Les pratiques de solidarité ont observé un regain manifeste dans la société presque instantanément avec l'apparition des premiers cas de Covid-19. Agissant en groupes ou de façon individuelle, associations et autres bénévoles étaient en première ligne en termes de soutien aux personnes vulnérables ou sans ressources, particulièrement pendant la période de confinement. Toutefois, ces initiatives altruistes sont, au fil des semaines, passées par différentes phases. Des mois plus tard, qu'advient-il de cette dynamique associative ? Massiva Zehraoui - Alger (Le Soir) - La crise sanitaire aiguë que vit le pays depuis mars dernier a naturellement engendré un besoin accru d'aides sociales. Le confinement qui a fortement mis à mal la situation financière et psychologique de nombreux citoyens a donné naissance à un élan de solidarité jamais observé en Algérie jusque-là. Cette période a brillé par la diversité des formes d'aide. Néanmoins, force est de constater qu'après plusieurs mois, certains acteurs du milieu associatif constatent une relative diminution des actes bénévoles par rapport au début de la pandémie. D'aucuns se plaignent d'être entravés dans leur travail par les autorités pour des raisons qu'ils disent ignorer. C'est le cas de ce jeune étudiant en architecture, Imad, 22 ans, qui fait également partie d'un groupe de bénévoles créé en avril dernier. « Pour remédier au manque de moyens dans les hôpitaux, nous avions fait un appel aux dons afin d'acquérir du matériel», a-t-il rappelé. « Dans un premier temps, nous avons acheminé des combinaisons, du gel et des visières pour le personnel médical », ajoute-t-il. Mais trois semaines plus tard, lui et un autre membre du même groupe ont été interceptés par la police au moment où ils allaient déposer au CHU Mustapha-Pacha un stock de bavettes et de combinaisons confectionnées dans un atelier de couture. « On nous a tout saisi, prétextant que c'est une fabrication non réglementaire», raconte-t-il. Imad expliquera avec amertume qu'après d'autres mésaventures de ce genre, « nous ne sommes plus vraiment actifs sur ce plan-là ». Sid Abdellah, président de l'association «Lueur d'espoir», a, pour sa part, choisi de continuer les actions de solidarité à son niveau. « Les obstacles existent, c'est vrai, mais je m'obstine à contribuer dans la mesure du possible à la lutte contre le Covid-19 ». Il se félicitera tout de même des actions antérieures réalisées « tant bien que mal» par son groupe de jeunes bénévoles. «Par exemple, pendant l'été, nous envoyions quotidiennement de la nourriture pour le personnel soignant et les familles démunies en catimini.» Ce dernier parle de 800 à 900 repas distribués tous les jours pendant le mois sacré de Ramadhan. «Lueur d'espoir» n'est pas agréée par l'Etat, ce qui fait que nous étions confrontés à divers obstacles», regrette-t-il. Le risque d'être contaminé en pénétrant dans des hôpitaux ou dans les domiciles, ajouté à l'interdiction de mener à bout leurs actions caritatives sont deux raisons qui ont poussé quelques-uns des membres de l'association à jeter l'éponge. Aujourd'hui, leurs actions consistent à venir en aide aux SDF à travers la distribution de 3 000 unités de sacs de couchage, de denrées alimentaires, de gel hydroalcoolique et de bavettes. « Sidra », l'une des associations les plus visibles à l'échelle nationale, s'est distinguée durant la crise sanitaire par des actions ciblées en mettant en place une cellule de crise au lendemain de la pandémie. Meriem Chikirou, coordinatrice de projets et membre de Sidra, confirme qu'au début de la propagation du virus, « les bénévoles jouissaient de plus de liberté en termes d'initiatives ». Elle précisera, néanmoins, que le travail mené par cette organisation ne s'est pas arrêté pour autant, bien au contraire, il a évolué. « Nous avons une feuille de route bien définie », explique-t-elle. Sidra se focalise ainsi sur la sensibilisation des citoyens. « Nous nous distinguons des autres associations à travers nos productions vidéo », dira-t-elle. Le but est d'innover de sorte à coller au contexte actuel, selon elle. Une campagne de sensibilisation est d'ailleurs en préparation. « L'objectif est d'inculquer aux citoyens les bons gestes à adopter face à la pandémie car on doit vivre avec », a-t-elle avancé. Elle rappellera que sa fondation a eu à intervenir depuis le début de la pandémie sur plusieurs volets. On citera, entre autres, la campagne de sensibilisation nationale au coronavirus, la création de formations en ligne au profit des associations et des jeunes, l'acheminement de matériels de protection au profit du personnel soignant, campagne d'aide alimentaire « Solidarité Ramadhan » au profit des familles nécessiteuses et celles touchées par le Covid-19. L'association El Bessma compte, elle aussi, plusieurs actions de solidarité à son actif et continue sur sa lancée avec les moyens du bord. Hayet, l'un de ses membres les plus actifs, excelle dans la fabrication des masques de protection en tissu. «Je les couds moi-même à la maison à l'aide d'une machine à coudre», a-t-elle indiqué. « Je ne saurais dire combien j'en ai confectionné mais je ne me suis jamais arrêtée», fait-elle savoir. El Bessma distribue des centaines de bavettes faites à la main, notamment pour les familles sans ressources depuis des mois. Elle procédera prochainement, dit-elle, à la désinfection d'un centre pour enfants handicapés situé à Bordj-el-Kiffan, en le dotant de gel hydroalcoolique et de bavettes. M. Z.