Défaite n Le chef de file malheureux du parti à Berlin a parlé d'«un jour noir» pour les partis traditionnels dans leur ensemble et s'est dit «alarmé» de voir «un quart des électeurs voter pour des partis protestataires». Le parti conservateur d'Angela Merkel a enregistré hier le pire résultat de son histoire pour des élections régionales à Berlin, dans un climat de mécontentement croissant sur l'immigration, qui continue de profiter la droite populiste. Il s'agit du deuxième revers électoral consécutif en deux semaines lors d'un scrutin régional pour l'Union chrétienne démocrate (CDU) de la chancelière allemande, devancée début septembre par le mouvement anti-migrants et anti-islam, Alternative pour l'Allemagne (AfD) dans le nord-est du pays, et ce, à un an des prochaines élections législatives. A Berlin, la CDU n'a recueilli que 18% environ des suffrages, en recul de plus de 5 points par rapport au dernier scrutin de 2011, tandis que l'AfD fait son entrée dans le Parlement local de la capitale allemande, avec plus de 12% des voix, selon les projections des chaînes de télévision publique. Jamais dans l'histoire de Berlin, celle de Berlin-Ouest après la Deuxième Guerre mondiale, puis celle de la ville réunifiée après 1990, la CDU n'avait connu pareille débâcle. Le piètre score de la CDU à Berlin va très probablement renvoyer le parti sur les bancs de l'opposition dans la métropole de 3,5 millions d'habitants, alors qu'il faisait jusqu'ici partie d'un gouvernement de coalition avec les sociaux-démocrates. Même si la CDU est depuis 15 ans traditionnellement faible à Berlin, son nouveau recul vient compliquer un peu plus la tâche de la chancelière, critiquée dans sa propre famille politique. Le chef de file malheureux du parti à Berlin, Frank Henkel, a reconnu un résultat «pas du tout satisfaisant». Il a parlé d'«un jour noir» pour les partis traditionnels dans leur ensemble et s'est dit «alarmé» de voir «un quart des électeurs voter pour des partis protestataires». L'allié bavarois de la CDU, la CSU, risque de réclamer avec encore plus de véhémence une politique beaucoup plus restrictive en matière d'immigration. Il se refuse pour l'heure à dire s'il soutiendra Mme Merkel dans la bataille pour la chancellerie dans un an. «Les partis traditionnels, ceux du centre, sont victimes d'un phénomène d'érosion et cela crée une nouvelle dynamique politique», juge un politologue à l'université des Brême. Son collègue de l'université de Duisbourg s'est montré encore plus net hier soir sur la chaîne ZDF : «Nous n'avons plus de grands partis en Allemagne». R.I./Agences Le parti social-démocrate affaibli l Le parti social-démocrate (SPD) essuie, lui aussi, à Berlin, de lourdes pertes, mais il reste le premier parti de la ville, avec un peu moins de 23% des voix. Bien qu'affaibli, cela devrait permettre au maire actuel, Michael Müller, membre de ce parti, d'être reconduit dans ses fonctions. Il pri-vilégie désormais une coalition de gauche avec les écologistes, crédités d'un peu plus de 16% des voix, et la gauche radicale de Die Linke, autre parti protestataire en Allemagne, issu de l'ancien Parti communiste de RDA, qui recueille un score similaire et progresse de quatre points. L'AfD comparée aux nazis l L'irruption de la droite populiste dans le Parlement régional berlinois a valeur de symbole : métropole cosmopolite, branchée et ouverte sur le monde, la capitale allemande au statut d'Etat-région se faisait forte jusqu'ici de résister aux tendances populistes. Le maire avait cherché à dramatiser les enjeux durant la campagne, avertissant qu'un score supérieur à 10% pour l'AfD serait «interprété dans le monde entier comme le signe d'une renaissance de l'extrême droite et des nazis en Allemagne». L'AfD ne s'est du coup pas privé de saluer «un résultat fantastique». «Dans une ville tellement à gauche comme Berlin, notre score supérieur à 10% est un grand succès», a déclaré l'un de ses présidents, Jörg Meuthen. Berlin, ce si séduisant boulet l Berlin est «pauvre mais sexy»! La formule lancée en 2003 par l'ancien maire social-démocrate, Klaus Wowereit, continue de poursuivre la capitale allemande, une métropole de 3,5 millions d'habitants, qui reste aussi hantée par son passé. Ancien bastion industriel, Berlin ne s'est jamais remise de la Seconde Guerre mondiale, qui a conduit à sa partition. Ses champions la désertent au début de la guerre froide, à l'instar de Siemens, parti à Munich (sud), ou, plus tard,de Deutsche Bank, installée à Francfort (ouest), qui deviendra le centre financier du pays. A la réu-nification, l'industrie berlinoise poursuit son déclin : les subventions massives à Berlin-Ouest disparaissent, tandis qu'à l'est s'effondrent les combinats, ces grands groupements industriels à la mode soviétique. En 1936, 574 000 personnes travaillaient encore dans l'industrie à Berlin. En 1989, ils sont encore 378 000, et en 2015, à peine plus de 100 000. Chômage, emplois précaires, faibles qualifications...un Berlinois sur cinq est menacé de tomber dans la pauvreté. Un enfant sur trois vit grâce aux aides sociales Hartz IV, perçues par les chômeurs au bout d'un an d'inactivité. Si le taux de sans-emploi a reculé au printemps à son plus bas niveau depuis la réunification, il reste proche des 10%, dépassant largement la moyenne nationale (6,1%). Seule la ville-Etat de Brême fait pire. Avec près de 60 milliards d'euros de dettes à fin 2015, Berlin peine aussi à financer ses écoles, installations sportives et infrastructures routières. Leur délabrement est montré du doigt. Par ailleurs, Berlin est devenue la risée de l'Allemagne avec le coûteux fiasco du futur aéroport international BER, censé remplacer les deux anciens datant de la partition de la ville. Le projet a connu mille déboires, dont de grossières erreurs de conception.