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Alejo Carpentier, une voix venue des Caraïbes
L'écrivain latino-américain est un brillant fabuliste des temps modernes
Publié dans La Tribune le 14 - 08 - 2008

Le parcours de ce brillant écrivain latino-américain est l'exemple même de fabuliste des temps modernes.
Son écriture se taille une grande part dans une mythologie animalière nourrie aux profondes sources de ce riche continent et aussi de la culture universelle que l'écrivain, enfant de par sa naissance cosmopolite, acquiert. Né d'un père français et d'une mère russe et passant son enfance dans les Caraïbes.
Cela lui permettra de passer d'une culture et à une autre et aussi d'un pays à un autre et ce, au gré de sa tumultueuse vie, marquée du sceau de l'écartèlement. Frappé d'exil par le système dictatorial de Machado alors qu'il venait juste de sortir de prison, il va à la quête du monde et après les temps des turpitudes où son immense talent éclot, viennent les honneurs, il assume d'abord des responsabilités comme vice-président du Conseil national de la culture.
Il représente Cuba de Castro dans des missions officielles. De toute sa production romanesque, un style baroque et une magie fomentent un univers d'où l'on sort qu'ébloui.
Tout comme l'univers du Guadeloupéen, Miguel Asturias, dont ils sont communément considérés comme les maîtres du réalisme magique. Son écriture s'inspire essentiellement de l'histoire de l'Amérique latine, de ses mythes et de ses traditions. Elle explore ce monde avec une prose baroque et un mélange de cultures faisant ainsi l'éloge du mélange.
Dans l'une de ses célèbres nouvelles, les Fugitifs, publiée pour la première fois dans le journal El nacional, à Caracas en 1946, Alejo nous donne à voir sa signature de grand styliste et de fabuliste.
L'histoire est toute simple : un Nègre est soumis au commandeur, don Marcial, contremaître de l'usine à sucre d'où il s'enfuit. Ces quelques éléments nous mettent dans la peau de Cuba violée par la cupidité et la sauvagerie des Blancs.
Ainsi, le thème de l'esclavage est la toile de fond de cette nauséabonde histoire de l'homme, tristement tissée aux mythes anciens dans laquelle l'Amérique latine se dévoile et ce, dans un innommable désastre où l'odeur mortifère du sang pourri irrigue les sillons du continent et où l'ombre meurtrière du fouet fend le corps de ce Nègre marron.
Tout comme ce qu'on appelle «quilombo» et les «palenques», qui font état d'une même réalité. Ils désignent dans le Nouveau Monde les communautés de fugitifs. Leurs dénominations sont à l'origine de l'expression française : «nègre marron» d'où le titre et l'expression utilisée dans le texte. Cette nouvelle met à nu l'histoire de Cuba et des Caraïbes. Et même si ce n'est pas indiqué, absence de lieu et de temps, il suffit juste de porter le regard vers ce fabuleux monde de mythes et de légendes afin de se sentir quelque part au cœur de l'Amérique latine. Les quelques mots espagnols nous rassurent sur la terre cubaine ; les arbres tropicaux, la végétation et les noms sont autant d'exemples.
A travers les personnages, c'est aussi l'état des lieux qui se dessine ; le commandeur, les demoiselles à dentelles, le curé et son organiste, c'est toute la famille coloniale qui brandit sa férocité dans le profond ciel de Cuba.
L'esclave dépouillé de son identité et frappé d'opprobre, il est au même titre que l'animal, révèle «l'esprit du colon». Son «nom» est significatif. Alors que le chien porte son nom le chien parce qu'«on ne lui avait jamais donné d'autre nom que chien», l'esclave en fuite, puisqu'il s'agit d'une fuite, porte ceci : «Nègre marron». Ce massacre onomastique traduit aussi la maladive volonté du colon à priver le colonisé jusqu'à son nom pour le «rebaptiser» à sa guise. Si le parallèle établi entre le chien et l'esclave se voit dans la nécessité imposée à l'esclave d'obéir à son ventre, il devient ainsi animal. L'mage qui met au clair cette comparaison c'est «le collier à pointes de cuivre avec une plaque numérotée» que le chien porte et les chaînes que porte l'esclave. L'auteur de Siècle de lumière l'écrit si bien : «Il y avait à l'usine trop de coups de fouet, trop de chaînes, pour les fugitifs repentis.»
La rencontre d'un homme et d'un chien est le début d'une amitié.
Pourtant, dressé à ramener l'homme en fuite, le chien désobéit et trouve chez cet homme une amitié. Ils fuient ce bas monde où seul résonne le fouet et frémit la peur.
Ce qui est frappant dans cette nouvelle est ce besoin de chercher une amitié par le chien, il décide alors de s'éloigner des «chiens qui aboyaient au loin si férocement, l'effrayaient. Mieux valait demeurer, pour l'instant, à côté de l'homme». La fuite qu'ils partagent consolidera cette amitié pourtant vite vouée à l'éphémère, car, dès que l'homme est rattrapé, le chien va rejoindre la meute. Pis, il obéit de nouveau au maître : «Chien lança un cri étrange, mélange d'aboiement sourd et de hurlement, et sauta à la gorge du nègre.» Ce qui est aussi frappant, c'est l'architecture de ce texte. L'expérience qui est y est traduite nous amène à nous interroger sur la subtilité de forme.
La manière dont apparaît le nègre marron par exemple en est une trace. L'odorat aussi occupe une place importante dans le corps du texte. C'est, en effet, une manière de faire sentir l'odeur de ce nègre en fuite comme le début de l'histoire l'indique.
La question qui mériterait d'être posée est de savoir exactement qui sont les fugitifs après la mort du nègre marron. Est-ce le chien qui a rejoint les fuyards ou comme le signifie l'origine de l'expression qui désigne cet esclave ? «Un jour, les chiens sauvages perçurent une odeur habituelle dans ces fouillis de lianes, d'épineux, de plantes vénéneuses dont les piquants empoisonnaient.
Ça sentait le nègre.» Des questions à reposer.
A. L.


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