La concurrence est difficile « lorsque 60% de l'économie est dominée par l'informel », a déclaré, hier, Amar Zitouni, le président du Conseil national de la concurrence, à l'ouverture d'une journée d'étude sur « la concurrence et son impact sur la croissance, la lutte contre la pauvreté, l'innovation ». Une rencontre animée, au siège d'Algex, à Alger, par Bruno Lassere, président de l'Autorité française de la concurrence, en présence de cadres des ministères du Commerce et des Finances. Pour Amar Zitouni, il est impératif que le Conseil de la concurrence, « mis en veilleuse pendant dix ans, retrouve la plénitude de ses moyens ». Le Conseil de la concurrence, ajoute-t-il, devra « sortir de l'anonymat dans lequel il a été plongé ». Il a été installé en janvier dernier seulement et se propose de « faire avant tout dans le préventif au lieu du répressif », allusion aux multiples injonctions et amendes qu'il peut infliger aux opérateurs qui ne respectent pas la concurrence. Ses responsables tablent donc sur la sensibilisation du citoyen et des partenaires sur « les avantages d'une concurrence loyale ». C'est le deuxième thème mis en débat après une première journée d'étude organisée en juillet dernier consacrée à la question de « l'abus de la position dominante dans le droit de la concurrence algérien ». « L'idée de la concurrence et de la croissance nous a été inspirée par le dernier forum sur la concurrence organisée par la Cnuced à Genève » et dont les recommandations ont insisté sur les relations entre ces éléments (la croissance et la concurrence, ndlr) et leur impact sur « la création d'emploi et la lutte contre le chômage », explique-t-il. C'est donc « un thème d'actualité puisque l'Algérie essaie d'être au rendez-vous de la croissance », souligne un autre membre du Conseil de la concurrence. Un accord de formation avec les Français Bruno Lassere a précisé que les deux institutions, algérienne et française, vont conclure, d'ici la fin de l'année, un accord qui portera sur la formation des rapporteurs, estimant que l'Algérie a un arsenal juridique en matière de droit à la concurrence qui « n'a rien à envier aux autres pays » , mais qu'il va falloir « le mettre en pratique », d'où « les pressions qu'il faudrait surmonter ». Le Conseil devra s'attaquer aux grands groupes, plus particulièrement ceux du secteur public, qui ont des « situations avantageuses » et « c'est là que l'on appréciera son courage et sa crédibilité » vis-à-vis des autres partenaires, a souligné le conférencier. Pour ce dernier, la concurrence introduit « la compétitivité par le mérite en innovant pour améliorer la qualité des produits et services ». Elle s'adresse aussi bien au secteur privé que public, car il y a, aussi bien en Algérie qu'en France, des « entreprises qui ont pu bénéficier de situation de rente ou de monopole et qui n'ont pu les inciter à être productives ». Ces questions de situation dominante sont « parmi les sujets les plus délicats qu'aura à traiter le Conseil de la concurrence », a précisé l'intervenant. Cet exercice, l'autorité française a eu à le pratiquer pour imposer la concurrence face à de grands groupes publics tels que France Télécom pour la téléphonie mobile, la SNTF pour le transport, EDF pour l'électricité. Enfin, pour rassurer l'opinion publique sur les effets positifs de la concurrence, M. Lessere dira que celle-ci avait fait craindre à certains des pertes d'emplois par la fermeture d'usines alors que ce n'était pas vrai, citant l'exemple du Japon où elle a permis à des entreprises de s'imposer sur le plan international. A contrario, le gel de la loi anti-trust aux USA n'a pas permis à ce pays de surmonter la crise. Sur le plan de la démarche, le président de l'Autorité française de la concurrence conseille à ses homologues algériens de ne pas « attendre les plaintes » des particuliers pour agir mais de choisir les secteurs à prendre en charge pour examiner les conditions de fonctionnement des jeux de la concurrence, comme le médicament, les transports, etc.