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Les Etats-Unis cherchent d'autres prétextes pour faire oublier leurs pertes en Afghanistan Barack Obama veut ouvrir un nouveau front de guerre au Yémen et en Somalie
La guerre en Afghanistan a bouclé l'année 2009 avec un attentat suicide commis à l'intérieur de la base opérationnelle avancée Chapman à Khost, une province où la force internationale d'assistance et de sécurité (Isaf) n'avait enregistré jusque-là aucune perte humaine. Huit agents de la célèbre agence de renseignements américaine, CIA, ont été tués par un kamikaze qui s'est infiltré dans cette base servant de poste avancé et de point de décollage des drones (avions sans pilote) opérant dans les zones tribales, frontalières avec le Pakistan. Cette attaque spectaculaire a apporté une preuve de plus des capacités de nuisance et de la force de frappe des talibans qui l'avaient aussitôt revendiquée. Les insurgés afghans avaient expliqué qu'ils avaient agi en représailles à leur chef tué dans l'un des nombreux raids de drones américains. Un agent des services de renseignements jordanien figurait aussi parmi les victimes. Les pertes américaines n'ont jamais été aussi lourdes que cette année 2009. Pis, elles ont doublé par rapport à l'année précédente, selon le décompte fait par des sites indépendants et les agences de presse. Ainsi, les pertes de l'armée américaine dans ce pays montagneux et difficile d'accès s'étaient établies au 31 décembre 2009 à 314 morts contre 151 en 2008, selon l'agence américaine Associated Press. La Grande-Bretagne, inconditionnel allié des Etats-Unis, a enregistré aussi des pertes considérables dans ses rangs, s'élevant à 107, tandis que le Canada a perdu 32 soldats, dont quatre morts mercredi dernier dans l'explosion d'une bombe artisanale. Les autres pays de la coalition multinationale ont perdu au total 59 hommes en 2009. Dans la plupart des cas, les soldats étrangers ont péri dans l'explosion de bombes artisanales et dans des embuscades tendues par des talibans de plus en plus aguerris à l'art de la guerre. L'expérience de la guerre contre l'occupant soviétique durant les années 1980 a permis aux talibans afghans de développer les techniques de guerre. Il faut noter à ce propos que les Afghans ont été entraînés et armés en partie par Washington qui était en guerre froide avec l'ancien empire soviétique. Aujourd'hui, ces Afghans qui ne tolèrent aucune présence étrangère sur leur sol ont retourné les armes contre leur ancien «allié» dont les nouvelles technologies de pointe ne semblent pas efficaces pour arriver à bout de combattants qui ont une parfaite connaissance du terrain des opérations militaires. L'OTAN va droit dans le mur L'enlisement de l'armée américaine et de ses alliés en Afghanistan a été prédit par, justement, l'ancien république communiste russe qui avait échoué dans sa guerre malgré son armée bien entraînée et soutenue par une force militaire afghane à part entière. Dans une tribune publiée par l'Asia Times online, il y a trois ans, l'ancien diplomate indien M. K. Bhadrakumar a parfaitement expliqué les raisons qui allaient conduire les forces étrangères en Afghanistan dans un véritable traquenard. M. Bhadrakumar s'est appuyé en fait sur les aveux des responsables américains pour étayer ses dires. Il dira : «Le général du corps des US Marine, James Jones, commandant suprême des opérations de l'OTAN, a admis que la résistance farouche opposée par les talibans et l'insurrection en plein essor ont pris l'alliance par surprise. Les forces de l'OTAN ont réalisé qu'au lieu de la mission de maintien de la paix imaginée auparavant, c'est une guerre totale qui était à portée. De nouvelles règles d'engagement ont été établies en conséquence pour les contingents de l'OTAN déployés dans les provinces du sud de l'Afghanistan et celles-ci seront bientôt étendues à tout le pays, où les soldats américains, selon certaines sources, seraient placés sous le contrôle de l'OTAN». Trois ans plus tard, le temps lui a donné raison. L'engagement de Washington et de ses alliés occidentaux, et même arabes et asiatiques, a pris un autre tournant. Le prix Nobel de la paix, le président américain Barack Obama, a été obligé d'envoyer un renfort de 30 000 hommes supplémentaires. Ses alliés lui ont concédé des renforts supplémentaires de 10 000, portant ainsi le nombre des soldats engagés à 100 000. L'Union soviétique avait déployé le même nombre d'hommes armés en Afghanistan mais elle a fini par fuir ce qu'on appelle communément aujourd'hui «le cimetière des grandes civilisations». Car aucun occupant étrangers n'a pu vaincre la résistance afghane, que ce soit l'Empire perse, Alexandre le Grand de l'Empire romain ou encore Gengis Khan de l'Empire mongol. Pris dans le piège afghan, Obama cherche d'autres issues ! A son arrivée au pouvoir, le président américain s'était attelé à préparer un plan de sortie du bourbier afghan avec moins de pertes humaines et financières mais surtout en un temps record. L'idée d'envoyer des troupes supplémentaires avait suscité de vives oppositions au sein même de son camp mais le général Stanley A. McChrystal avait réussi à convaincre tout le monde de la nécessité de cet effort humain et financier pour quitter l'Afghanistan dans les meilleurs délais, la victoire dans la poche. Cela ne semble pas être le cas avec la tournure qu'a prise cette guerre depuis au moins trois mois. La nouvelle stratégie de guerre occidentale en Afghanistan n'a pas donné des résultats probants, même si les forces de l'Isaf annoncent régulièrement avoir tué, par vingtaine, trentaine et quarantaine, des talibans lors de leurs multiples opérations aériennes. Des raids qui coûtent aussi la vie à des civils dans des zones jusque-là épargnées par la guerre et que le gouvernement afghan dénonce mais sans pour autant rallier à ses côtés une population au bord de l'asphyxie sociale et économique. Même la voix du président réélu, Hamid Karzai, ne porte pas plus loin que son palais présidentiel ; preuve en est le récent revers politique qu'il a essuyé devant les membres du Parlement qui ont rejeté les trois quarts des noms qu'il a présentés pour former son futur gouvernement. Dans un pays où les autorités n'ont aucune crédibilité aux yeux du peuple et occupé par des forces armées qui ignorent tout de l'état d'esprit de ce même peuple réduit à presque rien, réussir une guerre contre El Qaïda qui était officiellement le point de départ de ce conflit armé relève aujourd'hui du miracle, pensent de nombreux analystes et des politiques avertis. Dans le même texte, l'ancien diplomate indien a noté, en citant le général Boris Gromov, le commandant charismatique soviétique qui a supervisé le retrait en 1989, que «la résistance afghane grandit. Pour moi, un tel comportement de la part des Afghans intraitables est compréhensible. Celui-ci est conditionné par des siècles de tradition, de géographie, de climat et de religion». Avertis, les Etats-Unis sont pourtant partis jouer les Rambo, entraînant avec eux une quarantaine d'autres pays, détruisant ce qui reste d'un pays déjà en ruine. Le préjudice causé au nom d'une présumée lutte contre la nébuleuse islamiste est énorme après neuf ans d'une guerre qui n'est pas en phase de connaître tout de suite son dénouement. Malgré ce bilan négatif en Afghanistan où l'ancien président George Walker Bush n'a pas réussi à capturer l'introuvable Oussama Ben Laden, les Etats-Unis trouvent en ce début d'année 2010 la parade de pourchasser les combattants d'El Qaïda des milliers de kilomètres plus loin au Yémen. Ils ont même l'intention de reprendre leur revanche en Somalie qui leur rappelle de mauvais souvenirs de leur présence militaire dans ce pays entre 1992 et 1993. Jusqu'où cette logique de va-t-en-guerre va-t-elle mener Washington qui trouve dans les conflits armés une manière subtile de pomper les richesses des pays qu'elle envahit ? L. M.