Impact n Grâce à leur respect pour les voyageurs, les clandestins arrivent à avoir une clientèle et, par ricochet, gagner leur vie. On les appelle les fraudeurs ou les taxis clandestins parce qu'ils travaillent en dehors du cadre dicté par la loi. Mais certains vont jusqu'à les qualifier de «sauveurs», vu leur disponibilité aux moments difficiles, lorsque les transporteurs légaux sont absents. Ces transporteurs sont omniprésents et proposent leurs services aux citoyens à des prix nettement inférieurs aux tarifs pratiqués par ceux qui exercent ce métier dans la légalité. A proximité des gares routières, à la sortie des hôpitaux et autres structures et dans différents coins de la ville… ils sont là à tout moment, les clés de la voiture à la main. Ils demandent gentiment aux voyageurs s'ils ont besoin d'un taxi. «Taxi khouya, taxi khti, n'saâdouk… (taxi mon frère, taxi ma sœur, on vous arrangera)», telle est l'expression courante utilisée par ces transporteurs. Certains avancent la marque de leurs véhicules neufs, espérant attirer davantage les voyageurs. Le nombre de ces «fraudeurs» a connu une hausse sensible ces dernières années, ce qui pousse certains analystes à parler de «phénomène des transporteurs clandestins». Ce sont des jeunes au chômage, des fonctionnaires en quête d'argent pour arrondir leurs fins de mois, et même des retraités. Leur comportement respectueux vis-à-vis des voyageurs est bien payant. «La langue douce tète une tigresse», dit l'adage populaire. «Quand on respecte les gens, même si on ne gagne rien on ne perd jamais», affirme avec une grande sagesse Mabrouk, un transporteur clandestin, pour souligner l'importance de la politesse et son apport dans son métier. Agé d'une soixantaine d'année, ce «vieux routier» propose ses services au niveau de la gare routière du Caroubier, à Alger, depuis, dit-il, plus de dix ans. «J'ai toujours eu un contact facile avec les voyageurs grâce à mon respect à leur égard. D'ailleurs, certains d'entre eux me disent qu'ils viennent car je suis tout simplement gentil», affirme encore notre interlocuteur. A l'apparition de ce «phénomène», les voyageurs affichaient une méfiance à l'égard des clandestins en raison, d'une part de la disponibilité des moyens de transport exerçant dans la légalité et, d'autre part, de certaines idées reçues infondées, témoignent certains anciens «fraudeurs». «On nous qualifiait de voleurs, kidnappeurs… les gens préféraient attendre le bus ou les taxis légaux durant des heures plutôt que de monter avec un clandestin. Nous ne travaillions alors qu'avec nos connaissances et les citoyens venant des autres wilayas», témoigne un autre clandestin qui propose ses services au niveau de la station de la place des Martyrs. Aujourd'hui, ces arrière-pensées n'existent plus et les citoyens prennent des taxis clandestins sans aucun souci. Les mentalités ont évolué, certes, mais il faut dire aussi que le manque de transport dans les grandes villes se répercute positivement sur les clandestins, d'autant plus que le service qu'ils offrent n'a rien à envier à celui des taxis autorisés.