Nawaz Sharif, 63 ans, revient sur la scène pakistanaise pour la troisième fois. Le « lion » du Pendjab a reconquis le pouvoir qu'il a quitté, en 1999, à la suite d'un coup d'Etat de Perez Musharaf, renforcé par la large victoire de son parti, la Ligue musulmane (PML-N). C'est incontestablement en « homme plus mûr et équilibré » et qui « a compris les ressorts de la relation entre pouvoirs civil et militaire », selon l'analyste politique, Talat Masood, que le nouveau Premier ministre, qui a eu maille à partir avec l'armée pakistanaise, revient au pouvoir. « Les gens doivent savoir que l'économie du pays est dans un très mauvais état, au-delà de l'imaginable », a plaidé Sharif, pointant l'index sur le poids des « dettes qui se comptent en milliards », de la mauvaise gestion et de la corruption. Considéré comme un pragmatique par l'Occident, Sharif suscite quelques « craintes » à Washington. Ses appels du pied aux talibans ne rassurent pas les USA. Dans son premier discours, il a demandé la fin des tirs de drones américains visant al Qaïda et ses alliés dans le nord-ouest du Pakistan. « Nous respectons la souveraineté des autres, et ils devraient, eux aussi, respecter la nôtre et notre indépendance. Depuis août 2008, près de 300 bombardements de drones ont tué plus de 2.000 personnes, en très grande majorité des combattants islamistes, selon les autorités pakistanaises. Cette campagne doit finir », dit-il. Vendredi dernier, il a délivré le message de fermeté en condamnant le dernier tir qui a tué, deux jours plus tôt, le numéro deux du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), Wali Ur-Rehman, et provoqué son retrait des pourparlers de paix. « L'attaque de drones n'était pas seulement une violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du pays », mais aussi « une violation du droit international et de la Charte des Nations unies », dit-il. La crise des drones, tuant plus de civils que de talibans ou de membres d'Al Qaïda (2% de rang élevé des pertes, selon une étude menée par des chercheurs des Universités de Stanford et de New York) est au cœur de la nouvelle stratégie sécuritaire pakistanaise que le nouveau Premier ministre entend impulser. Il entend mettre fin à la « guerre High Tech », déclarée illégale, honnie par la population et préjudiciable au processus de dialogue avec les talibans. Le bras de fer engagé par Sharif, qui s'attaque à l'arme décisive de l'allié stratégique dans la « lutte contre le terrorisme », à l'heure du désengagement du bourbier afghan, prévu à la fin 2014, annonce des lendemains difficiles, aggravés par la méfiance américaine portée sur le Pakistan, accusé de double jeu.