La succession en flots continus de crises à tous les échelons et strates de la société a aussi des fondements culturels et d'appartenance que les experts, sociologues et acteurs culturels nationaux analysent régulièrement, avec lucidité et pertinence. Si les dizaines et dizaines de définitions de la culture sont aussi nombreuses, diverses et touchent à toutes les activités humaines, c'est que cette dernière, dès le plus jeune âge, irrigue, oriente et prépare l'adulte à exercer des droits et à assumer des devoirs. Aujourd'hui, le système algérien accumule des déficits énormes de légitimité, de crédibilité, de performances en brisant un à un les liants culturels. Qu'ils soient traditionnels, modernes ou d'avant-garde, ces liants ont été déstructurés à travers des phases complémentaires, dès les origines du mouvement national jusqu'à nos jours. Et c'est là un vaste chantier pour les historiens et chercheurs. La compétition économique des plus féroces générée par une mondialisation qui n'épargne aucun pays, aucune culture concerne directement les industries culturelles qui contribuent, uniquement pour leur part, à orienter les attitudes, les comportements dans une société «naturellement» et objectivement plurielle, métissée par les siècles et altérée par les flux migratoires, les occupations, les invasions, les échanges, les mariages mixtes, qui sont le creuset fondateur de l'humanité en perpétuelle évolution. Si l'école et les parents sont déterminants dès la naissance, les inégalités se creusent dans le cursus de l'être humain selon le stade de développement du pays, le niveau socioculturel de son proche environnement (famille, voisinage, habitation, pouvoir d'achat) des politiques publiques menées pour réduire et combattre les inégalités, offrir les mêmes chances à tous selon les retards, le mérite, l'égalité des sexes, etc.La chronique quotidienne qui égrène la liste de scandales financiers, de la prédation, des détournements massifs, de marchés publics de connivence avec des «familles», des projets dont les finitions ressemblent aux brumes de l'horizon, managés avec cynisme par des danaïdes voraces, accentue la crise, les crises, brisant la confiance et tous les attributs et relations symboliques. Le camarade Mao disait que «le poisson pourrit par le tête». Autrement dit, l'exemple doit venir d'en haut, pour justement ancrer et fertiliser la culture du comportement, de la pratique, d'une moralité exemplaire.Le «haut», puisque c'est lui qui est au centre d'incroyables scandales, de gabegies, a une culture, imitée en descendant les échelons de l'administration, de la société. Une culture de l'irresponsabilité prétendument garantie par les soutiens apportés par tel ou tel décideur ou plusieurs à la fois. Le sommet d'une pyramide administrative n'est jamais responsable aux plans politique et judiciaire. Le «haut» est logé le plus loin et le plus protégé possible de la société. Des femmes et des hommes «politiques» et responsables par le poste occupé acceptent d'être «concentrés» dans des espaces consanguins depuis la création du logement sécuritaire qui répondait à une phase, forcément provisoire (défaite du terrorisme). Ce logement est devenu définitif, systémique. Seuls les locataires changent en fonction de la disgrâce, du décès, de la démission, etc. C'est une culture devenue «nationale», une «constante» connotant une appartenance à deux vitesses qui peut assurer l'impunité à un responsable exerçant ses prérogatives à la limite des tribunaux destinés à ses subalternes et au reste de la foule qui n'est pas responsable mais justiciable.Cependant, le pays a des ressorts, des compétences indiscutables, des jeunes capables de performances dans tous les domaines. Il suffit d'un grand vent patriotique pour que le responsable soit responsable et assume plus que ses adjoints, sauf si la justice, librement, l'innocente. Mais il s'agirait là d'une autre culture, celle d'une nation cultivée, sortie d'une crise culturelle. A. B.