L'heure est aux bilans, et à l'autosatisfaction dans laquelle nous excellons. La manifestation qui s'est taillé une grande part de médiatisation, à l'image de son budget, sera bouclée le 16 avril prochain avant que le flambeau ne regagne la ville de Sfax, le 19 avril prochain. Et les lampions s'éteindront. D'aucuns estiment que l'année culturelle qu'on a prétendu offrir à Constantine n'est finalement que pure illusion, à l'exception des affiches festives et de quelques essais relevant du département du patrimoine immatériel et du théâtre. Le cinéma, la formation artistique,...bref tous les ateliers qui devraient prendre le relais au terme d'avril pour amorcer une nouvelle ère culturelle restent sans projets Le 16 avril 2015, la méga manifestation «Constantine, capitale de la culture arabe 2015» (CCCA-2015) était inauguré en grande pompe avec L'épopée de Constantine, une belle œuvre en trois dimensions artistiques, plus une autre financière, signée par la station régionale de la ville, réunissait près de 3 000 spectateurs au Zénith fraichement inauguré par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui était accompagné de plusieurs de ses ministres et en présence d'invités arabes, venus assister à l'ouverture de la manifestation. Dans six jours, la même salle accueillera d'autres pointures et stars pour le baisser de rideau de ce méga évènement, qui s'exprimera pour la dernière fois, mais toujours avec cette boulimie de dépenser au profit des stars arabes, dont les pays figuraient le long de l'année écoulée avec un microscopique patrimoine. Entre les deux dates la culture était noyée dans son côté festif plutôt que didactique. Hommages, récompenses, prospectus à la pelle, et autres affinités éclipsaient les réelles perspectives de départ arrêtées par les concepteurs à l'occasion. À savoir le rayonnement culturel depuis la ville des ponts. Un concept fixé au départ par les responsables. Ecoles de formations, institut de musique andalouse, renaissance du septième art… Que de promesses, vaines, puisqu'aucun garant n'a évoqué ces chapitres. Pis, des questions résonnent sans réponses. Les élus, premiers à devoir défendre l'intérêt de leur cité sont demeurés en retrait sans faire bouger le petit doigt. Aucune session n'a été consacrée à l'évènement pour tenter d'y faire le point et réamorcer d'éventuelles alternatives salvatrices. Fragilisées et hors sujet, les commissions en charge du volet culturel au niveau des assemblées sont restées muettes, observant la dégradation tous azimuts à longueur d'année, laissant toute latitude au commissariat et offices. Comme à l'accoutumée, les autorités locales brillent lors des visites officielles. Ils insistent sur l'accélération des travaux sur les différents chantiers afin que les projets inscrits puissent être inaugurés par les officiels le jour «J». Toujours dans le chapitre des inaugurations et des livraisons, la cartographie répand un maigre acquis quand il s'agit des infrastructures culturelles par rapport à ce qui a été arrêté dans la première feuille de route présentée par l'Assemblée populaire de wilaya (APW). La Tribune faisait part alors des retards accusés dans la réalisation du Palais des expositions, et des ajournements itératifs relatifs à la réhabilitation de la médina. Pour ce dernier chantier, la lenteur des travaux est justifiée par leur nature (restauration du vieux bâti) et la nécessité de recourir à des expertises étrangères dans certains cas. Or, ce genre d'opération nécessite du temps et ne peut toujours être soumis à un calendrier. Ces explications ont déjà été livrées en 2014 par divers gestionnaires ! Mais, une année après, les choses n'ont pas bougé d'un iota. On ne peut désormais parler de lenteur, mais d'immobilisme. Au final, la vieille ville observe impuissante sa dégradation en voyant l'opportunité de CCCA-2015 passer alors que ses ruelles et pavés se dégradent de plus en plus. Du reste, il est attendu la livraison de projets entrant dans le cadre de développement local avec quelques maquettes basiques. Au plan artistico- culturel, le satisfecit emplis yeux et oreilles pourtant l'audimat n'a pas frôlé la moyenne à l'exception de quelques affiches festives ayant permis à la jeunesse avide de distraction de se défouler. Le colloque sur le mouvement national dans le Constantinois animé par des experts et les quelques facettes illustrées par le relais de quelques ambassades en Algérie ont cassé la monotonie. Le théâtre a, quant à lui, excellé en faisant tourner les planches en boucle avec la production de nouvelles pièces montées dans les quatre coins du pays, même si cette rébarbative problématique de faible audience ne lâche pas les scènes. Le commissariat de la manifestation et l'Office national de la culture et de l'information (Onci) brandissent à chaque «rare point de presse» le programme en soutenant mordicus qu'il a été appliqué sans faille. Le plus dur était de convaincre les populations d'adhérer à l'évènement. La communication quasi absente, voire nulle, au sein du commissariat a freiné une large diffusion des expressions loin des caméras extérieures et des canaux universels. En plus, quand il s'agit de débattre des «questions qui fâchent», dont la lancinante question de consommation progressive du budget alloué à chaque département (symposium, salons, évènementiels, théâtre…) les garants tournent les talons. Ces derniers jours, le bilan sonnera-t-il le glas pour les responsables de cet échec didactique et infrastructurel ? Le duo Bencheikh Sami El Hocine et Lakhdar Bentorki livrera son constat avant la clôture. Mais déjà, tout le monde s'accorde à confirmer, pour le moins, que l'auto satisfecit s'imposera. Pourtant, les montants dépensés, quand bien même «justifiés par un audit», ne pourront dissimuler le ratage occasionné à l'image de la ville, et du pays, avec «Constantine, capitale de la culture arabe 2015». N. H.