Avec pour cri de ralliement " Ne laissons pas la sécheresse nous ravir notre avenir ", la Journée mondiale de lutte contre la désertification de cette année s'attache à mettre l'accent sur les risques que la sécheresse et la pénurie d'eau font peser sur la planète. Les coûts sociaux, politiques et économiques de la sécheresse sont manifestes de l'Ouzbékistan au Brésil, du Sahel à l'Australie. En mai, la Namibie a déclaré l'alerte nationale à la sécheresse, car les 14 % de sa population s'étaient retrouvés en situation d'insécurité alimentaire. En 2012, les Etats-Unis ont vécu leur pire sécheresse depuis les années 50, 80 % de leurs terres ayant été touchés. En 2011, la sécheresse qui a sévi dans la Corne de l'Afrique, la pire depuis le début des années 80, a fait près de 13 millions de sinistrés. En cette Journée mondiale de lutte contre la désertification, j'engage la communauté internationale à répondre à l'appel lancé l'année dernière à la Conférence de Rio=20 sur le développement durable en vue d'éviter et d'atténuer la dégradation des terres. En préservant les terres arides, nous pouvons protéger les ressources en eau essentiellement, assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et réduire l'extrême pauvreté. La désertification un problème mondial, qui affecte la sécurité de la planète, l'élimination de la pauvreté, la stabilité socioéconomique et le développement durable. Les populations démunies qui vivent dans les zones arides sont aux prises avec des difficultés multiples : perte de revenus, insécurité alimentaire, détérioration de la santé et précarité des régimes fonciers. Elles sont souvent obliger de migrer vers les zones qui ne sont pas touchées par la désertification dans l'espoir de trouver une vie meilleure. Les prévisions des spécialistes indiquent que les sécheresses fréquentes et plus graves que vont engendrer les changements climatiques risquent d'exacerber encore le phénomène de désertification. La dégradation des terres ne doit pas menacer notre avenir Ces passages du message du SG de l'ONU résument la gravité de la situation, notamment les crises de sécheresse à répétition du fait des changements climatiques. Les effets à long terme de la sécheresse prolongée sur les écosystèmes sont profonds, accélérant la dégradation des terres et la désertification. Les conséquences en sont notamment l'appauvrissement et le risque de conflits locaux autour des ressources en eau et des terres de production, avertissent encore les Nations-unies. L'objectif de la Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse 2013 est de sensibiliser sur les risques de sécheresse et de pénurie d'eau dans les zones arides et au-delà, attirant l'attention sur l'importance de maintenir la qualité des sols dans le cadre des objectifs définis lors de la conférence de Rio=20, ainsi que ceux définis pour l'après 2015 en matière de développement durable. Les slogans de cette année " N'asséchons pas notre futur ", incite tout le monde à prendre des mesures pour promouvoir la résilience à la raréfaction de l'eau, la désertification et la sécheresse. Le slogan implique nous sommes tous responsables de la conservation de l'eau et des terres et de leur utilisation durable, et qu'il existe des solutions à ces graves problèmes de ressources naturelles. La dégradation des terres ne doit pas menacer notre avenir. Quels impacts ? Les impacts les plus visibles se situent au niveau de l'environnement, car la désertification rend les terrains inondables, ce qui entraîne une salinisation des sols, et donc une détérioration de la qualité de l'eau. En second lieu, l'impact est aussi économique. En effet, au niveau planétaire le manque à gagner s'élève, selon la Banque mondiale, à 42 milliards de dollars pour les régions touchées par la désertification (paradoxalement, le coût annuel de la lutte contre la désertification est seulement de 2,4 milliards de dollars. Enfin la dégradation des sols entraine la pauvreté et la migration de masse à cause des famines qu'elle génère, (environ 60 millions de personnes partiront des zones désertifiées de l'Afrique subsaharienne pour le Maghreb et l'Europe entre 1997 et 2020). Des pistes de solutions ? En la matière, la panacée n'existe pas mais des solutions locales peuvent, et doivent être mises en œuvre rapidement pour faire bouger les choses Parmi elles, et pas forcément très coûteuse, il est possible de relever la régénération des sols et sa fertilisation grâce au compost et sa matière organique. Le reboisement est aussi une solution car les arbres permettent de fixer les sols, renforcer la fertilité et absorber l'eau lors des fortes précipitations. La technique ancestrale de la jachère constitue aussi une alternative intéressante. Faits et chiffres 2,6 milliards d'individus dépendent de l'agriculture, mais 52 % de terres utilisées pour l'agriculteur est modérément ou gravement touchés par la dégradation des sols. La dégradation des terres affecte 1,5 milliards de personnes dans le monde, 30 % des terres arides sont en voie de désertification. En raison de la sécheresse et de la désertification, chaque année 12 millions d'hectares sont perdus, soit 23 hectares par minute ! 74 % des pauvres sont directement touchés par la dégradation des terres au niveau mondial. L'expérience algérienne La lutte contre la désertification en Algérie, mise sur pied depuis des années, est une préoccupation planifiée dans la détermination du processus et des causes de la désertification (déforestation, dégradation des terres agricoles et des parcours) jusqu'au choix des moyens de lutte utilisés, est une élogieuse critique de la part de la communauté internationale. Le choix de l'Algérie en 2012, par les Nations unies, pour abriter l'atelier préliminaire du Sommet de la Terre Rio=20, a été en rapport avec les succès remportés par l'Algérie dans sa lutte contre la désertification et ce dans le cadre de la politique du Renouveau rural qui a permis depuis sa mise en œuvre en 2009, de récupérer plus de 3,5 millions d'hectares de terres dégradées situées dans la zone déclarée très sensible à la désertification. Cette stratégie touchant à la désertification dans les territoires steppiques qui a pour objectif, " la sécurité alimentaire, le rétablissement des équilibres écologiques ainsi que l'amélioration des conditions de vie des populations rurales ", s'appuie sur la mise en œuvre d'actions ciblées à travers des projets de proximité de développement rural intégré et des projets de proximité de lutte contre la désertification. Quatre grands axes retenus au titre du programme quinquennal 2010-14 La lutte contre la désertification, première préoccupation des pouvoirs publics, inclut 40 wilayas à la base d'une étude qui a abouti à la réalisation d'une carte nationale de désertification. Dans ce cadre 27 millions d'hectares situés dans les zones steppiques sont traités à travers 12 wilayas. Le second programme est établi avec le concours de l'Agence nationale des barrages et transferts (ANB), consacré au traitement de 78 bassins versant soit une superficie de 7,5 millions d'hectares à travers 30 wilayas. Le troisième axe concerne la gestion, la protection et l'extension du patrimoine forestier sur 4,1 millions d'hectares. Ce programme, qui couvre 37 wilayas, est basé sur les études d'aménagement forestier. Le dernier axe de ce programme quinquennal qui concerne la conservation des écosystèmes naturels vise la protection de la faune et de la flore et cible les parcs nationaux, les aires protégées, et les zones humides et touche plus de 20 wilayas. Sur les 27,435 millions d'hectares étudiés, 10 % seulement ne sont pas sensibles à la désertification, 26, 20 % présentent une sensibilité moyenne, un peu plus de 45 % de la surface sont sensibles au phénomène, 19,7 % sont très sensibles alors que 2,8 % ont été engloutis par la désertification.