L'Algérie et la France sont en phase de mettre en place une coopération historique dans le domaine de la défense et celui du nucléaire civil. Ce sont du moins les affirmations du Premier ministre français, M. François Fillon, qui effectue, depuis hier, une visite officielle de deux jours en Algérie. L'objectif annoncé de la visite du Premier ministre français n'est autre que la signature des accords de coopération dans ces deux domaines, en plus d'un mémorandum d'accord financier. «L'accord sur le nucléaire civil, le premier du genre -de la France- avec un pays de la région -du Maghreb- et celui sur la défense sont fondamentaux», a déclaré M. Fillon lors d'une séance de travail avec le chef du gouvernement, M. Abdelaziz Belkhadem, et les membres des délégations des deux pays. Selon lui, il sera également question de créer prochainement un institut de génie nucléaire. Quant à la coopération en matière de défense, le Premier ministre français la qualifiera de «moment historique» et d'un accord «majeur», car le premier de cette nature entre les deux pays. M. Fillon n'hésitera pas à affirmer, dans ce sillage, que la France «est prête à développer la coopération militaire avec l'Algérie, notamment dans le domaine de la formation». Ce qui l'amène à appeler les deux pays à examiner «ensemble les opportunités de coopération industrielle dans le domaine de l'armement». «Sur tous ces projets, notre perception est fondée sur un partenariat industriel, susceptible de contribuer à la croissance de l'économie algérienne et au transfert de technologies vers l'Algérie et à la création significative d'emplois», fera valoir M. Fillon. Dans le domaine de l'énergie, M. Fillon ne ratera pas l'occasion de sa présence à Alger pour plaider, à la veille de la réunion de Djeddah entre producteurs et consommateurs de brut, pour l'instauration d'un dialogue «plus efficace» entre pays producteurs et pays consommateurs de pétrole afin d'éviter «les trop grands à-coups dans la variation des prix». «Il est très important que les pays consommateurs et les pays producteurs aient un dialogue plus fréquent, plus nourri, plus efficace pour éviter les trop grands à-coups dans la variation des prix», a-t-il déclaré. Ces à-coups, ajoute-t-il, «produisent ou peuvent produire des ralentissements très très significatifs de l'économie mondiale, dont nous aurions tous à pâtir». Survolant les sujets qui fâchent entre les deux pays et dans une tentative de répondre à la revendication algérienne concernant la liberté de circulation des personnes, le Premier ministre français soulignera l'accroissement du nombre de visas octroyés par la France aux ressortissants algériens, «qui sont passés de 50 000 en 1995 à 126 000 en 2006». Quant au contentieux historique, il l'éludera adroitement en déclarant que «les questions d'histoire et de mémoire sont au cœur des relations», tout en estimant que les deux pays «ont beaucoup progressé sur ces sujets». Faisant allusion aux déclarations du président français, Nicolas Sarkozy, sur le colonialisme, faites lors de sa visite d'Etat en Algérie, en décembre 2007, ainsi que les propos de l'ambassadeur de France à Alger, M. Bernard Bajolet, sur les massacres du 8 mai 1945, M. Fillon annoncera : «Nous allons mettre en place un groupe de travail pour faciliter l'accès des Algériens, notamment les chercheurs, aux archives françaises.» Le Premier ministre français s'est déclaré aussi «très attentif» à ce que la communauté musulmane d'origine algérienne «soit bien représentée au sein des instances de culte musulman en France». A noter que la visite de M. Fillon est la première d'un Premier ministre français en Algérie depuis 1986. Elle intervient après celles, effectuées en mai, de plusieurs membres de son gouvernement, notamment les ministres de l'Intérieur, de l'Environnement et de l'Energie. G. H.