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“Nous voulons notre part de développement”
Voyage initiatique en Grande Kabylie
Publié dans Le Temps d'Algérie le 10 - 01 - 2010

Vierge, comme la forêt du même nom, est l'état du littoral de la wilaya de Tizi Ouzou. Nous avons eu à le confirmer lors de notre voyage initiatique qui nous a menés, quelques jours durant, des hauteurs de la forêt de Mizrana jusqu'à Igoujdal, village symbole de la résistance contre le terrorisme, dans la commune d'Aït Chaffa, aux confins de la wilaya de Béjaïa, où nous avons eu droit à une halte, histoire de goûter à l'huile d'olive, aussi pure que vierge, que nous proposa le patron d'une huilerie moderne, située sur le chemin qui monte vers le chef-lieu.
Il était dit quelque part que la Kabylie maritime a toujours tourné le dos à la mer. Tout le long des 85 km constituant le littoral tizi-ouzéen, mis à part quelques hôtels qui poussent comme des champignons hors saison, dans une garrigue enveloppant de sa fraîcheur un relief abrupt et franchement dormant, groggy, nulle trace d'un investissement digne, capable de maintenir les populations locales sur place, hormis les fameuses zones d'expansion
touristique qui freinent plus qu'elles n'encouragent, quelque projet, et les quelques promesses d'un chantier naval à Feraoun, dans la commune d'Iflissen, ou encore 3 plages d'échouage à Azeffoun et ailleurs, qui tardent d'ailleurs, comme pour confirmer la donne, à voir le jour.
A contrario, elles (les populations) se déplacent souvent. Si les marins tournent le dos à la mer, les montagnards, du moins le peu de gens que nous avons rencontrés lors de notre virée en Kabylie du Djurdjura en pleine saison hivernale, chômeurs, travailleurs d'un jour ou de toujours, retraités pour la postérité, pères de famille sans horizon défini, qui, fiers de leur patelin, s'accrochent carrément à leur montagne, aux pierres de l'histoire d'une région qui a souffert et qui continue toujours de souffrir.
Ces pierres, à défaut de terre arable qui peut donner des fruits, constituent le gagne-pain de beaucoup de jeunes comme à Rabta, dans la commune de Azazga, qui se sont reconvertis en tailleurs de pierres. Plutôt donc que de longer la côte, invitant au voyage
baudelairien, nous avons préféré nous introduire en catimini dans le spleen des villages, dont la population n'a jamais perdu le sens de l'hospitalité, répond sans coup férir à nos interrogations : «Nous voulons aussi notre part de développement.» Une phrase phare, qui revient tel un leitmotiv dans la bouche de nos interlocuteurs, à Houra (Bouzguène), Iboudrarène,
Ouacif ou encore aux Ouadhias, dont le seul souci est de gagner la paix et préserver la dignité qui leur est chère, malgré le manque et parfois l'inexistence des plus simples commodités tel les que le gaz de ville, les réseaux d'assainissement ou d'AEP, les routes et pistes agricoles, les écoles, les salles de soins et autres aires de jeu sans oublier les coupures fréquentes de l'électricité.
Emplois précaires, chômage ou déperdition font le quotidien de ces villageois qui, pour certains, pensent toujours à partir ou à repartir, l'espoir étant bafoué à plusieurs reprises, pour d'autres à avoir le minimum vital avec quoi tenir le coup, ou plus logiquement bâtir un avenir en s'accrochant à des projets encore à l'état initial, encore faudrait-il surmonter les obstacles bureaucratiques
d'une Algérie qui oublie ses racines campagnardes pour reprendre les propos d'un ancien maquisard d'Aït Chaffa qui n'a cessé tout le long de notre entretien, de ressasser ces paroles lourdes de sens : «Nous ne sommes pas encore indépendants.»

Recours au système D
Premier indice de ce qui nous attend dans notre périple kabylo-méditerranéen, un avant-goût du triptyque villageois, «rien, rien et rien», notre nonchalant voyage vers Tigzirt, première escale de notre pérégrination, a été brusquement interrompu au cœur d'un barrage combiné (armée nationale, gendarmerie) à l'entrée de Makouda.
«La route est coupée par la population locale à Larbâa (Makouda)», nous informe le gendarme de service qui nous a conseillé de rebrousser chemin pour remonter quelques kilomètres plus loin, par Attouche, sorti de l'isolement par une route en travaux, parsemée de nids-de-poule, pour rejoindre notre destination première, l'antique Iomnium. Renseignement pris, la population locale réclamait sa part de développement.
Les raisons de la colère ? Non-bitumage des routes et pistes desservant le village et autres commodités de la vie quotidienne. Nous entamons notre descente vers la coquette ville de Tigzirt pour prendre nos quartiers avant de nous plonger tout de go dans le travail de fouille à l'intérieur des villages reculés.
Comme pour tenir notre promesse de consacrer un reportage au quotidien des citoyens, nous nous sommes rendus au village d'Issenandjen grâce auquel la commune d'Iflissen est sortie de l'anonymat, à la faveur d'une mobilisation sans précédent contre le terrorisme ayant réussi à libérer un citoyen kidnappé, et qui fera sûrement date. Le village paraît calme en cette journée printanière de novembre.
Quelques jeunes sans emploi jouent aux dominos, histoire de tuer le temps, en attendant des jours meilleurs, deux hommes d'un certain âge se prélassent au soleil.
C'est le cafetier du village qui annonce la couleur. «Il n'y a rien par ici. Notre village est le plus important de la commune et vous constatez par vous-même. Nos jeunes ne travaillent pas ou, au mieux, pour ceux qui sont encore là, ils travaillent dans le bâtiment, ne serait-ce que pour assurer leur argent de poche.
Heureusement que des particuliers construisent encore», dit-il, avant de citer l'exemple de ses deux filles fraîchement diplômées de l'université, mais qui sont cloîtrées à la maison. «Pourquoi forme-t-on alors nos enfants, si c'est pour les envoyer à la rue ?», s'interroge-t-il.
Mohammed, près de la cinquantaine, père de famille, fait partie de cette catégorie. «On a perdu espoir», se désole-t-il. «Mais n'avez-vous pas essayé de projets dans le cadre des dispositifs Ansej ou Angem ?», avons-nous rétorqué. «Les expériences des autres m'ont édifié sur le sujet», dit-il avouant qu'il est quasiment impossible de surmonter les obstacles bureaucratiques. Samir, aviculteur, membre du comité de village, le soutient.
Des jeunes de chez nous ont bénéficié dans le cadre de l'Ansej de tracteurs en vue d'investir dans l'agriculture. Ils sont obligés aujourd'hui de recourir au système D pour pouvoir rembourser la banque, y compris au pillage de sable. C'est ça l'Algérie !», regrette-t-il.
Les jeunes ont peur de s'engager dans l'inconnu
M'henna, un jeune du village de Tizi Temlelt, un autre grand hameau de la commune, qui ne dispose ni d'école ni de salle de soins, mais a des potentialités agricoles inestimables, est dans le même cas de figure.
Il a eu à bricoler par-ci et par-là en fournissant du sable subtilisé du Sébaou, aux nombreux immeubles de la région qui poussent comme des champignons, avant de tenter une expérience agricole grâce à la mise en sa faveur de terres par des particuliers pour planter un champs de melon.
«C'est une bonne première», estime-t-il tout en demandant plus d'aide. Les jeunes du village El Kelâa, dans la commune de Tigzirt, qui nous attendaient de pied ferme devant le café du village apprécient le sujet presque de la même manière. «Les jeunes ont peur de s'engager dans l'inconnu», avoue Mohammed, comptable de formation, dont l'expérience est un semi-échec.
«J'ai tenté de m'investir dans l'apiculture mais j'ai été confronté au problème de qualification. J'ai dû alors m'en remettre à la subdivision agricole qui m'informa que le Fonds national de développement et de régulation agricoles (FNDRA) est en mesure de prendre en charge mon projet. On m'a traîné tout de même 2 années avant de voir mes premières ruches installées», affirme Mohammed.
Reconnaissant que l'Etat octroie des facilités notamment dans le domaine agricole, notre interlocuteur regrette qu'aucun suivi n'est consenti.
«L'agriculture a besoin d'argent», dit-il, rappelant en filigrane les multiples scandales ayant trait aux fonds détournés, qui ont secoué le secteur.
Dans l'incapacité de gérer son projet qui lui a coûté une dizaine de millions de centimes dès son démarrage, Mohammed s'est reconverti en métreur dans les chantiers de la ville, que réalise une connaissance. «Il faut bien joindre les deux bouts», répond Mohammed.
Une ZET qui… freine les projets personnels des jeunes
Evoquant sa propre expérience, Samir d'Issenandjen explique : «J'ai obtenu un diplôme en aviculture en France. De retour au village j'ai monté ma propre fabrique d'aliment de bétail.» Il évoque des bâtons dans les roues quant à ses ambitions d'extension.
«J'ai un terrain du côté de la mer, nous dira Samir, mais toutes mes demandes pour bâtir une grande fabrique sont restées vaines.
Les raisons invoquées ne tiennent pas la route. On me balance de direction en direction pour enfin me signifier que la zone d'expansion touristique (ZET) non encore aménagée, d'ailleurs, ne devrait pas recevoir ce type de projet, pourtant créateur d'emploi. Le dilemme se pose aussi pour les restaurants implantés à Tamda Ouguemoun, qui font vivre de nombreuses familles, appelés aussi à disparaître», explique-t-il, tout en affirmant que sa volonté n'est pas entamée.
Eau, routes, commodités : «Regardez un peu de notre côté !»
Pour preuve, il active au sein du comité du village, agréé en 1999, qui prend en charge les doléances des citoyens. «Nous avons réalisé deux sondes pour alimenter le village en en potable, mais cela demeure insuffisant.
Nous avons également sollicité les autorités concernées pour l'ouverture de pistes agricoles, sans réponse», dit-il. Le peu de travaux effectué, tel l'entretien du cimetière et des routes, est à mettre à l'actif des villageois, selon notre interlocuteur qui relève le manque de loisirs pour les jeunes. Le même constat est établi par le président du comité du village d'Aït Saïd, chef-lieu de la commune de Mizrana.
«Nous demandons l'ouverture des routes agricoles et le bitumage des nombreuses pistes qui mènent vers les villages avoisinants et l'ouverture d'autres, surtout qu'on est déjà en hiver.» Pour lui, ce n'est pas faute d'avoir sollicité les autorités. «Rien que pour la décharge publique, fait-il remarquer, il n'y a pas encore de solution faute d'assiette.» Un autre citoyen intervient :
«Un camion benne, moisi pourtant depuis 2 ans, au siège de la mairie.» Il rappelle que la commune était là pendant la décennie noire et les vaillants villageois ont fait face au terrorisme. «Maintenant il faut regarder un peu de leur côté», dit-il.
Le chef-lieu de la commune d'Iflissen, Agouni Moussi, dormait encore lors de notre passage, à l'exemple des 38 villages de cette commune, «l'une des plus déshéritées», avoue un citoyen rencontré sur place.
Ce dernier, très au fait des rouages de l'administration, affirme, lorsque nous lui expliquons l'objet de notre reportage, que les projets d'un chantier naval à Taksebt et des plages d'échouage à Iflissen et Azeffoun qui pourraient résorber le chômage sont l'otage des directions de wilaya concernées (pêche, transport…), dans la mesure où, croit-il savoir, le wali les a invitées à aider les promoteurs en question. Arezki, pêcheur, pense que la pêche est en mesure de résorber le chômage.
Lui qui en sait quelque chose, évoque plutôt un manque d'information et regrette que nos jeunes soient plutôt versés dans l'alarmisme, ne regardant vers la mer que pour partir.


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