Nawaz Sharif, devenu hier, Premier ministre du Pakistan pour la troisième fois, un record, est un magnat de l'acier considéré comme un bon gestionnaire mais qui aura fort à faire pour redresser le pays. Chassé du pouvoir par un coup d'Etat militaire en 1999, Nawaz Sharif, 63 ans, s'est reconstruit patiemment dans l'opposition avant de prendre sa revanche lors des élections du 11 mai dernier, grâce notamment à ses appuis dans son fief du Pendjab, la province la plus riche du pays, où il est surnommé «le lion». Il reprend le pouvoir grâce à la large victoire de son parti de la Ligue musulmane (PML-N) à l'issue d'une campagne où il s'est efforcé de consolider sa réputation d'homme d'Etat compétent et a ouvert la porte à d'éventuelles discussions avec les rebelles talibans. Il y hérite d'un sacré défi : redresser le pays, notamment en résolvant la grave crise énergétique qui plombe son économie et pourrit la vie quotidienne des 180 millions de Pakistanais, privés d'électricité jusqu'à 20 heures par jour. Cet homme rond au crâne dégarni vêtu immanquablement d'un shalwar kameez, l'habit traditionnel composé d'une tunique longue et d'un pantalon ample, a affiché depuis sa victoire un calme olympien, restant prudent face aux médias. Il avait en revanche laissé une image d'homme combatif lors de ses deux premiers mandats de Premier ministre, de 1990 à 1993 et de 1997 à 1999, où il ferraillait dur pour tenter d'imposer son pouvoir à la toute-puissante armée. Pour l'expérimenté analyste politique Talat Masood, «c'est un homme politique bien plus mûr et équilibré» qui revient aujourd'hui au pouvoir, un homme qui «a compris les ressorts de la relation entre pouvoirs civil et militaire». Sharif est considéré comme un pragmatique par l'Occident, en dépit de ses déclarations hostiles à la guerre menée dans la région par Washington contre Al-Qaïda et ses alliés talibans. Ses appels du pied aux islamistes talibans, dont les attentats ont fait des milliers de morts au Pakistan depuis six ans, ne sont pas non plus de nature à rassurer ses partenaires, surtout américains. Dans son premier discours de Premier ministre mercredi, Sharif a demandé la fin des tirs de drones américains visant Al-Qaïda et ses alliés talibans dans le nord-ouest du Pakistan, et fait de l'amélioration de la situation économique et énergétique sa priorité intérieure. Né le 25 décembre 1949 dans une riche famille d'industriels du Pendjab, considéré comme le centre de gravité politique du pays, Nawaz Sharif fit des études de droit avant de rejoindre l'aciérie de son père. Il entra en politique sous le parrainage du dictateur militaire Zia-ul Haq, accusé d'avoir favorisé une islamisation radicale du pays, en devenant ministre puis en prenant la tête du gouvernement provincial du Pendjab de 1985 à 1990. Cette année là, il devint Premier ministre du pays en battant aux élections sa traditionnelle rivale Benazir Bhutto. Après trois ans au pouvoir, il fut renvoyé en raison de soupçons de corruption et remplacé par Mme Bhutto. Avant de redevenir Premier ministre en 1997 après une large victoire aux élections. Conforté par cette grande majorité, il mit en place des politiques libérales qui cimentèrent sa popularité, lançant de grands travaux comme l'autoroute reliant Peshawar (nord-ouest), aux portes de l'Afghanistan, et Lahore (est). C'est surtout sous son gouvernement que le Pakistan est devenu le seul pays musulman doté de l'arme nucléaire, un fait d'arme populaire dans ce pays très nationaliste. R. I.