Ils étaient six, des Algériens et des Français. A 10h45, le commando « Delta », sous la direction de l'ex-lieutenant Roger Degueldre, pénètre dans la salle de réunion et fait sortir les hommes du bâtiment. Ceux-ci sont alignés contre le mur de la cour et ont été abattus à l'arme automatique. Tous étaient des inspecteurs de l'éducation nationale, réunis le 15 mars 1962, trois jours avant la signature des accords d'Evian, à Château-Royal (El Biar), au siège des Centres sociaux éducatifs (CSE) d'Alger fondés en 1955 par Mme Germaine Tillion. Cette dernière écrira au lendemain de leur assassinat dans le « Le Monde » du 18 mars 1962 : « Entre l'écrivain Mouloud Feraoun, né en Grande-Kabylie, Max Marchand, Oranais d'adoption et docteur ès lettres, Marcel Basset, qui venait du Pas-de-Calais, Robert Aimard, originaire de la Drôme, le catholique pratiquant Salah Ould-Aoudia et le musulman Ali Hammoutène, il y avait une passion commune : le sauvetage de l'enfance algérienne, car c'était cela leur objectif ». Chaque 15 mars, rendez-vous est pris pour commémorer cet assassinat abject. Le cérémonial est toujours le même. Après le recueillement sur les lieux de l'assassinat, un pèlerinage est effectué à Tizi-Hibel et au cimetière de M'douha de Tizi Ouzou pour fleurir les tombes de Feraoun et celle d'Ali Hammoutène. Cette année, la direction de la culture, la maison de la culture Mouloud-Mammeri et son annexe d'Azazga, en collaboration avec la fondation Mouloud-Feraoun pour la culture et l'éducation ont concocté un riche programme. Il a été entamé mardi dernier, à Tizi-Hibel, avec le dépôt de gerbes de fleurs sur la tombe du romancier, suivi de la visite d'une exposition, d'une prise de parole et d'une collation à la cantine de l'école du village en présence de la famille du romancier. L'occasion fut saisie pour organiser un concours de meilleures dictées et rédactions en tamazight sur la vie et l'œuvre de Feraoun avec les élèves des CEM Mouloud-Feraoun de Tizi-Ouzou et Alliche Youcef de Beni Douala. Ali, le fils de Mouloud Feraoun, avait ému l'assistance en racontant comment son père et ses amis ont été assassinés. Hier, dans la même école, le docteur Mouloud Lounaouci devait animer une conférence-débat sur « Tamazight, la constitution et l'œuvre de Feraoun ». Ajourd'hui, c'est à Tizi Ouzou que des activités seront organisées. Il est prévu un recueillement sur la tombe d'Ali Hammoutène. A la maison de la culture Mouloud-Mammeri, trois conférences seront animées par Ali, fils de Mouloud Feraoun, Mohamed, fils d'Ali Hammoutene, et Rabah Chérif, un inspecteur de langue française à la retraite. Youcef Merahi sera lui à l'annexe de la maison de la culture d'Azazga pour évoquer le père de Fouroulou.