Le classement, élaboré par l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), reflète-t-il, vraiment, les indicateurs de notre système de la recherche scientifique et du développement technologique, à l'heure où des fonds colossaux ont été injectés, ces dix dernières années, pour que le rendement intellectuel de nos chercheurs soit à la hauteur des objectifs portés dans la stratégie mise en place par les pouvoirs publics ? Djazaïri Ali, représentant de l'OMPI a indiqué, hier, lors d'un point de presse à l'ouverture de l'atelier national de formation en matière de rédaction des brevets qui se tient à l'IDES de Bou Ismaïl, que l'un des critères essentiels est lié au ratio fonds injecté pour la recherche et le Pib. A ce paramètre s'ajoute celui de l'innovation, c'est-à-dire, des idées ou projets pouvant être exploités avec un transfert de ce savoir-faire vers le marché économique. Néanmoins, le Pr Mohamed Taybi, co-animateur de la conférence de presse et DGde l'Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique (ANVREDET), a tenu à souligner que ce classement ne traduit pas véritablement les progrès accomplis par l'Algérie en matière de promotion de la recherche scientifique et du développement technologique. « Si on se limite à nous comparer avec nos voisins qui sont mieux classés, il y a lieu de rappeler que l'Algérie a pu constituer un réseau de 47 universités au plan national alors que le Maroc et la Tunisie n'en possèdent que 11 chacun. Le nombre d'étudiants en Algérie dépasse le 1,6 million contre 300.000 en Tunisie, et l'Algérie recèle un potentiel de 40.000 enseignants chercheurs. C'est vous dire la différence », argumente-t-il. Le même responsable indique qu'en 2014, l'Algérie aura 1.000 laboratoires et que 34 projets de recherche ambitieux ont été lancés grâce aux deux lois sur la recherche scientifique et le développement technologique mises en place depuis 10 ans. « La troisième loi, qui orientera le créneau de la recherche scientifique et le développement technologique pour les cinq années à venir, va mettre en place tous les mécanismes nécessaires pour qu'il y ait de véritables passerelles entre le monde universitaire et de la recherche, d'une part et la sphère socioéconomique, d'autre part. Ce sera l'aboutissement de tous les efforts consentis pour la promotion et la dynamisation de notre secteur », promet-il. Dans son intervention, le Pr Taybi souligne que la jonction entre ces deux sphères ne peut se faire sans qu'il y ait à la base une véritable politique de l'innovation qui passe obligatoirement par l'ancrage de la culture de brevet pour protéger la propriété intellectuelle. « Il y a lieu de signaler, qu'actuellement, la communauté universitaire nationale est en train d'acquérir cette culture, car nos chercheurs publient leurs travaux. Ce canal, malheureusement, n'offre aucune garantie de protection, car ils peuvent être repris par d'autres dans la mesure où ils ne sont pas brevetés. Il faut souligner que sur le plan africain, l'Algérie est classée première dans la spécialité sciences des matériaux et occupe le podium dans les sciences de la physique et de la chimie. C'est vous dire la qualité des travaux de nos chercheurs », relève-t-il. En plus de la protection des travaux intellectuels, le brevet joue un rôle important dans la dynamique visant à rendre notre tissu économique, notamment industriel, plus compétitif sur le plan international, d'autant que l'Algérie est en phase de négociations pour son adhésion à l'OMC. « Le brevet, en plus qu'il offre une protection aux idées innovantes, est aussi, par voie de conséquence, une licence commerciale qui peut être concrétisée par un projet. Ce processus garantit une meilleure compétitivité, notamment à nos PME/PMI, dans le cadre de la mondialisation. Ce qu'il faut savoir est que l'ANVREDET maîtrise parfaitement, ce processus qui va du dépôt de projet de brevet jusqu'à la création de l'entreprise en passant par l'accompagnement du promoteur du projet. Toutefois, il faudrait sensibiliser et notre communauté universitaire et les opérateurs économiques sur l'utilité du brevet », insiste-t-il. L'atelier de formation, de cinq jours, entre dans le cadre de cette stratégie. Les participants sont issus de 35 organismes universitaires, entre grandes écoles, laboratoires de recherche et universités, des responsables d'entreprises économiques ainsi que des représentants de trois ministères : Enseignement supérieur, Défense nationale et la PME/PMI. « Notre mission est de former des formateurs qui, à leur tour, formeront d'autres sur les techniques de rédaction de brevets, notamment dans les technologies pointues, à savoir les TIC et la nanotechnologie entre autres », indique Djazaïri Ali. « Cet atelier n'est qu'une étape dans notre stratégie visant l'ancrage de la culture des brevets en Algérie. Il y aura dans l'avenir d'autres rencontres dans les différentes régions du pays pour traiter de tous les secteurs liés à ce créneau », confie, pour sa part, le DG de l'ANVREDET qui promet que dans un proche avenir, le classement de l'Algérie sera nettement meilleur qu'en 2012.