Le parti islamiste au pouvoir Ennahda, accusé de dérive anti-démocratique par l'opposition et une partie de la société civil, a dénoncé lundi dans un communiqué les discours guerriers de médias et des appels à la grève menaçant "l'unité du pays". "La chaleur excessive a été accompagnée par des tensions qui menacent l'unité du pays", a jugé le chef historique d'Ennahda Rached Ghannouchi, en référence à la canicule en Tunisie. "Au niveau médiatique, on en est arrivé à attiser les partis et courants politiques les uns contre les autres en usant de discours semblables à ceux des temps de guerre", a-t-il accusé. Il a aussi dénoncé la multiplication des "appels aux grèves régionales et sectorielles", alors que la centrale syndicale tunisienne UGTT a appelé à une débrayage national dans le secteur médical jeudi. Le syndicat dénonce la levée d'un sit-in à Sfax (300 km au sud de Tunis) en juillet et le placement en détention à l'époque de quatre syndicalistes. Le chef d'Ennahda a aussi brocardé l'importance accordée par des médias et l'opposition à un projet d'article de la future constitution qui a fait scandale car il évoque la complémentarité et non l'égalité homme-femme. "Certains députés (à l'Assemblée nationale constituante, ANC) on vu dans cette formule une sorte de recul dans les principes fondamentaux comme celui de l'égalité, sujet de consensus entre Ennahda et ses principaux partenaires" de gauche au pouvoir, Ettakatol et le congrès pour la République (CPR), a-t-il écrit.Ennahda a été accusé à plusieurs reprises par l'opposition et une partie de la société civile de s'en prendre à la liberté d'expression et de la presse, notamment en introduisant un projet de loi visant à punir de peines de prison l'atteinte au sacré. L'instance tunisienne chargée de réformer le secteur des médias pour garantir leur indépendance s'est, elle, sabordée début juillet pour dénoncer la "censure" du gouvernement dominé par Ennahda.