Gâchis n Aucun secteur d'activité dans notre pays n'est épargné par le gaspillage quotidien du temps, que ce soient les activités de service, ou les activités de production agricole ou industrielle. Le phénomène est sans doute encore plus visible dans les administrations. Depuis quarante-cinq ans, nous avons rarement vu un fonctionnaire ouvrir son bureau à 8h ou même à 8h 10 (sauf en cas de force majeure). Il doit sûrement exister des exceptions, mais malheureusement elles n'ont jamais été portées à notre connaissance vu leur rareté. Et puis, quand l'un de ces braves employés s'absente le matin et dépasse la norme tolérée qui varie généralement entre une demi-heure et trois quarts d'heure, il est aussitôt couvert par ses collègues qui lui trouvent mille et une excuses telles que «ce n'est pas dans ses habitudes, il a sûrement quelque chose» ou encore «c'est la première fois que cela lui arrive». Et lorsque «l'absent» se pointe enfin et daigne rejoindre son pupitre, c'est une tout autre version qu'il donne pour justifier son retard et qui prend à contre-pied toutes les explications que les uns et les autres ont bien voulu nous débiter. En fait, c'est après bien des plaisanteries grivoises que le service reprend enfin ses activités. En général, à 9 h quand le chef ne tourne pas dans le couloir pour saluer de vieilles connaissances ou pour recevoir quelques pistonnés chaudement recommandés par son propre chef hiérarchique. Alors que la demi-journée n'est même pas terminée et que midi n'a pas encore sonné, quelques travailleurs s'éclipsent discrètement pour sortir siroter un bon café brûlant au bout de la rue. C'est tellement courant que certains cafés ont pris pour enseigne le nom de l'institution qu'ils jouxtent. Vous avez le «café de la wilaya» le «relais de l'hôpital» «le café de la mairie» et j'en passe. Des administrés règlent souvent leurs problèmes sur un comptoir gluant. Du reste, un wali écœuré par les libertés que prenaient régulièrement ses employés avec les horaires a décidé un jour de contrôler lui-même, à l'entrée de son administration, les heures d'arrivée… Un fonctionnaire sur trois a été épinglé, la main dans le sac, avec une et même une heure et demie de retard. Rien d'étonnant, donc, de voir des passeports livrés au bout de trois mois, des cartes grises au bout de cinq mois et les cartes d'identité au bout de deux mois. Ce mépris ouvertement affiché du temps et des conséquences éventuelles qui pourraient en découler a fait que dans un grande ville du pays, dont les services sont informatisés, un extrait de naissance est délivré au bout de 8 jours. Autrement dit, si vous avez 6 enfants inscrits sur votre livret de famille, il vous faudra 48 jours, presque deux mois pour récupérer tous les documents de vos petits. Dans les pays qui nous dépassent sur tous les plans, l'administré entre en connexion avec sa mairie, clique sa demande et le lendemain après-midi son extrait de naissance est dans sa boîte à lettres avec parfois une lettre d'accompagnement et un petit mot du maire ou de son adjoint. Enfin, nous ne terminerons pas ce chapitre sans vous raconter cette incroyable histoire qui s'est passée à Mascara (blague à part) il y a deux ans. Tout un quartier n'avait pas reçu de courrier. Dans le lot, des lettres de familles, des mises en demeure, des télégrammes, des bonnes nouvelles, des convocations et même des carnets de chèque CCP sans compter les mandats. Beaucoup de plaintes ont été déposées et, bien sûr, beaucoup de temps a été inutilement perdu… Jusqu'au jour où une perquisition a permis de découvrir au fond du débarras au domicile du facteur des quintaux de courrier daté de deux ans.