Au palais de Carthage, discours en arabe dialectal du président Kaïs Saied qui a reçu le ministre de la Défense. De Tunis, Mohamed Kettou Mercredi dernier, le chef de l'Etat tunisien Kais Saied a reçu le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, en présence du ministre de la Défense nationale. Pour les observateurs, Mechichi s'est rendu au palais de Carthage en qualité de ministre de l'Intérieur par intérim comme le laisse supposer le contenu du discours tenu, pour la première fois, en arabe dialectal, par le président de la République. Comme si ce dernier voulait que le message soit bien perçu par tous les Tunisiens sans exception aucune. La principale réaction est venue du parti islamiste Ennahdha qui se félicite de cette rencontre, mais analyse le discours du Président avec de multiples critiques pour son mutisme quant au dialogue national auquel avait invité la centrale syndicale. Et le parti islamiste de rappeler qu'il a toujours été pour le dialogue et pour une rencontre tripartite réunissant les trois présidents (République, Gouvernement et Parlement). Ennahdha a, aussi, saisi cette occasion pour rappeler au chef de l'Etat de mettre en pratique le contenu de son discours à propos du respect des institutions et de la coopération entre elles. Cependant, cette réaction est perçue par les observateurs comme une tentative de Rached Ghannouchi de reprendre le dialogue avec le président de la République, qui n'a jamais été tendre avec lui. D'ailleurs, une bonne partie des propos de Kais Saied visait, directement, le chef du Parlement. Selon le chef de l'Etat, plus de vingt demandes de levée de l'immunité ont été adressées au Parlement sans que cette institution n'en examine une seule. C'est une accusation claire visant Rached Ghannouchi, qui dirige l'institution conformément à la politique de son parti et non en fonction des intérêts du pays. Ces propos ont provoqué un branle-bas au Parlement où aussi bien le bureau de Ghannouchi que le bloc de «Qalb Tounes», ont réagi vigoureusement, lançant un démenti au président de la République. «Aucune demande de levée de l'immunité parlementaire concernant les actuels députés n'est parvenue à l'assemblée à ce jour», martèlent-ils. À leur tour, ils ont été démentis par le porte-parole du pôle judiciaire économique et financier qui affirme avoir adressé une demande dans ce sens et qu'il détient l'accusé de réception. Il précise que cette demande concerne le député Ghazi Karoui, frère du magnat de la presse emprisonné Nabil Karoui. Qui dit vrai ? Les Tunisiens finiront par le savoir un jour, même s'ils devront attendre la fin de la législature en 2024. A ce propos, le président de la République semble confiant et sûr de lui quand il affirme que des têtes tomberont prochainement, visant certains des députés à la solde de Ghannouchi. Et si, comme certains le pensent et le souhaitent, la rencontre entre Saied et Mechichi pourrait être l'amorce d'un dégel au niveau des relations entre les palais de la Casbah et de Carthage, il n'en sera pas de même entre le président de la République et Ghannouchi. Entre les deux hommes, le contentieux est si lourd que tout recul de l'un ou de l'autre semble inimaginable. Entre-temps la crise politique, économique et sociale perdure, au grand dam d'un peuple dont la classe moyenne, qui faisait la fierté de la Tunisie est, aujourd'hui, affaiblie. M. K.