Quels seront les prochains invit�s de la Bilioth�que nationale apr�s la d�fenestration de son directeur, Amine Zaoui ? C'est le jeu que je propose aux �lites alg�riennes pour sortir un peu du cycle vicieux dans lequel nous ont enferm�s les Lucky Luke de la p�tition et des dirigeants �grenant leur chapelet de mauvaise foi. J'ai d�j� une liste de noms qui trottinent dans ma t�te au rythme de ces quadrup�des � courte vue et aux longues oreilles. Sans plus tarder, et sur la lanc�e de la ferveur de Novembre, je propose d'inaugurer cette nouvelle �re glorieuse avec le cheikh Ferkous. Pourquoi Ferkous ? Parce qu'il a r�ussi � �tablir une relation dialectique entre le d�clenchement de la R�volution, le 1er Novembre 1954 et l'irruption de la zalabia dans notre vie sociale, le 1erjour du Ramadan. En cons�quence, il a d�clar� �haram� et illicite la c�l�bration du 1er Novembre et la consommation de la zalabia, y compris chez la famille r�volutionnaire. Quoi de plus normal et de plus intelligent que de marquer la rupture avec une p�riode de semi-libert� en donnant la parole � un pourfendeur de constantes, aur�ol� de son titre d'imam. Avec de tels conf�renciers, il n'y a aucun risque � revisiter l'Histoire ou � la r�viser selon les nouveaux canons salafistes. Les vigiles parlementaires sont trop occup�s � faire la chasse aux sorci�res dans leurs trav�es pour entendre le sifflement des obus qui d�chirent la proclamation du 1er Novembre. Et puis, c'est tellement plus attrayant de pr�parer la prochaine r�vision constitutionnelle (1) en la pr�c�dant d'une guerre de tranch�es sur les chiffres. Un million et demi, c'est approximativement ce que vont toucher par jour de pr�sence les d�put�s en session. Toute tentative de remettre en cause ce chiffre et de pousser � la baisse �quivaut � se faire le contempteur des acquis de la famille r�volutionnaire, ainsi que ceux de ses parents et alli�s. Jamais cheikh Ferkous n'a os� pousser aussi loin l'effronterie et la hardiesse, c'est pourquoi il reste, vaille que vaille, notre favori pour la premi�re conf�rence magistrale de �l'apr�s- Zaoui� (bien lire Zaoui afin d'�viter toute �quivoque). Juste apr�s la conf�rence de cheikh Ferkous, je propose d'inviter cheikh Karadhaoui pour une explication de ses divergences avec Mohamed Arkoun, suivie d'un cours, non moins magistral, sur le coup de foudre en milieu septuag�naire. Pour votre �dification, sachez que le cheikh �gyptien, naturalis� qatari, aborde ces sujets dans ses m�moires que publie en bonnes feuilles le quotidien Al-Khabar. La fa�on dont Karadhaoui �voque sa rencontre avec sa deuxi�me femme, Asma, est un morceau d'anthologie. Le coup de foudre th�ologique, si l'on veut, est survenu lors d'une conf�rence th�ologique o� Asma, alors jeune �tudiante, s'est surpass�e dans la d�fense du hidjab. Le cheikh raconte qu'apr�s son intervention inspir�e et enflamm�e, sa future a �t� tr�s vite entour�e par une meute de journalistes et de participants. Subjugu� par sa beaut�, autant que par son �loquence, il a essay� de s'approcher d'elle mais il a renonc�, � la mani�re de Sacha Guitry, devant un plat autour duquel il y avait trop de convives. Mais le destin allait, de nouveau, mettre les deux tourtereaux en pr�sence comme vous pourrez le d�couvrir dans le 33e �pisode de ce passionnant feuilleton que propose Al-Khabar. Les superlatifs y sont tellement foisonnants qu'il m'aurait fallu une demi-journ�e, rien que pour vous les traduire. Sur Mohamed Arkoun, la preuve vivante que nul n'est proph�te en son pays, Karadhaoui est tr�s disert. Dans la 32e partie de ce feuilleton, Karadhaoui revient sur ses griefs � l'encontre de Mohamed Arkoun. Selon lui, l'islamologue alg�rien ne croit pas � la Sahwa, le soi-disant �veil de l'Islam qui a donn� cet enfant, vite rejet�, le terrorisme. Arkoun ne croit pas aussi � la Da�wa, dont Karadhaoui est l'un des ap�tres. La Da�wa est aussi responsable, dans le cadre de la Sahwa, de la propagation et de l'extension du terrorisme. Donc, Arkoun est litt�ralement accus� d'impi�t� par Karadhaoui sous pr�texte qu'il ne le suit pas dans ses �lucubrations sur l'enthousiasme et le z�le religieux de la jeunesse. Le cheikh s'emploie d'ailleurs � temp�rer son propos dans le livre sur le djihad que publie en ce moment le quotidien Echourouk. Karadhaoui en arrive, enfin, � la divergence principale sur le hidjab. Pour la premi�re fois, les propos sont empreints d'une certaine logique. �En r�alit�, dit-il, le hidjab n'est pas un des piliers de l'Islam ni un de ses pr�ceptes fondamentaux. Mais il est en m�me temps un devoir religieux, de l'avis de toute l'Oumma (la nation de l'Islam), dans tous ses rites et dans toutes ses �coles. C'est aussi un symbole de d�fi et de r�sistance face aux adversaires de la Sahwa. Le hidjab est donc une victoire extraordinaire pour la femme qui a, durant des d�cennies, �t� � la tra�ne de la femme occidentale et l'a suivie pas � pas.� En somme, si les femmes se mettent au hidjab, c'est pour d�fier les la�cs, les sceptiques, les m�lancoliques, etc. Il n'y a pas un peu trop de d�fis � lancer � la face de l'univers ? C'est parce qu'il ne croit pas � toutes les sornettes propag�es autour de la foi que Mohamed Arkoun ne figurera pas sur la liste des mes favoris pour les futurs h�tes de la Biblioth�que nationale. Il n'a pas seulement contre lui les d�cideurs, �teigneurs de torches, mais le bon peuple d'Alg�rie, avaleur de couleuvres envelopp�es dans des versets. Ceux qui pensent encore que Mohamed Arkoun a raison, ou qu'il n'a pas tout � fait tort, ne le disent pas assez haut. Ou bien, ils le disent trop bas, et dans des cercles ferm�s, de peur d'�tre entendus du haut de la Grande Mosqu�e o� si�ge la nouvelle inquisition islamiste, adoub�e par la congr�gation Karadhaoui. Ceux qui ont crucifi� hier Arkoun, au nom du peuple de Barabas (2), sont les m�mes qui ont dress� le gibet pour Adonis et pour Amine Zaoui. En fait, ce qu'une certaine presse arabophone ne pardonne pas � l'�crivain, c'est de r�fl�chir de gauche � droite, tout en �crivant de droite � gauche. Il faut juste qu'il garde sa lucidit�, comme il l'a toujours fait jusqu'alors, et qu'il ne r�agisse pas comme quelqu'un qui croit qu'un mauvais vizir peut mentir � un bon roi. Dans nos monarchies, le mensonge coule de source, de haut en bas, avec des relais, comme pour les canaux d'irrigation. Alors exit Zaoui qui s'est frott� de trop pr�s aux d�mons de la libert� qui hantent encore certains quartiers d'Alger, d'Oran ou de Paris. Il lui reste tant de belles choses � nous dire et, quoi qu'il advienne, il reviendra quand m�me � la Biblioth�que nationale gr�ce � ses livres. A. H. (1) Soyez charitables ! Ne m'envoyez pas de p�tition contre la r�vision constitutionnelle. Cette loi est fondamentale pour ceux qui l'ont �labor�e et �dict�e, sans me demander mon avis. Chaque potentat a le droit d'avoir un habit � sa mesure et donc, de le retailler et de le r�ajuster aux entournures. Alors, qu'ils fassent du costume constitutionnel ce qu'ils veulent, �a ne servira qu'� les discr�diter davantage. (2) Somm� de choisir entre le prisonnier de droit commun, Barabas, et le proph�te, J�sus- A�ssa, le bon peuple a vot� pour le mauvais candidat. Depuis, c'est Barabas qui l'emporte dans la faveur populaire, surtout lors de certaines consultations �lectorales.