à l'évidence, le commerce intérieur, qui touche au premier chef la majorité écrasante des consommateurs algériens, est incontrôlable par les pouvoirs publics. Le listing des infractions verbalisées et communiquées à la presse n'est que l'écume des sommes grand format qui échappent au fisc, aux taxes banales dans d'autres pays et qui saignent les ménages perdus dans les dédales des querelles byzantines entre les grossistes, les ministères concernés, les services de contrôle et les détaillants. L'informel, le règne des commerçants, dont la hiérarchie, les marges et leurs relations avec l'Etat sont devenus un système rôdé de poupées russes manipulées par des barons, des familles dont l'impunité est garantie par la corruption, l'absence d'outils et de personnels performants au niveau du contrôle. L'affichage du prix des fruits et légumes, du textile importé, des objets de luxe qui arborent leur coût en euros est une règle qui n'existe pas sur le vaste territoire. Le consommateur va à l'aventure, à l'aveuglette vers toutes les arnaques, devenues des pratiques banalisées, intériorisées par l'ensemble de la société qui subit devant la paralysie de l'Etat.L'autorité de l'Etat s'exerce plus par la peur du gendarme sur la route qui tue chaque jour, aux multiples barrages qui ralentissent la circulation en créant des embouteillages générateurs de pollution, de stress, de fatigue et des retards considérables. Mais comme la voiture est un produit de luxe haut de gamme, les enragés des transports collectifs privés exécutent de véritables rodéos dans leur chasse aux clients n'importe où et n'importe comment. Le secteur des transports, ses horaires de jour comme de nuit, les jours fériés, ses emplacements et les abris qui protègent les usagers du soleil et de la pluie ne sont une préoccupation pour personne alors que les voyageurs dans des conditions d'un autre siècle paient cash en dehors le plus souvent de toute billetterie qui éclaire le fisc sur le chiffre d'affaires, les bénéfices, etc. Et il est hors de propos d'évoquer la propreté des bus, les aménagements pour les personnes handicapées aux arrêts et à l'intérieur des véhicules. Ce sont là des normes pour d'autres contrées où le client a des droits respectés par les transporteurs. Pour ces droits, dans des domaines névralgiques comme la santé, l'enseignement, l'industrie et les retraités, la grogne et les grèves font florès comme dans de grands pays modernes, démocratiques et développés, avec cependant des différences notables : les espaces et les circuits de médiation, la sacro-reconnaisance de syndicats qui représentent peu ou beaucoup de salariés n'existent pas en Algérie. Ce qui explique qu'une grève banale, comme il y en a des centaines de par ou dans le monde, prend l'allure d'une guerre avec de la répression, des arrestations et des procès. Or, cette méthode, celle du déni du conflit dans toutes les relations entre des humains, n'empêche ni les revendications ni les grèves et les climats de tension sociales à longueur d'année. Les médecins, les enseignants, les salariés de la SNVI, les lycéens, les usagers de la route, les spoliés par la fraude et la corruption sont des Algériens à part entière, utiles au pays. Si c'est le cas, la négociation, mot tabou sous le ciel de l'Algérie, est la seule forme démocratique, civilisée, respectueuse des intérêts et de la situation sociale de chaque contribuable qui réagit selon ce que la Constitution lui permet et lui reconnaît… lorsqu'il travaille ! Le chômage est une réalité indiscutable dans le pays.L'Etat engage des fortunes dans la formation, la création d'entreprises et d'emplois mais les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. Des dysfonctionnements, une corruption d'envergure, des chiffres toujours positifs et rassurants faussent la donne et ne rétablissent ni le climat social ni la confiance. La manière de comptabiliser le nombre de chômeurs n'obéit pas au réel mais à une politique du «tout va bien ou presque». La mesure de la productivité occulte le nombre incroyable de jours fériés à rallonge, de «ponts», alors qu'il y a une nécessité de revoir ces phénomènes pour mettre le travail au cœur du système (*). Le préalable, comme pour les conflits sociaux, est de ne plus éliminer du vocabulaire national le mot «négociations». *Voir édito de la Tribune du 7 janvier dernier. A. B.