Les recours concernant les cas de tricherie dans les épreuves du baccalauréat 2013 n'en finissent pas d'occuper l'actualité, tant le verdict rendu par la commission interministérielle contre les 3 180 candidats accusés de fraude dans cet examen apparaît aux yeux de l'opinion publique, des candidats et de leurs parents, inadmissible, notamment que la commission d'enquête mise en place par le ministère de l'Education nationale n'a nullement approfondi ses investigations en se contentant d'entendre les chefs de centre d'examen sans pour autant prendre l'avis des candidats. Même les recours introduits par les mis en cause ne semblent pas avoir été traités avec toute la probité voulue ni examinés au cas par cas puisqu'une sanction collective a été prise contre les candidats au lieu d'être individuelle. C'est un peu une affaire qui a été liquidée à la va-vite, et c'est regrettable pour le prestige même du système éducatif national. Elle revient aussi à paralyser tous les efforts et à faire dépendre ce très grand nombre d'exclus d'examen pour 12 mois, d'une simple décision administrative prise pour sauver la face. Dans aucun pays au monde, une telle décision comparable n'a été prise. Ce qui a fait dire à nombre de commentaires que le ministère de l'Education nationale est le seul à travers la planète à inventer cette étrange mention sur les panneaux d'affichage des résultats du BAC 2013 à savoir " a triché " en face du nom du candidat. Un dangereux et inquiétant précédent dans les annales de fin du parcours de l'élèvé dans le cycle secondaire. Attendre une autre année pour repasser le Bac pour ces élèves, constitue une décision radicale qui leur a été infligée. Elle est congrue parce qu'on n'a pas pris en compte le pourquoi et les vraies raisons qui ont provoqué les incidents de juin dernier dans nombre de centres d'examen à travers le pays. L'épreuve de la filière lettres et philosophie a été la cause de ces incidents. En découvrant les sujets, les candidats se sont spontanément rendus compte que les thèmes proposés n'étaient pas inscrits au programme pédagogique de la 3ème année secondaire. Voilà, la vérité sur laquelle le ministère de l'Education nationale devrait s'y pencher pour relever les insuffisances. Une question cruciale que la commission d'enquête instituée à cet effet, a complétement occulté pour ne pas mettre en cause l'ONEC (Office national des examens et concours). La couverture de cet office par sa tutelle directe et sa mise à l'écart dans les conclusions du rapport final de la commission d'enquête, est une affaire sur laquelle le ministre de l'Education nationale devrait y revenir pour revoir les sanctions prises à l'encontre de ces 3 180 candidats qui doivent attendre une autre année pour repasser cet examen de passage aux études supérieures. Ces sanctionnés par une simple commission administrative ont été les boucs émissaires et les victimes d'un jugement qui n'avait d'autres buts que dissimuler la mauvaise élaboration du programme pédagogique et celle de l'organisation générale de l'examen du Bac. C'est là en fond une des questions qui se posent à la société algérienne qui cherche à terme, une solution constructive et viable au marasme récurrent que connaît le système éducatif national. Autrement dit, les candidats au Bac autorisés à refaire l'année scolaire mais à attendre une autre année scolaire pour obtenir le droit de repasser cet examen de fin de cycle secondaire ont été condamnés par ce verdict. Une punition qui intervient sans nul doute pour la première fois dans l'histoire de l'Algérie indépendante. Verdict sans précédent mettra en alerte les sanctionnés durant toute une année scolaire. Un choc qui aura en plus de leur faire subir de très graves séquelles psychologiques, les mettra sur le plan moral dans une position de faiblesse par rapport à leurs camarades de classe. Les incidents de juin dernier, en dépit peut-être de cette triche, les grèves à répétition du personnel pédagogique et administratif dans ce secteur, qui ne sont jamais contenues, laisse à penser que la révolte des candidats au Bac ne peut être ramenée, en effet, aux causes apparemment fortuites avancées par la commission interministérielle pour "lyncher" ces enfants sans la moindre défense. En réalité cette colère collective vient de loin. Elle puise ses forces et ses arguments au fond de la " misère " croissante du programme scolaire et elle est à la mesure du désarroi des parents d'élèves qui découvrent suite à la sanction de leurs enfants, combien ont été vains les espoirs nourris sur le compte de la réforme du système éducatif national mal cadré par les acteurs du ministère de l'Education nationale. Et, il était pour eux, bien sûr, trop facile de trouver dans ces lycéens, pourtant à l'âge adulte un commode et conjoncturel bouc émissaire. Pourtant, les tensions pédagogiques n'ont cessé de s'exprimer au sein de ce secteur, bien avant les incidents de juin dernier. Le programme scolaire en lui-même est mis en cause et souvent rejeté par la communauté éducative et à chaque fois, il provoque les pires et graves événements. En attendant, l'inquiétude continue à gronder, surtout que le ministère de l'Education nationale, pour tenter de canaliser ses faiblesses, a su trouver un exécutoire dans l'innovation de cette sanction grave et même préjudiciable au pays, puisque les 3 180 lycéens touchés se considèrent désormais placés dans le deuxième " collège " de leur parcours scolaire. Dans un Etat de droit comme le nôtre juste fort et républicain à plus forte raison, la " sanction collective " ne peut exister particulièrement lorsqu'elle touche une catégorie d'enfants. Des jeunes qui sont à très forte raison, les futurs cadres de la Nation. Pour l'opinion publique, cela rappelle les sanctions collectives de triste mémoire vécues par le peuple algérien. Le plus étonnant aussi, c'est de constater avec amertume que la parole même du Premier ministre, ne soit pas prise en compte dans cette affaire ni respectée lorsqu'il a appelé à un pardon dans le piège de cette " tricherie " qui pourrait être provoquée et voulue pour d'autres raisons... Le commun des Algériens aspire à voir cette question réglée dans l'espoir que notre jeunesse ne soit pas l'espace de manipulations et d'exploitation. La levée de cette sanction contre les candidats du Bac 2013, peut, si elle est mise en œuvre d'une manière sincère et lucide, fournir le cadre non seulement d'achever cet épisode malheureux, inutile, mais d'envisager, d'une manière positive et constructive, un avenir serein pour l'ensemble du secteur de l'Education qui aura à se détacher de tous ces complots.