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Pourquoi a-t-on peur de la sociologie ?
Ali El Kenz. Sociologue, Chercheur, professeur à l'université de Nantes
Publié dans El Watan le 13 - 09 - 2007

« Ce n'est pas quand vous êtes entouré de béni-oui-oui, de cire-pompes et de courtisans que vous faites avancer un pays. »
Dominique de Villepin Ancien Premier ministre français
Il accueille ses visiteurs comme des invités, en arborant un sourire hospitalier. Amaigri, le cheveu blanc court, l'œil brillant, il use de phrases sans détour pour raconter des fragments de son enfance à Skikda. La petite silhouette vous attend d'un air absent pour vous dire ses moments heureux où insouciant, il hantait les lieux du savoir et les salles de cinéma, en essayant de capter et de comprendre le monde.
« Eveillé, très jeune, il avait ce côté fouineur en quête des êtres et des choses », témoigne un de ses frères. Profondément attaché à ses racines, il n'en rate pas une, pour mettre en valeur le quartier de son enfance. Une façon à lui de rendre hommage à l'endroit qui l'a vu naître et grandir. Un hommage par procuration, serions-nous tentés d'écrire. Il laisse s'absenter ses grands yeux noirs sans gaieté : « Mon premier ouvrage édité chez Maspero en 1980 et intitulé l'Economie de l'Algérie, je l'ai écrit sous le pseudonyme de Tahar Benhouria. Pourquoi ? Parce que je suis né au faubourg de l'Espérance, dans lequel se trouvait Dar Ben Houria du nom du propriétaire. Je ne vous décrirais pas l'ambiance familiale qui y régnait et la solidarité entre toutes les petites gens qui y habitaient. Quant à Tahar, c'était mon oncle paternel, un homme hors du commun, un bandit d'honneur au grand cœur… »
Fidèle à ses origines
Issu de la grande famille des Beni Oulbane nichée sur la montagne entre Skikda et Constantine, Ali fait savoir que son aïeul était khodja des Turcs, ce qui avait donné une certaine envergure à la lignée El Kenz, les bien nommés que la colonisation allait ruiner et réduire au statut presque d'indigents. « En trois générations, raconte Ali, la famille a été laminée. Laïdi, mon père, le cadet de la fratrie, a dû batailler ferme pour se frayer un chemin dans la société. Ainsi, après avoir été mineur à 13 ans à Felfela, il a gravi les échelons dans les chemins de fer en s'établissant dans le faubourg. Un quartier connu pour sa forte concentration de militants nationalistes PPA/MTLD. Dans ce quartier, il y avait le café Tebouche qui a joué un rôle non négligeable dans la conscientisation de l'identité algérienne. Les militants venaient régulièrement s'y réunir. Il y avait aussi le cinéma Le Régent dont le propriétaire français projetait des films arabes et hindous qui nous étaient évidemment destinés. Ces deux endroits qui étaient des pôles culturels et politiques ont quelque peu façonné ma personnalité. Mes frères et moi étions les rares de cette origine populaire à avoir fait des études au-delà du primaire. Peut-être en raison de l'attitude de notre père, homme austère, rigoureux et strict qui ne badinait pas avec la discipline. L'aîné, Hocine, moudjahid et ancien boxeur qui a poussé les études jusqu'au bac nous servit de bon exemple à suivre. » L'autre frère, Youcef, s'est forgé une solide réputation en exerçant de hautes fonctions dans le secteur du sport après avoir été directeur technique national de football, dès l'indépendance. Ali effectue normalement ses études à Skikda jusqu'à l'âge de 15 ans où il est envoyé à Constantine pour y suivre des études à l'Ecole normale d'instituteurs qu'il quittera en 1965 pour rejoindre l'Ecole supérieure de Kouba où il obtiendra ses diplômes en 1968. En 1969, il est prof de philo au lycée Emir Abdelkader. L'année d'après, il est assistant de philo à la Fac d'Alger. Il y restera jusqu'en 1972, année où est décrétée l'arabisation dont il fera connaissance au Caire où il a été envoyé pour y parfaire ses connaissances dans la langue d'El Moutannabi. En 1973, il retourne en Algérie où il est chargé de cours à l'institut des sciences po et professeur de sociologie. Parallèlement il est chercheur au CREAD. A l'époque du socialisme triomphant, il était de bon ton de s'abreuver aux sources révolutionnaires. Les étudiants à l'avant-garde de la société étaient beaucoup plus proches de Marx que d'El Mawdoudi. A cette période, Ali garde des souvenirs impérissables, lui le prof très proche de ses étudiants, homme entier, affranchi des convenances et qui partageait avec ses élèves la passion inaltérée pour la culture et le savoir. En ces temps-là, le pouvoir surfait entre les forces de gauche et celles qui allaient plonger le pays dans le chaos, quelques années plus tard. « La vérité devient dangereuse, pour le pouvoir quand elle se rapproche de la ligne rouge, qu'il a tracée », aime-t-il à dire. S'il n'a pas eu de problèmes avec les décideurs, il en a eu en revanche avec la société tourmentée des années 1990, qu'il a dû quitter la mort dans l'âme pour un exil forcé. Ainsi en 1993, dans un pays en pleine agitation, Ali se résignera à partir en Tunisie. « Le choix de ce pays n'est pas fortuit. Je voulais être dans un des pays arabes pour lesquels j'ai toujours eu un faible. Ensuite, parce que mon ami, Mohamed Moada, président au parti tunisien MDS qui m'avait fait appel auparavant, pour animer des rencontres avec les militants de son parti m'a sollicité pour y enseigner. Il m'a aidé et je lui témoigne toute ma reconnaissance. »
Un exil forcé
Ali y restera 2 ans et pas plus comme le stipulait le contrat. Le gouvernement tunisien avait limité le séjour à seulement 24 mois. Après, Ali a dû se débrouiller. C'est ainsi qu'il fera le concours pour 9 universités françaises. Il est classé premier dans 3 d'entre elles. : Bordeaux, Nancy et Nantes. « J'ai choisi cette dernière et j'y suis depuis 1995. Entre-temps en 2000, j'ai obtenu un poste de visiting à l'université de Princeton aux Etats-Unis, connue pour avoir eu comme enseignant le célébrissime Einstein. » Avec le Cread, Ali et ses pairs avaient effectué une longue enquête qui a duré 4 ans sur les pays arabes et leur rapport avec les sciences sociales. Les résultats ont démontré la faiblesse des normes académiques et l'affaissement de l'université tant au plan structurel qu'au niveau des statuts dérisoires du corps enseignant. « L'intervention des organismes mondiaux tels le FMI, la Banque mondiale, les agences onusiennes qui se sont substituées en quelque sorte aux pouvoirs publics, a brouillé les cartes et mis l'académisme dans une mauvaise posture. Les injonctions de ces organismes sont avérées et les enquêtes menées par d'authentiques experts aboutissent généralement aux résultats attendus par leurs commanditaires et qui ne sont pas forcément conformes à la réalité. » Bien plus, les Etats, en se désengageant des sciences sociales, ont laissé le terrain libre à d'autres courants qu'ils n'ont pas vu venir comme l'islamisme dont on mesure aujourd'hui l'impact sur la société. Au-delà de ses propres tourments, Ali se sent résolument de gauche, mais n'est pas prêt pour l'embrigadement partisan, la recherche encore et toujours est sa marque de fabrique. Aujourd'hui, il se désole des retards accumulés et surtout de la mainmise des puissances de l'argent. « Les objets ne sont pas déterminés par le politique mais plutôt par les organismes mondiaux. L'Etat impuissant n'est plus en mesure d'allouer des budgets décents à l'université. » Dans l'enquête faite au niveau des pays arabes (et qui sera éditée aux éditions Casbah), il ressort que ces pays sont largement dépendants de ces organismes mondiaux. L'Algérie, l'Egypte et la Syrie sont les plus touchées. Ses rapports à la politique sont distants, teintés de méfiance. Tenté un jour pour exercer des fonctions politiques ? « Sachez bien que ce n'est pas mon goût. Je ne m'y suis intéressé en tant qu'observateur seulement. Il y a des prédispositions d'esprit que je n'ai pas. » Quelqu'un a dit que la politique est l'art du mensonge. Et Ali de nous conter cette histoire relevée dans les Prolègomènes du père de la sociologie Ibn Khaldûn : qu'un prince avait appelé pour le conseiller et lui trouver une solution à son trône menacé. Ibn Khaldûn, en académicien attitré, s'est fendu d'une longue analyse sur les causes et les effets de cette situation. Mais le prince ne voulait rien entendre. Pragmatique, il s'attendait à des solutions immédiates et non à un cours magistral. « Je crois que là est toute la différence entre l'académisme et la realpolitik. » La globalisation ? « Elle balaye tout sur son passage et a effrité ce qui a été fait depuis les indépendances en n'épargnant surtout pas les pays fragiles. » La sociologie sert-elle encore à quelque chose ? A-t-elle un impact sur la société ? « Je pense que oui, même si ce n'est pas d'une manière directe, visible. Le passage de l'ancienne forme artisanale du travail aux formes actuelles, ce sont les sociologues qui l'ont fait, ont créé le fordisme la dernière phase de l'organisation du travail, c'est encore un ingénieur sociologue M. Ohn qui a fait de Toyota le plus grand constructeur d'automobiles du monde. Le système est basé sur l'autoresponsabilité et l'autocontrôle. »
Le rôle de la sociologie est primordial
Et l'Algérie ? « Il y a problème dans le rapport des Algériens à leur environnement, à leur culture, réduite à une sorte de folklorisation, qui frise les images d'Epinal, voire de la colonisation. Quant à la sociologie politique, je crois qu'elle a une utilité pratique dans l'immédiat qui peut alerter, montrer les failles des systèmes de gouvernement. » « Il faut bien noter que du point de vue du chercheur, l'Algérie s'est refermée sur elle-même et semble travailler en vase clos ignorant les grandes mutations de par le monde. Elle s'est fermée sur son passé et a l'air de ne pas tenir compte de la mondialisation. Concevez-vous, par exemple, que les jurys de thèses dans les universités algériennes se font entre professeurs locaux, en l'absence d'experts étrangers ? En deux mots comme en mille, il y a quelque chose comme un désordre organisationnel dans la société (au niveau de l'administration bureaucratique, des rapports humains, de la circulation routière, etc.). » Mais, d'un autre côté, il y a une vitalité extraordinaire. Il y a une volonté d'être heureux. L'Algérie est davantage mixte. « Les médias, quatrième pouvoir, tentent de refléter cette réalité, mais ils sont inscrits dans une dynamique générale. Ils sont contraints de faire de l'équilibrisme pour rester en place en défendant une autonomie menacée par le pouvoir économique. Si les puissances de l'argent parviennent à leurs fins, elles prendraient tout le monde en otage, aussi bien les politiques, les journalistes que les chercheurs, voire la société tout entière. » La sociologie nous a au moins appris à nous prémunir, contre nos propres turpitudes. L'avenir nous tourmente, le passé nous retient, c'est pour ça que le présent nous échappe…
PARCOURS
Ali El Kenz est né le 6 janvier 1946 à Skikda. Après des études dans sa ville natale, il rejoint Constantine puis Alger où il achève sa formation à l'Ecole normale supérieure de Kouba. En 1969, il est professeur de philosophie au lycée Emir Abdelkader d'Alger, puis professeur de sociologie à l'université d'Alger. En 1972, il est au Caire pour parfaire sa formation en arabe. Il revient à Alger où il continue d'enseigner jusqu'en 1993, date de son départ en Tunisie. Ali est membre de l'Association arabe de sociologie dont le siège est à Beyrouth et membre au Centre de recherche d'Afrique basé à Dakar. Il est chercheur au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) et membre de CRASC d'Oran. Il est l'auteur d'une thèse d'Etat sur le complexe sidérurgique d'El Hadjar. Ali a également écrit d'autres ouvrages dont notamment Les maîtres penseurs (1985, ENAG), Au fil de la crise (1989 ed. Bouchène), Le hasard et l'histoire (entretiens avec Belaïd Abdeslam, (ENAG 1990). Ali est issu d'une famille de 8 enfants. Il est professeur de sociologie à l'université de Nantes de 1995 à nos jours.


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