Si nombre de chômeurs qui ont placé leurs espoirs dans l'Ansej ont réussi, certains ont connu de bien cruelles désillusions. De son expérience de promoteur de l'Ansej, Noureddine, ancien gérant d'un cybercafé à Alger, a appris à se « cogner » à la réalité. « Je vous jure que ça fait mal. Certes, l'on sait bien que rien n'est facile en Algérie mais j'osais croire que ce serait différent cette fois-ci », nous dit-il. Son projet désormais enterré, il impute à « l'administration » la mort de sa jeune entreprise. « La naissance de ce cybercafé était un véritable parcours du combattant. Il a fallu croiser le fer d'abord avec l'administration puis avec les banques. La réalisation et l'étude de faisabilité étaient une autre paire de manches », se plaint-il. Maintenant que l'échec de son entreprise est confirmé, il se retrouve seul face aux « harcèlements » des banques et des impôts, désarmé face à d'éventuelles poursuites judiciaires. « Les organismes de soutien doivent se mettre de notre côté, ils sont moralement responsables de notre sort. Mais le fait est que tout le monde s'en lave les mains », s'indigne-t-il. Et d'ajouter : « Si l'on veut réussir dans ce pays, il est malheureusement nécessaire de s'adonner à des pratiques immorales. Il fallait verser une ‘'tchippa'' pour survivre, je ne mange pas de ce pain-là. » Les responsables de l'Ansej qui n'ont pas souhaité intervenir dans nos colonnes malgré nos requêtes insistantes se disent néanmoins « concernés » par le devenir de ces jeunes. Dans une récente intervention médiatique, la directrice de l'Ansej, Mme Fatma Sedaoui, reconnaît l'absence d'accompagnement soutenu des projets. « Nous voulons avoir affaire directement aux jeunes, leur vulgariser le dispositif et les accompagner dans tout le processus de création de leur micro-entreprise », a-t-elle soutenu. Ses propos ont des accents de mea culpa. Elle insiste sur l'importance du travail de proximité à travers la décentralisation de la gestion des dossiers de l'Ansej. Le traitement des dossiers doit se faire dans une première étape au niveau local avant qu'ils ne soient transférés au comité de garantie. « Cette action vise essentiellement à mettre les chefs de wilaya devant leurs responsabilités quant au traitement des demandes », dit-elle. Même les promoteurs qui ont réussi à garder leurs entreprises en vie se plaignent des « blocages ». Dans ce cadre, Saïd Anan, directeur général de l'emploi et de l'insertion au département de Tayeb Louh, a estimé que tous les acteurs de création d'entreprise doivent être impliqués dans ce processus. Cette tâche n'incombe pas uniquement au ministère. Il parle en revanche de l'actualisation et de l'ajustement du dispositif Ansej au contexte économique et social. « Cela permettra, dit-il, d'évaluer les projets concrétisés et voir dans quelle mesure les correctifs aux problèmes rencontrés peuvent être apportés pour régler les dysfonctionnements. » « En 2003, l'Ansej a connu un aménagement qui a permis une relance des projets. » Pour lui, tout dispositif a un taux de mortalité. « Cependant, ajoute-t-il, ce dernier fera peur s'il risque de menacer les équilibres financiers du fonds de garantie. » « Ce taux est gérable et entre dans le processus de création de l'entreprise. Il suffit juste de le maîtriser », conclut-il. Noureddine, le jeune promoteur déçu, estime qu'il est temps que ces « beaux discours » se traduisent sur le terrain.