La modulation des horaires du confinement a eu pour conséquences une concentration totalement inhabituelle de l'activité à l'extérieur. Quelques heures avant l'entrée en vigueur du couvre-feu, une course contre la montre est engagée. Des queues se forment devant les magasins, des embouteillages sont constatés, en totale contradiction avec les objectifs de la mesure imposée. Nawal Imès - Alger (Le Soir) - Le confinement partiel imposé à plusieurs wilayas a radicalement modifié les habitudes. Avec une liberté de mouvement limitée entre 7 heures et 15 heures, une réelle frénésie a fini par s'installer avec une très grande concentration de la population à l'extérieur en début d'après-midi. Et pourtant, le but du confinement est on ne peut plus clair : la distanciation sociale. Il n'en est rien dans beaucoup de quartiers. Si en matinée, ils sont plongés dans une immuable torpeur, en début d'après-midi, c'est la ruée vers les commerces qui commence. Les consommateurs engagent alors une véritable course contre la montre pour achever leurs courses et effectuer des déplacements avant que ne sonnent 15 heures. Devant beaucoup de commerces, des files interminables se forment, souvent sans aucun respect de la distance d'un mètre recommandée. Dans certains marchés, c'est l'ambiance du Ramadhan avant l'heure. Les gens y flânent en toute inconscience sans protection aucune. Comment expliquer cette situation ? Mustapha Zebdi, président de l'Association de protection des consommateurs (Apoce) fournit la sienne. Il considère que d'un côté, les consommateurs ne sont pas très organisés et que, d'un autre côté, le changement des habitudes est derrière ces comportements. Zebdi estime qu'en effet, cela faisait partie du comportement du consommateur algérien d'attendre la dernière minute pour acheter ce qui pourrait lui manquer. Une situation exacerbée par le manque d'activité actuel qui a bousculé les habitudes. Plus de réveil matinal, ni de contraintes de travail et de l'école pour beaucoup. Résultat : tout le monde prend son temps en début de matinée pour ne sortir qu'en début d'après-midi, créant, dit-il, une concentration et des regroupements contradictoires avec les mesures prises. Il s'agit, selon le président de l'Apoce, d'habitudes à modifier pour les adapter avec la conjoncture actuelle. Si cela n'intervient pas, assure-t-il, elles vont finir par desservir les objectifs du confinement. L'avis est partagé par beaucoup de professionnels de la santé qui, depuis le début de l'épidémie, ne jurent que par les bienfaits du confinement total. Celui partiel qui réduit le temps de mouvement, estiment-ils, ne peut donner des résultats que s'il est accompagné de mesures qui réduisent drastiquement les déplacements. Beaucoup de pays, notamment voisins, ont eu recours à l'autorisation de sortie sans laquelle tout déplacement est rendu impossible. En l'absence de ces contraintes, beaucoup de citoyens ont interprété le couvre-feu imposé comme une autorisation de circuler librement pendant la plage horaire permise sans respect des mesures préventives, remettant en cause les fondements mêmes du confinement. N. I.