Dimanche matin à Alger, sur la rocade sud. La circulation n'était pas fluide mais on était loin des angoissants embouteillages qui vous font désespérer de parvenir à votre destination ou tout simplement d'en sortir indemnes. Ça «roulait un peu». Bien sûr, ce n'est pas parce qu'un moment est moins catastrophique que d'habitude qu'il installe la sérénité sur l'asphalte. On ne guérit pas de ses travers sur la route par un beau matin d'automne où le soleil promettait de succéder à la pluie fine. Il y a très peu d'images ou même d'idées de romantisme sur nos routes, alors il faut aller les chercher où on peut. Dans la nature ou chez quelques brebis galeuses qui surgissent parfois de nulle part. Mais en ce dimanche matin, il n'y avait rien de tout ça. ça «roulait un peu» sur la rocade sud, quelque part entre un «parc des loisirs» dont Amara Benyounes avait inauguré le fantôme il y a deux ans, quand il était ministre de l'Environnement et un crime architectural du nom de «Résidence Sahraoui». Entre un crime urbain et une arnaque environnementale, il y a souvent de gros bouchons mais il arrive que la circulation retrouve un rythme à visage humain. Ce matin, il y avait un peu d'humanité dans l'air mais pas sous les pneumatiques. De démonstrations de ploucs en bolides au zèle des faux pressés, en passant par la folie furieuse des sans-gêne, c'était une matinée ordinaire. Elle aurait même pu être un peu plus qu'ordinaire. Mais on ne change pas les ploucs, les zélés et les fous furieux. Alors ça a encore accéléré jusqu'à trouer le plancher, zigzagué jusqu'à vomir de vertiges et klaxonné jusqu'à crever les tympans. Il paraît qu'il y a des gendarmes et des policiers en voitures banalisées qui «infiltrent» la circulation, histoire de prendre en flagrant délit les délinquants de la route. Dimanche, on n'en a pas vu mais dans l'absolu on aurait pu en voir. Mais si en plus de sanctionner, la mesure devait aussi dissuader, ce n'est pas encore le cas et c'est le moins qu'on puisse dire. Mais il y a pire que les policiers et les gendarmes absents : les policiers et les gendarmes présents. Ils arrivent, toutes sirènes dehors. En moto ou en voiture, ils foutent la frousse à tout le monde, comme si «Koléa était tombée», comme on dit dans le jargon du terroir. Ils affolent les rares braves automobilistes qui roulent encore tranquillement en respectant le code de la route comme des marsiens. Ils poussent sans ménagement tout le monde vers la voie du milieu et squattent la bande d'arrêt d'urgence pour laisser passer on ne sait qui, à moins que ce ne soit Dieu en véhicule noir. Il faut voir avec quel zèle tout le «cortège» fonce droit devant. Gare à celui qui n'aura pas dégagé la chaussée à temps ! Au dernier véhicule de la caravane infernale, s'ensuit une procession d'entristes qui colle aux basques du «cortège officiel». Ils donnent alors libre cours à toutes leurs frustrations. Ça y est, ils sont comme «ceux d'en haut». Ils foncent, ils klaxonnent à tout rompre pour empêcher toute velléité de les rejoindre dans leur nouveau «statut» de ploucs clandestins. A leur décharge, ce ne sont pas eux qui ont commencé. Et ce n'est pas dans des situations pareilles qu'on peut voir surgir les policiers et les gendarmes en voitures banalisées. On ne sait jamais sur qui tomber. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.