Constantine compte aujourd'hui près de 6.000 gourbis répartis dans plusieurs parties de la ville. Pratiquement, toute la périphérie est touchée par le phénomène des baraques collées les unes aux autres et des habitants vivant dans une extrême pauvreté. Chaâbani est un bidonville comme les autres, moins connu peut-être et moins imposant que ceux de Fedj Errih, El Manchar et celui de Chaâb Ersas, mais le climat est le même. Depuis la fin des années 1980, 230 familles y vivent. Jouxtant les quartiers de Benchikou, El Guemas et la cité Daksi, l'endroit n'a cessé de s'étendre depuis la décennie noire. La particularité de ce bidonville est qu'il longe l'oued El Had et à tout moment cela risque de provoquer une vraie catastrophe. La dernière mésaventure de ses habitants est survenue le week-end dernier, après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville durant trois jours. Des enfants, des femmes et des hommes ont vécu un vrai cauchemar dans la nuit de jeudi à vendredi. Tous les habitants sont sortis dehors, quelques chanceux ont accueilli chez eux les enfants des voisins, mais beaucoup d'hommes sont restés dehors à attendre que le temps se calme mais surtout que le niveau des eaux de l'oued El Had baissent. Le lendemain, les habitants ont décidé de barrer la route de la cité El Mouna pour crier leur détresse. «Cela fait plusieurs années que nous vivons le même calvaire. Nous vivons au milieu des rats, des serpents et des moustiques. J'ai peur pour mes enfants, en plus ma baraque risque de s'effondrer à n'importe quel moment», nous dira un habitant qui loge dans un deux-pièces avec sa petite famille en plus de celle de son frère. En fait, ce qui a provoqué la colère de ces habitants, c'est la montée de l'oued El Had qui, selon eux, n'est pas naturelle mais provoquée par les travaux de rééquilibrage de la rivière pour le rétablissement du cours initial de l'eau. Un autre père de famille précise : «C'est à cause de l'installation de leurs parois que l'eau condensée se déverse sur nous comme un tsunami». Un autre problème technique perturbe encore plus la vie de ces habitants. Des collecteurs d'eaux usées (les égouts du quartier Sidi Mabrouk) ont été installés en plein dans le bidonville pour se déverser dans la rivière. Et depuis quelque temps, à chaque fois que la pluie fait son apparition, ces collecteurs éclatent, submergeant ainsi les habitations du bidonville. Un jeune, qui a passé toute la nuit dehors sous un parapluie, nous déclara : «Avec le flux de l'oued et les eaux usées provenant de ce regard, notre bidonville ressemblait à une île. Hier, tard dans la nuit, plusieurs maisons ont failli être emportées par la rivière, des personnes ont été sauvées in extremis». Malgré leurs incessantes demandes pour bénéficier de logements sociaux, les locataires de ce gourbi ne voient le bout du tunnel. Vu l'état des lieux, le bidonville Chaâbani est un emplacement qu'il faudrait absolument raser et reloger ses habitants qui vivent la peur au ventre.