Souvenir n Ce matin, une minute de silence a été observée en hommage aux 140 000 morts de la première bombe nucléaire de l?histoire de l?humanité. Hiroshima, première cible de la bombe A de l?histoire, a célébré, ce matin, le 60e anniversaire de l'apocalypse nucléaire. A 8h15, une cloche a retenti dans la ville martyre, capitale mondiale du pacifisme, qui s'est immobilisée pour une minute de silence en souvenir des milliers de morts. Vêtus de noir, des survivants et des proches des victimes s'inclinent en fermant les yeux, sans paraître perturbés par les cris de manifestants pacifistes qui s'élèvent au loin. «Assez de ces commémorations hypocrites ! 266 000 survivants ont été irradiés des bombardements atomiques d'Hiroshima, le 6 août 1945, Nagasaki, le 9 août suivant. Au moment même où les risques de prolifération et l'échec du désarmement n'ont jamais semblé aussi menaçants. Quand le Japon s'allie aux Américains pour faire la guerre !», hurlaient les militants pacifistes en dénonçant le Traité de sécurité nippo-américain et le déploiement japonais en Irak. Dans une «Déclaration de la paix du 6 août 2005», le maire, Tadatoshi Akiba, a exhorté les dirigeants du monde à agir concrètement contre les armes nucléaires. A la tribune officielle, le Premier ministre Junichiro Koizumi a promis que le Japon resterait un pays «pacifiste et non nucléaire», devant une foule de quelque 55 000 personnes réunies dans le parc de la Paix. Digne et solennelle, la cérémonie a lieu sur la vaste esplanade du Parc mémorial, dominée au loin par le squelette du «dôme atomique», le seul bâtiment du centre-ville qui a miraculeusement survécu au bombardement du 6 août 1945, alors qu'il n'était situé qu'à 160 m de l'hypocentre de l'explosion. Au centre de l'esplanade, se dresse le cénotaphe du souvenir qui honore les victimes du bombardement, et devant lequel se sont inclinés tous les dignitaires invités. C'est là que, dès avant l'aube, les habitants d'Hiroshima s'étaient pressés par dizaines pour adresser des prières à leurs morts dans le recueillement. Toutes générations confondues, ouvriers en uniforme, vieillards en fauteuil ou se déplaçant à l'aide d'une canne étaient venus allumer des bâtons d'encens, déposer des fleurs, ?illets, roses ou tournesols, et prier devant l'arche qui abrite le registre des victimes. La procession s'est effectuée dans le silence, à peine troublé par les crépitements des flashs des photographes. Puis le silence se rompit peu à peu : des voix s'élevaient, des groupes entiers de moines, d'écoliers ou d'officiels défilaient devant le monument. L'intensité du soleil d'août montait au rythme du chant des cigales. Certains survivants acceptaient de répondre aux interviews, d'autres quittaient furtivement les lieux souvent en pleurant.