Les performances productrices des pays de la zone Middle East-NorthAfrica(MENA) restent très disparates. C'est là une des conclusions d'une étude réalisée récemment par le Centre d'Étude et de Recherche sur le Développement International sous l'égide du Forum euro-méditerranéen, des instituts des Sciences économiques. Le rapport met notamment en avant le retard de la région en question, sur les grands Etats émergents, mais avec une très nette exception pour le Maroc. Dans cette étude très détaillée des systèmes industriels de la région, CERDI relève toute une série d'handicaps dont souffrirait le Complexe industriel dans la région. Le rapport met en exergue, cependant, «des différences notoires» d'un pays à l'autre à l'image de ce qui se passe dans le secteur du textile. Ainsi, entre le Liban et le Maroc, la productivité des entreprises passe de 1.780 dollars US par tête à 10.610 dollars. L'Algérie se classe (curieusement ou bizarrement) mieux que l'Égypte avec 4.270 USD par tête contre 3.470 USD. A titre de comparaison, ces chiffres étaient de 11.350 USD pour la Chine et de 10.480 USD en Inde. Certes, faute de données statistiques homogènes et surtout récentes, les résultats de l'étude qui s'est concentrée sur ces quatre pays de la région MENA, sont à manipuler avec précaution. Mais en l'état, ses conclusions sont éloquentes : au moins sur la première moitié de la décennie, le secteur manufacturier marocain est de loin le plus efficace et «ses performances sont assez proches de celles des pays de développement supérieur comme l'Afrique du sud ou le Brésil et plutôt meilleures que celles de la Chine et l'Inde». L'Algérie se situe environ à 20% derrière, dans tous les secteurs étudiés puis viennent l'Égypte et le Liban. Pour expliquer ce retard, l'étude met notamment l'accent sur les écarts de salaires. Le coût unitaire du travail dans la zone MENA est de 540 dollars, contre 390 dollars dans les pays étudiés hors MENA (Chine, Inde etc.). Et sur des secteurs aussi pourvoyeurs d'emplois que le textile et l'habillement, l'Egypte et le Maroc sont 2 à 2,5 fois plus chers que l'Inde. D'où la nécessité de réagir rapidement sinon la compétitivité de ces pays «pâtira d'un rythme d'innovation et de rattrapage technologique beaucoup plus rapide en Asie que le rythme d'accroissement des coûts du travail et qui permet de combler le cap de la qualité des produits». Quant aux disparités à l'intérieur même de la zone MENA, l'étude évoque la «qualité du climat des affaires». Au Maroc, l'ouverture vers l'étranger, mesurée par le taux d'exportation des biens ou la participation étrangère au capital des entreprises, permet un meilleur financement et surtout l'opportunité d'autres marchés pour les entreprises locales. En Égypte, en Algérie et au Liban, ce sont les institutions qui ralentissent le business. Les Administrations publiques sont souvent sclérosées et fournissent de mauvais services publics (électricité, téléphone…). Ainsi un importateur peut espérer disposer de sa marchandise sous 2 à 6 jours au Maroc, mais il doit attendre entre 15 à 26 jours en Algérie… Et au Liban, les faiblesses de l'État sont des barrières à l'entrée des entreprises qui doivent assumer les surcoûts de la mauvaise gouvernance. Le Cerdi recommande, enfin, aux pays de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen Orient), d'améliorer leur propre positionnement, notamment en termes de compétitivité internationale, avant de parler d'intégration régionale ou d'intégration vers le Nord.