L'Algérie redevient une autre fois le centre du Monde arabe. C'est le chassé croisé diplomatique des représentants des pays du Golfe arabo-persique qui viennent prendre conseil et pour certains, tenter de faire du lobbying. L'arrivée hier du ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Javad Zarif, à la tête d'une importante délégation, juste après les départs simultanés de ses homologues du Qatar et des Emirats, confirme ce soudain retour en grâce de la diplomatie algérienne. La mise au ban du Qatar par les pétromonarchies du Golfe au prétexte qu'il finance le terrorisme, a provoqué un séisme géopolitique dans toute la région. Les rois, princes et émirs enturbannés qu'on croyait unis pour le meilleur, sont finalement et surtout capables du pire : rompre soudainement et sans préavis toute relation avec leur petit voisin, trop vilain à leur goût. En un claquement de doigts, le Qatar, ces deux petites syllabes qui faisaient trembler certains dirigeants de pays dans la sphère arabo-musulmane, lors du «printemps arabe», s'est mis aux génuflexions. Son ministre des Affaires étrangères est vite dépêché à Alger pour, espère-t-il, calmer le plus vite possible les ardeurs aux accents belliqueux des Al Saoud et de leurs amis du Golfe. Ces derniers ont juré de réduire le Qatar à sa plus simple expression, à sa taille naturelle… Ils ont obtenu le feu vert du président américain Donald Trump qu'ils ont payé rubis sur l'ongle avec un gros chèque de près de 400 milliards de dollars en…TTC. Le Qatar a logiquement pris peur de voir, mine de rien, que sa puissance est largement surdimensionnée et qu'il était dans la mire de ses «frères». L'Algérie que son arrogant ancien chef de la diplomatie, Hamed Bin Jassem, toisait en 2012, s'avéra alors une porte de salut pour un petit émirat déboussolé au point de perdre sa «Qibla». Le même jour, son homologue émirati accourt lui aussi à Alger pour plaider la cause de l'excommunication du Qatar. Pendant ce temps l'Arabie saoudite, envoie ses équipes effectuer un safari en Afrique pour y chasser les affaires de Doha. Décidément, pour les Al Saoud, tous les coups sont permis pour punir le petit émirat qui a dû se montrer un peu trop généreux dans le financement du terrorisme au point de miser contre ses mentors, les Gardiens des Lieux Saints de l'Islam. L'Iran envoie lui aussi son chef de la diplomatie en Algérie avec laquelle il partage le principe de «non-ingérence étrangère» dans les conflits qui secouent certains pays arabes et africains. Javad Zarif était très à l'aise hier pour déclarer que son pays partageait la même position avec l'Algérie d'être contre le terrorisme. Pas tout à fait tout de même. Les ingérences de Téhéran en Syrie, au Yémen, et au Bahreïn notamment sont un secret de Polichinelle. L'Algérie a certainement plus de légitimité à tenter une médiation entre le Qatar et les monarchies du Golfe du fait qu'elle n'a aucune prétention territoriale ni intérêt matériel. Algériens et Iraniens sont par contre d'accord sur le fait que «les extrémistes et les sionistes» sont les seuls gagnants de ce bras de fer entre Arabes, comme l'a dit Zarif. C'est à ce niveau que l'axe «Alger-Téhéran» qu'espèrent les Iraniens, risque de n'être pas aussi fluide que le souhaiteraient ces derniers. Il serait naïf de croire que les manœuvres de l'Iran dans le Golfe relèvent de l'angélisme diplomatique. L'Algérie a assez d'expérience pour ne pas succomber au regard persan de Javas Zarif.