Combien d'Algériens connaissent ou ont une idée sur la personne de Marie-Claude Radziewsky ? Hormis nos concitoyens du troisième âge qui figuraient parmi les militants du FLN au moment de la lutte pour la libération du pays du joug du colonialisme, les historiens et férus de l'histoire d'Algérie, cette personne est inconnue de la jeunesse algérienne. Le nom de Marie-Claude Radziewsky ne figure hélas dans aucun manuel scolaire algérien. Pourtant, ses efforts au profit de la cause algérienne dans le cadre de l'exercice de sa profession d'avocate qui coïncidait avec l'époque de notre glorieuse lutte de libération nationale méritent bien plus qu'une simple leçon d'histoire à prodiguer à la génération d'après- guerre. L'avocate en question dont l'âge avoisine aujourd'hui les 80 ans a été ce jeudi l'hôte du forum organisé par le quotidien Liberté, qui a tenu par la même occasion à rendre hommage au collectif des avocats et des défenseurs des militants du FLN détenus dans les geôles françaises durant la guerre de Libération, et qui activait sous les orientations de la Fédération du FLN créée à l'époque sur le territoire français, a rappelé l'historien Ali Haroun, également avocat et ancien membre du FLN et invité du forum. Marie-Claude Radziewsky a entamé quant à elle son intervention en communiquant à l'assistance essentiellement composée d'anciens détenus du système colonial les circonstances qui l'ont amenée à épouser la cause algérienne. «C'était en 1957, j'avais 22 ans et je venais tout juste d'entamer ma carrière d'avocate. Je me trouvais dans l'un des tribunaux français avec un jeune Algérien qui étudiait le droit en France et qui était poursuivi pour atteinte à la sûreté de l'Etat (français). La personne en question risquait la mort, parce qu'elle militait pour la cause de son pays, l'Algérie», a-t-elle déclaré en substance. Elle enchaîne en expliquant que du fait de s'imprégner du dossier de l'étudiant en droit, elle s'est très vite saisie de la justesse de la cause algérienne. «J'ai tout de suite compris que les actions du FLN, qui recourait parfois à des actes de violence en France, étaient légitimes face à l'atrocité du régime colonial. Le FLN n'avait pas d'autres moyens pour se défendre», devait dire Marie-Claude Radziewsky, ajoutant que suite à une telle «prise de conscience», elle avait aussitôt pris contact avec le collectif des avocats qui défendait les militants algériens détenus en France. Depuis, l'avocate d'origine française a été chargée de plaider la cause algérienne dans l'enceinte même des tribunaux français et ce, jusqu'à l'Indépendance du pays. Ce qui n'était pas une chose aisée vu que, selon Me Ali Haroun, «le collectif des avocats du FLN en France qui s'était d'abord habitué à faire des plaidoyers dans le cadre de la loi coloniale était tenu dès 1956, et en vertu des instructions de la direction du FLN, de ne plus reconnaître les lois françaises. En ce sens, les Algériens poursuivis par la justice coloniale assumaient leurs actes et les avocats désignés pour assurer leur défense plaidaient suivant cette même logique. Pour Marie-Claude Radziewsky, de telles prises de position lui ont valu bien des représailles de la part des organisations et structures officielles de son pays. «J'ai reçu plusieurs lettre de menaces», se souvient-elle aujourd'hui encore. Des armes à l'intérieur des prisons françaises Des menaces certes, mais qui n'ont pas eu raison de la conviction de l'avocate française de persévérer dans sa lutte aux côtés des Algériens. En attestent les témoignages d'anciens militants du FLN ayant séjourné dans les prisons françaises durant l'époque de la guerre de Libération et qui ont fait le déplacement jeudi dernier au siège du quotidien Liberté pour retrouver cette grande dame qui défendait fièrement leur cause. Des témoignages à travers lesquels il était aisé de comprendre que Marie-Claude Radziewsky entretenait avec les détenus algériens des liens qui dépassaient de loin la simple relation avocat-client. «Vous nous avez même fait entrer des armes à l'intérieur des prisons», lui rappellera un des intervenants. Assertion que l'avocat Ali Haroun ne manquera pas de confirmer en précisant que ces armes étaient destinées à assurer la défense de détenus algériens. Le recours à ce procédé était jugé nécessaire, après que l'OAS a brûlé vifs des condamnés à mort détenus dans la maison d'arrêt d'Oran, a-t-il rappelé.