Une trentaine de personnes arrêtées lors des troubles ayant suivi les manifestations post-électorales organisées en juin dernier en Iran seront jugées à partir d'aujourd'hui pour atteinte à la sécurité nationale. Selon une source bien informée reprise hier par des médias locaux, ces accusés seront jugés par un tribunal révolutionnaire à Téhéran. «Ces quelque 30 personnes ont participé aux émeutes et sont accusées d'avoir agi contre la sécurité nationale, perturbé l'ordre public et commis des actes de vandalisme», a précisé notamment l'agence de presse Irna. Jusqu'à 2000 personnes avaient été arrêtées lors des manifestations ayant suivi la réélection le 12 juin du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. La majorité d'entre elles ont depuis été libérées et quelque 250 personnes sont toujours détenues, selon des responsables. Un haut dignitaire religieux a estimé qu'un retour au calme en Iran était tributaire de la libération de ces détenus. L'ayatollah Nasser Makarem Shirazi, qui a à plusieurs reprises exprimé son inquiétude face à la crise politique dans le pays, a estimé qu'«en vue de rétablir le calme au sein de la société, le sort des prisonniers doit être décidé dès que possible». «Ceux qui n'ont pas commis de faute ou n'ont pas offensé les lois islamiques doivent être libérés. J'espère que d'ici l'anniversaire de la naissance du 12e imam (chiite Mahdi), nous n'aurons plus de prisonniers dans les prisons», a-t-il ajouté. Cet anniversaire tombe le 7 août et M. Ahmadinejad avait lui-même demandé au pouvoir judiciaire de relâcher tous les manifestants arrêtés d'ici cette date. La police disperse par la force les manifestations de deuil Aussi, les autorités n'ont-elles pas dispersé des milliers de partisans de l'opposition rassemblés jeudi à Téhéran pour rendre hommage aux victimes des troubles consécutifs à la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad. Il s'agit des premiers heurts depuis ceux qui avaient opposé le 9 juillet la police à des centaines de personnes commémorant les manifestations étudiantes de 1999. Plus de 3000 manifestants se sont rassemblés au Grand Mossala, lieu de prière à ciel ouvert du centre de Téhéran où les autorités avaient interdit une cérémonie de deuil en hommage aux victimes de la manifestation particulièrement violente du 20 juin. «Les manifestants levaient les bras en l'air, faisant le signe de la victoire, tandis que la police tentait de les disperser», a déclaré un témoin. «Certains manifestants ont incendié des poubelles tandis que des policiers anti-émeute à moto traversaient la foule pour essayer de disperser les protestataires», a-t-il ajouté. La police a également violemment chargé des milliers de protestataires défilant non loin de là, sur l'avenue Vali Asr, une grande artère de la capitale, faisant usage de gaz lacrymogène, ont affirmé d'autres témoins. «Mort au dictateur», «Libérez les prisonniers politiques» et «Mir Hossein», scandaient-ils en référence au chef de l'opposition, Mir Hossein Moussavi, arrivé deuxième de la présidentielle du 12 juin. «Avec des milliers de personnes qui marchent dans la rue, le bruit de centaines de klaxons, il y a un immense embouteillage à Vali Asr», a expliqué un témoin. En début d'après-midi, plus de 2000 personnes s'étaient massées au cimetière de Beheshte Zahra, où sont enterrés la plupart des manifestants tués lors des troubles, une trentaine selon les chiffres officiels. M. Moussavi et Mehdi Karoubi, un autre chef de l'opposition, avaient décidé de s'y rendre après l'interdiction de la cérémonie au Grand Mossala. M. Karoubi a pu se recueillir sur les tombes mais M. Moussavi a été contraint de rebrousser chemin par la police. Des fleurs et des bougies ont été déposées sur la tombe de Neda Agha-Soltan, une jeune femme tuée par balle le 20 juin et devenue le symbole de la contestation.