Impossible certes, pourtant elle semble avoir choisi le jour de son départ. La veille du 20 août, jour du Moudjahid, Zhor Zerari a tiré sa révérence. Elle, c'est la femme courage qui a tant donné pour l'Algérie et pour son indépendance en épousant la cause nationale. Zhor Zerari, Moudjahida des plus actives dans la «Zone Autonome d'Alger» durant la Guerre de libération nationale, aux côtés de Djamila Bouhired, Hassiba Ben Bouali, Zohra Drif, et autres héroïnes de la Bataille d'Alger, s'en est allée, dans la soirée du lundi, à l'âge de 76 ans. Native d'Annaba où elle a passé son enfance, Zhor et dans un témoignage poignant, paru sur les colonnes d'un quotidien en 2005, avait longuement parlé de son père, auprès duquel elle a appris la lutte. «Mon père militait au PPA. A mes yeux, il était un père courageux (…) Il était pour moi un symbole de liberté», disait zhor Zerari qui se rappelait également que très jeune déjà, elle attendait impatiemment le déclenchement de la révolution. «Un matin, vers 6 h, sur le seuil du magasin, je trouvais le journal. Il parlait des «fellaghas» tunisiens. Nos voisins venaient de déclencher leur lutte armée. J'en rageais. Enfant, je me demandais quand allait venir notre tour? (…)J'étais imprégnée de cet esprit nationaliste, je vivais dans cette atmosphère, cette attente de quelque chose qui allait venir. J'attendais le 1er novembre...». Zhor Zerari avait été arrêtée et longuement torturée avant d'être condamnée à la prison à vie. Militante au sein de la zone autonome, elle transportait les armes, les munitions, les explosifs et le courrier. Elle n'avait pas peur du danger. D'ailleurs, elle répétait toujours «Quand on milite on n'a pas peur. Quand on est prêt à lutter, on n'a pas peur. On m'a souvent posé la question de savoir si, lorsque je transportais des armes et des explosifs ou lorsque j'allais les déposer, j'éprouvais une sensation de peur. Lorsque je dis non, on me croit rarement et pourtant... On me croit inconsciente. Pas du tout, je savais le danger et je le mesurais mais la rage, la volonté de vaincre étaient plus fortes.» Zhor Zerari voulait que «les Français partent. Que nous soyons chez nous, entre nous. Quand après 1962, j'ai eu ma carte d'identité sur laquelle il était inscrit :Nationalité: Algérienne, j'étais la femme la plus heureuse de la terre». La nièce du commandant Azzedine, s'est engagée en 1956. Son contact, Abderahmane Chaïd, la rencontrait devant le Musée des beaux-arts, en face du jardin d'Essais, pour lui donner des instructions. Le 18 juillet 1957, Zhor Zerari a déposé ses premières bombes. Trois au total. Elle était accompagnée du militant Yahia Safi. Les bombes n'avaient pas fait de victimes mais ont eu un énorme impact psychologique. Quelques jours après, la moudjahida devait déposer d'autres bombes. Elle s'est dirigée à l'endroit indiqué et devait attendre dans une pièce à côté que les bombes soient réglées. «Les bombes n'avaient pas encore été réglées. C'était Berezouane le régleur qui était dans la pièce à côté. Cloisonnement oblige, nous ne devions pas nous voir... Puis tout d'un coup tout a sauté dans la pièce où il réglait les bombes. J'étais recouverte de plâtre et de poussière, mais indemne». Quelques jours après, les paras et la DST sont venus la chercher à la maison. Un compagnon de lutte, torturé à mort, avait fini par céder. Arrêtée, Zhor Zerari sera longtemps torturée. «J'ai été torturée pendant quatre mois. Dans la salle même où a été assassinée par une défenestration Ourida Meddad. Dans une salle de classe de l'école Sarouy, une école de la République française». Des séquelles de ces moments terribles, Zhor en a gardé, «pour moi, ce n'est pas l'instant des tourments qui me torture aujourd'hui. Ce sont les terribles séquelles que j'en garde. Des séquelles qui ont gâché tout le restant de ma vie». Les séquelles des séances de torture de Schmitt, devenu par la suite général de l'armée française, sont énormes «il m'arrive de m'effondrer brutalement, de perdre connaissance. Ces crises qui surviennent depuis 1960/1961 peuvent durer une semaine comme elles peuvent se prolonger six mois durant.» Zhor Zerari comme elle l'a raconté dans son entretien, a beaucoup souffert de l'humiliation. Ses mots à ce sujet sont d'ailleurs saignants «on ne pleure pas sous la torture physique. On n'a pas de larmes. Je n'ai pas pleuré de douleur. Cette dernière est tellement intense, tellement inhumaine qu'elle ne provoque pas de larmes. C'est atroce. Ce n'est plus humain...». Zhor Zerari a fait sept prisons de Barberousse à El Harrach, puis Toulon, Pau, Bordeaux et enfin Rennes, d'où elle a été libérée en mars 62. A sa sortie de prison, elle avait écrit ces quelques vers: «Qu'importe le retourSi mon père N'est pas sur les quais De la gare.» En fait, Zhor a également été écrivain et journaliste. En prison, elle a écrit des poèmes et elle s'est engagée dans la presse au lendemain de l'indépendance. H. Y. (Extraits du témoignage de la défunte paru in El Watan du 24 mars 2005)