Y a-t-il encore un boulanger qui vend la baguette de pain «normal» à sept dinars cinquante, c'est-à-dire à son prix «normal», pour que le patron de cette corporation évacue la question par un pathétique «c'est l'affaire des contrôleurs des prix» ? On sait que les pièces d'un demi-dinar ont disparu de la circulation depuis tellement longtemps qu'à leur évocation, on pense plus aux collectionneurs, si ce n'est au musée des antiquités, qu'à leur usage dans les transactions quotidiennes du citoyen. Il y a même de jeunes Algériens aujourd'hui en âge de faire le marché et d'avoir des comptes en banque qui ne connaissent ni la forme, ni la couleur de ces pièces officiellement toujours en circulation, mais que l'imprimerie… officielle ne tire plus parce qu'elles ont été déclarées obsolètes par l'inflation, la dévalorisation et surtout le fait accompli. Le «processus» avait commencé bien évidemment par les plus petites pièces. Celle de cinq centimes, de dix, de vingt, de cinquante et maintenant celle, symboliquement scandaleuse, d'un dinar dont l'érosion de la valeur est sur le point d'en venir à bout, si ce n'est déjà fait. C'est aux vingt centimes que revient l'honneur de nous rappeler que ces pièces ont, «légalement», toujours cours en Algérie. Paradoxalement, ce n'est pas par un effet inflationniste mais par la comique stagnation du prix du ticket de resto universitaire qui n'a pas changé depuis plus de… quarante ans ! Un dinar vingt. Quant cette pièce avait commencé à disparaître, les responsables des œuvres universitaires n'ont pas été loin pour trouver la «solution». Il n'y a plus de pièces de vingt centimes ? Eh bien, on obligera les étudiants à acheter des carnets de 10 repas pour obtenir le «chiffre rond» de 12 dinars. Comment s'y prendra-t-on, maintenant que la pièce d'un dinar commence à son tour à prendre le chemin du musée ? ça fait déjà longtemps que les commerçants ne se gênent plus : ils ont commencé par «oublier» systématiquement de rendre la monnaie quand celle-ci est au-dessous des cinq dinars. Ils en sont maintenant à faire la même chose pour un peu plus. Dans l'affaire, ce sont les pièces de plus en plus grosses que tout le monde va oublier. En attendant les billets. Ils sont vraiment pathétiques, les boulangers, qui menacent de faire grève pour «augmenter la marge bénéficiaire» de… vingt pour cent, eux qui l'ont déjà augmentée de fait de… quinze pour cent ! Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir