ajouter aux quatre autres enregistrées dans la commune d'Ath Zmenzer et qui ont perdu la vie durant l'horrible après-midi de mercredi dernier. Mme Smaïl, la trentaine, son fils âgé de 5 ans et sa fille de 3 ans n'ont pu échapper aux flammes qui ont ravagé leur village, Bouassem. A la fin de l'après-midi du même jour, une autre nouvelle dramatique a fait le tour des villages. Rabah Chaïbi, 48 ans, chef de service à l'état civil de la commune d'Ath Zmenzer, est décédé, cerné par le feu dans son village, Ath Anane, alors qu'il tentait de l'éteindre, comme nous l'avions rapporté dans notre édition de jeudi. La population est encore sous le choc. La végétation est réduite en cendres. Toute la journée de jeudi, jour de l'enterrement, les commerces ont baissé rideau en signe de deuil et de colère devant la tragédie. Les corps carbonisés ont été mis sous terre dans une atmosphère lourde. Les commentaires sur l'origine des incendies sont contradictoires. Mais tous pensent à une « main criminelle ». En effet, le feu s'est déclaré en plusieurs endroits et en même temps et s'est propagé à une vitesse vertigineuse. Hier, vendredi, à Bouassem, tous voulaient parler de la catastrophe qui a touché la région. Seddik affirme : « Je n'ai jamais vu un tel incendie. Des arbres sont brûlés au sommet et les flammes se sont déplacées rapidement. Ce n'est pas normal. Il faut souligner le courage des jeunes qui ont risqué leur vie en évacuant des personnes, des véhicules et des bonbonnes de gaz. L'Etat devrait les décorer de médailles. » Son frère, chef de la famille disparue, crie sa colère : « Il n'y avait pas de pompiers, tous sont partis à Chréa pour éteindre le feu. Ici, c'est comme si on a répandu de la poudre dans la nature car le feu a pris d'une manière anormale. Où sont les autorités ? » L'on ne s'est pas contenté apparemment du soutien exprimé par le wali et le chef de daïra qui sont venus au village, a-t-on fait comprendre. Sur place, le président de l'APC, Ali Daoud, est consterné devant ce qui est arrivé à sa commune. Il déclare : « Le feu a tout dévasté. Après les drames et les enterrements, nous entamons la phase des recensements des dégâts. Le wali s'est engagé à dédommager la population. » Une commission de la wilaya composée des services de l'action sociale et de la DLEP est passée vendredi. A Ath Anane, village limitrophe, les dégâts sont énormes. Salah Belahcène, secrétaire général de l'APC d'Ath Zmenzer, affirme : « Nous avons recensé jusqu'à midi une vingtaine d'habitations passablement touchées. Nous continuons notre travail à Ighil l'Mal, Akendjour, Aglagal et Tighilt. » Ahcène, jeune propriétaire d'un poulailler, interpelle les membres de la commission : « Vous ne me demandez pas ce que j'ai perdu ? 1500 poulets et les dégâts sont évalués à 120 millions de centimes. » Il a tout laissé en place, en attendant que les services agricoles se présentent pour constater les dommages. Ahcène n'est pas le seul cas. Une dizaine de poulaillers sont décimés. Les flammes ont gagné en un temps record la commune d'Ath Douala et d'Ath Aïssi. Le village d'Ath Mesbah est gagné par une immense tristesse. Saïd Hachour, qui tient le café de la Place, déclare : « Quelques foyers sont encore en activité. On continue à passer des nuits blanches. On n'a jamais vu ça. Moussa et Samir que nous avons perdus étaient courageux. On a découvert leurs corps calcinés durant la nuit de mercredi et on les a évacués à la morgue de Tizi Ouzou. On ne comprend rien à ce qui est arrivé. » Dans ce village, on n'écarte pas l'éventualité d'un acte prémédité. A la polyclinique d'Ath Douala, le surveillant médical a affirmé que les blessés, légers pour leur majorité, ont regagné leur domicile. Au village Taghzart, les dégâts matériels sont également importants. Pendant les discussions, des témoins ont affirmé qu'un homme a été retrouvé mort dans la forêt, abattu par balle et ne portant pas de traces de brûlures. Selon un communiqué de la wilaya de Tizi Ouzou, le feu a détruit 596 ha de forêts, 2729 oliviers, 311 ha de maquis, 12 ha d'arbres fruitiers. Les services de la wilaya n'ont pas mentionné les dégâts causés aux ovins et aux poulaillers dont le chiffre dépasse la dizaine dans la seule commune d'Ath Zmenzer, a-t-on indiqué. Maintenant que les bilans sont connus, beaucoup de questions se posent. Comment une wilaya de 1,2 million d'habitants et d'une superficie de 2958 km2 ne dispose que de 10 unités de la Protection civile ? La Protection civile n'a pu mobiliser que « 208 agents tous corps confondus » pour lutter contre les 38 feux de mercredi et de jeudi dernier. Les moyens humains et matériels sont dérisoires. « Pourtant, à la daïra de Béni Douala, il existe une recette des impôts, mais point d'unité de la Protection civile. Nous payons les impôts, mais sans contrepartie », s'exclame rageusement un client dans un café. Les six morts et les innombrables dégâts interpelleront-ils les consciences ?